Chapitre 5

30 4 2
                                        

Coup du destin ou providence, un verre d'hydromel vint s'écraser sur le crâne de l'assaillant. Le choc fut suffisant pour que celui-ci se détourne de sa victime parte à la recherche du coupable. Il n'en fallut pas plus à Evariste pour s'échapper. Furtivement, il se glissa entre les corps ivres, évitant les coups de coudes des uns, et de servir d'accoudoirs aux autres. La chaleur et la présence d'autant de monde dans un endroit aussi confiné lui déplaisaient tout particulièrement. "Il faut partir", pensa t-il. "Je dois retrouver, euh... Luce."

Il fronça les sourcils, rassemblant ses idées. "Où est-ce qu'elle a bien pu aller". L'établissement n'avait qu'un étage, mais celui-ci se divisait en plusieurs pièces, dont la plus part étaient accessibles au public. La porte la plus proche, en chêne massif, menait à une salle de jeu. En poussant le panneau, le jeune homme dû se baisser pour éviter une nuée de fléchettes. Dans la pièce suivante, les esprits s'échauffaient. Les femmes de compagnie filaient à l'anglaise tant dis que les gros bras de l'entrée rappliquaient. "Taille moyenne, cheveux châtains, bouclés, yeux verts. Cheveux châtains, bouclés, yeux verts. Châtains, bouclés, yeux verts." murmurait-il.

Soudain, au loin, une silhouette encapuchonnée de noir avançant à vive allure attira son attention.  Elle s'approcha du piano à manivelle et disparue. Une deuxième apparue dans un autre coin de la pièce et prit la même direction. Evariste la suivit, sans grande surprise, à travers un passage secret à peine dissimulé derrière l'imposant instrument. Nouveau salon, cette fois ci paré de tapis orientaux de basse facture, brûlés ou abîmés en plusieurs endroits. Une foule de capuchons noirs grouillait, négociant avec la clientèle. L'enjeu était maintenant de réussir à identifier sa "protectrice". Pour commencer, était-elle parmi eux ?

Eva observait furtivement chaque individu. "Une mèche brune, non ce n'est pas elle, yeux bleus non plus." Se raccrochant à cet unique objectif, il luttait contre son agoraphobie, et le dégoût certain que lui inspirait les lieux. Une main ferme l'attrapa  par le col : "Qu'est-ce que tu fous là ?!".

Luce renvoya d'une main son client vers un de ses comparses, expliquant qu'elle avait à faire. De l'autre, elle fourra dans ses grandes poches de petits cubes d'argent luisant. Elle ne put s'empêcher de manifester son mécontentement par un froncement de sourcil appuyé par un regard accusateur. Le jeune homme était embarrassé.

"Sortons d'ici" murmura-t-elle.

Reparti dans le sens inverse, les deux compagnons s'imaginaient regagner l'extérieur aussi facilement qu'ils étaient rentrés. C'était sans compter la baston générale qui encombrait les lieux. Passablement énervée, Luce fracassa le nez du premier obstacle. Elle entreprit de traverser la pièce en passant par le cœur de la mêlée. Son compagnon jugea quant-à lui, plus judicieux de contourner par les côtés. On grognait, on criait, on râlait, on insultait comme il n'est pas permis dans toutes les pièces. Un mauvais bougre pensait profiter de la situation et se jeta à la suite de la jeune femme. Il l'attrapa par la taille, et bien loin de se laisser impressionner, elle lui trancha le bras au niveau du coude. La main châtiée pour son entreprise gisait par terre, de  même que son ex-propriétaire. L'amputé saignait abondamment. Il en crèverait peut être, mais que vaut la mort lorsqu'on vit dans un tel trou à rat ?

Les deux se rejoignirent dehors, quittant la touffeur du bar pour la fraîcheur du soir, l'une plus amochée que l'autre. Ce dernier ne put s'empêcher de commenter :

"Tu n'es qu'une brute.

- Ferme la ! Tais toi, va-t-en, du vent ! Je ne veux plus ni te voir ni t'entendre ! Cria-t-elle. Elle reprit sa respiration. Encore un mot et tu finis comme le type qui agonise sur le plancher là-bas !"

D'un claquement de talon, elle se détourna et partit dans une direction inconnue. Que faire ?

"Je suis désolé et merci". s'empressa-t-il d'ajouter. En retour une petite pluie de gravier qu'il évita sans problème. Évariste ne pouvait que la suivre désespérément. Pour une raison inconnue, elle avait accepté de le prendre sous son aile, bien qu'elle présentait cela comme une dette, dont elle tirait profit.  Elle l'avait soigné en moins d'une journée, miracle notoire pour une blessure plus que sérieuse. D'autres sortes de question lui occupaient l'esprit, telles que : qui était ces gens en noir ? Une sorte de pègre, trafiquants admis et installé dans le fonctionnement de cette micro société. Travaillent-ils tous seuls comme Luce ? Où a-t-elle un statut particulier dans ce groupe ? Que pouvaient bien être les petits cubes métalliques, une sorte de monnaie d'échange ?

Après la visite d'un endroit aussi confiné, l'air lui manquait. Pris dune inspiration soudaine, il abandonna ses pensées sur les pavés. Quelques pas en arrière, il prit son élan, et sans effort, d'un saut, il se retrouva sur la terrasse qui lui faisait face. Étonné lui même de ses capacités, il brava encore une fois les lois de la gravité pour aller aller cette fois sur les toits. Toujours surpris, il prenait cependant goût à ce regain de liberté. "Qui vois-je au loin ? ne serait-ce pas Luce ? ". De toits en toits, il fit sa route joyeusement, sur les pas de la jeune femme.

***

Dans la caverne, un espace (très particuliers) se détachait de l'obscurité ambiante. Un puit de lumière à une centaine de mètres du sol, éclairait un lac d'eau de pluie, et quelques végétaux aquatiques. Luce était assise près du bord lorsqu'Evariste, fit irruption. Rongé par la timidité, il attira son (Luce) attention par un récit confus de ses aventures :

- Je sais pas pourquoi je suis là, hein tu sais ? euh... je, tomber. Plouf, ou non plutôt crac. Par ce qu'il y avait un corps, tu sais un, un mort , SUR moi. Et puis, ombre noire, et oui moi je connais pas. Je sais pas où c'est ici, et puis mes os étaient cassés, donc pour se lever, pas facile. Et puis oui y'avait l'ombre noire, enfin euh toi. Tu faisais quoi d'ailleurs ? Bref je suis euh.. perdu.

Il aurait voulu plonger six pieds sous-terre, tandis que son interlocutrice le fusillait du regard. C'était certainement le plus long discours qu'il avait tenu depuis des lustres, préférant les phrases courtes et concises. 

Luce  contemplait le ciel, blanc de nuages par la déchirure de la roche. Elle hésitait entre garder cette aura de mystère factice autour d'elle, et céder au plaisir de la causerie et à la découverte de cette nouvelle compagnie. Elle finit par convaincre sa conscience, qu'elle pouvait se le permettre, car, quelque part, cela servait ses intérêts.

Feignant le ton paternel elle engagea :

- Je pensais que te montrer te suffirait à comprendre, et ces troufions du bar t'ont fait la totale.

____________________________________________________

Comme promis ! Voilà le chapitre 5, lu, relu, rerelu, et réécrit, et bien... plusieurs fois ! Avec le confinement, je vais m'empresser de m'attaquer à la suite !

Toujours friande de vos avis et de vos commentaires, n'hésitez pas. Et venez me voir en MP si vous voulez !


Les Fossoyeurs Où les histoires vivent. Découvrez maintenant