La tension palpable entre les deux combattants s'estompait petit à petit. Evariste laissa tomber le poignard par terre. Celui-ci fit un bruit métallique, qui se répéta en écho dans la pièce, lorsqu'il toucha le sol. Consciente de la position saugrenue qu'elle occupait, essoufflée, la jeune femme se releva. Elle retrouva un peu de sa prestance.
- Mon prénom c'est Lucinde, mais appel moi Luce, comme tout le monde.
Evariste hocha la tête :
-En effet si nous sommes amenés à nous côtoyer prochainement, des présentations seraient préférables. Je m'appelle Evariste.
Il fit un pas en arrière, pour mieux apprécier son interlocutrice. La dénommée Luce portait une paire de souliers à boucles noires, maculés de petites tâches de boue, de grandes chaussettes blanches qui remontaient au-dessus du genou, et une culotte courte brune (sorte de pantalon qui s'arrête aux genoux). Le haut se composait d'une chemise blanche avec un corset de cuir qui s'arrêtait sous la poitrine. Toute l'élégance de sa tenue, résidait dans la demie cape lie-de-vin qu'elle portait à l'épaule. À sa ceinture, une multitude fourreaux lui permettait de ranger des armes en tous genres.
Difficile d'établir le statut social d'une personne d'après son apparence lorsqu'on ne connaît pas l'organisation de sa cité. Peut-être fille d'un riche marchand ou d'un petit seigneur à la richesse confortable. La deuxième hypothèse et certainement la plus probable, est qu'elle s'approprie le profit d'un quelconque trafic illicite. Le jeune homme sera bien vite amené à en connaître la réponse.
Trois jours interminables s'écoulèrent dans un silence monastique, quand il fût soudainement brisé par :
- On ne voit pas l'heure d'ici ! s'exclama Luce.
Elle esquissa un geste vers l'unique poche de sa chemise. Elle fronça les sourcils. Un éclair de frustration passa sur son visage.
- Je pense qu'il est temps d'y aller. Elle marqua une pause. Tu peux marcher ?
Le garçon fit quelques exercices avec sa cheville avant d'acquiescer. La douleur s'était totalement estompée, comme si la souffrance appartenait déjà à un lointain souvenir.
En deux temps trois mouvements, la jeune femme disparut sous sa cape noire :
- En route, se sentit elle obligée d'ajouter.
Petite porte dérobée, couloirs sinistres pour déboucher sur... du vide. Néant. Plus de murs, plus de sol, plus de roche. La sortie est un trou béant à flanc de montagne. La grotte n'était en fait qu'une petite habitation troglodyte, dans le mur même qui enferme Kronopolis sous terre.
Surpris, Evariste s'accrocha à la paroi et jeta un coup d'oeil au vide devant lui. Le sol était bien à une vingtaine de mettre, et aucune échelle ou marche ne se détachaient de la roche. Luce le bouscula sans ménagement. Elle contemplait le sol avec le regard indifférent de l'habitude. Elle décela un caillou pour libérer une petite manivelle. Avec quelques difficultés, le mécanisme crissant se mit en marche. Un panier grinçant pauvre et rouillé, dégringola du plafond. Elle sauta dedans et attendit qu'il fasse de même. Mètre par mètre, la nacelle improvisée descendait, dans un concert d'engrenages mal agencés.
Quelques minutes plus tard, le couple s'engagea dans la ville et Luce rompit le silence :
- Très bien à partir d'ici, tu observes sans regarder, tu parles sans faire de bruit et tu bouges sans te faire remarquer. L'ombre est ton alliée.
Nouveau hochement de tête et ils reprirent la route. La marche s'arrêta devant un établissement plus lugubre encore que ses voisins. Pourtant très animé, il suintait l'alcool et l'urine. Un pas de plus et ils pénétrèrent dans l'antre du vice, un bar fiévreux à l'atmosphère saturé de fumée. Curieux, le jeune homme s'assit dans un coin, et découvrit les lieux. Luce posa un louis devant lui et chuchota d'un ton ferme :
- Prends une consommation et ne pose pas de question.
Elle disparut dans la brume.
Les sept pêchés capitaux étaient réunis autour de cette orgie de débauches et d'excès. La gourmandise se vautrait dans son insatiable beuverie. Goinfres et ivrognes s'empiffraient en cadence, au rythme des vièles à archets et des luths. La luxure s'en donnait à cœur joie, dépravations et libertinages, ne cherchaient plus à se cacher. Des femmes lascives et voluptueuses dansaient sur une scène improvisée. La colère bouillonnait au comptoir, lorsque l'un des clients constatait qu'il n'avait plus assez pour prolonger sa soirée. Son dépit et son amertume s'exprimait en de multiples glapissements avant de se faire jeter, par deux colosses, sur la chaussée. Au contraire, l'avarice elle, pingre et avide recomptait ses trois sous, avec le regard farouche du charognard sur sa proie. La paresse apathique et désœuvrée se vautrait dans l'ombre . Elle aime se repaitre dans la mollesse et la langueur de ces fins de soirées. Des Hommes de milieux hétéroclites étaient rassemblés là. La jalousie ravivait la rancoeur et les rivalités des plus disparates d'entre eux. Une convoitise maladive taraudait certains. Enfin, le patron du lieu, empli d'orgueil régnait en maître sur son empire, vantant insolemment sa gloire et son succès.
Un mastodonte s'installa en face d'Eva, sans prendre la peine d'aucun effet de courtoisie. Le gaillard le fixa droit dans les yeux et sans sourciller, braqua son tromblon sur lui. "Je suis désarmé, pensa Evariste. Et même si j'avais une arme blanche, son tromblon m'aurait avant". Il n'osa faire un geste.
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Bonsoir ! J'essaye de maintenir un rythme si ce n'est constant, assez fréquent. Je me suis beaucoup amusée à décrire cette auberge du vice (que les petits otaku qui passent par là me fassent signe ;) ). Pour vous quel est le pire ou le plus détestable de ces 7 péchés (gourmandise, jalousie, colère, paresse, luxure, avarice, orgueil) ?
Bon j'ai bien conscience que je ne fais pas tellement avancer l'histoire. Promis je me rattrape au prochain chapitre. Celui-ci était un façon pour moi de me défouler.
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Les Fossoyeurs
FantasiEvariste se réveille au milieu du quartier le plus mal famé de la ville souterraine de Kronopolis. Il est incapable de se souvenir comment il est arrivé là mais ce qui est certain c'est qu'il est dans un sale état. Heureusement, une aide providentie...
