Il y a tellement de monde partout que je préfère me rabattre sur le bar. Je commande un coca pour commencer, et je prendrai peut-être une bière un peu plus tard... J'observe les gens autour de moi: la plupart discutent et dansent au centre de la salle, dans un coin d'autres jouent au billard et au poker, et les couples sont à l'opposé, en train de s'embrasser...
La musique, que je n'aime pas vraiment, me vrille les tympans, et je me réfugie aux toilettes pour échapper à ce boucan. Je ne sais même pas pourquoi je suis venu, et je regrette... C'est comme ça chaque fois que je sors le soir. Je ne suis pas fait pour ce genre de boîtes... Pourtant j'y retourne quand- même...
En sortant des toilettes bondées, la tête sur le point d'exploser, je décide de rentrer chez moi. Je me fraye un chemin dans la foule, mais arrivé au milieu de la salle, un gars se retourne en me bousculant violemment.
Le volcan endormi au fond de moi se réveille, mes poings se crispent et une colère m'envahit. J'essaye de me dire que c'est pas grave, qu'il y a beaucoup de monde et c'est normal que sans faire exprès il m'ait bousculé, mais rien y fait, et les mots sortent de ma bouche malgré moi:
-Oh! C'est quoi ton problème? je lui hurle.
Le gars se retourne et me dévisage. Un sourire mesquin se dessine sur son visage, et il me répond:
-Tu vas te calmer tout de suite connard, ou ça va mal se terminer!
Il m'en faut plus pour me faire peur... Tout ce que je veux, c'est qu'il s'exuse.
-Tu cherches les embrouilles? lui rétorqué-je.
-Non, c'est toi qui cherche à te faire exploser la geule! me répond- il.
Derrière, ses amis ricanent, et je me rend compte soudainement qu'une petite masse de personnes nous entourent... et que le gars en face de moi et une vrai armoire à glace.
Cela ne suffit pourtant pas à me déstabiliser. On se regarde en chien de faïence quelques secondes, et au moment ou je m'apprête à balancer un coup de poing, une autre voix s'élève:
-C'est bon. Stop.
Je tourne la tête, et je vois mon rivale faire pareil. Et là, je découvre la personne la plus... Je ne sais pas quoi dire.
C'est une jeune fille, toute frêle et toute fine, qui ne doit pas faire plus d'un mètre soixante cinq, mais qui s'avance pourtant vaillamment hors du cercle formé par les spectateurs.
Ses yeux sont magnifiques, très profonds et en amande douce, d'un vert presque brun mais où luisent une quantité de reflets dorés. Ses cheveux lui tombent délicatement en tresse sur le côté: ils ont une couleur ambrée, mais des mèches plus foncée et d'autres beaucoup plus claires, blond commes les rayons du soleil, sillonnent sa chevelure, ce qui donne un magnifique reflet doré.
Mais c'est son nez qui me fascine le plus. Il vient rompre tout en adoucissant l'harmonie de son visage, avec une petite bosse qui surmonte l'arrête de son nez. Un petit nez aquilin.
Elle est si fine que ses clavicules se voient sans effort.
Mon ennemi rompt soudain le silence en lui répondant:
-Allez, casse-toi fillette, c'est trop dangereux pour toi et c'est pas tes affaires. On parle entre grands là...
Sans se laisser démonter, elle lui répond calmement en continuant d'avancer:
-C'est ça, c'est ça... Et moi je te demande d'arrêter.
Sa voix est si calme et posée qu'elle pourait faire reculer une armée, et si d'aventure elle implorait quelqu'un de ne pas mourir même si c'était inévitable, il serait encore capable de survivre.
Il y a quelque chose de rassurant dans cet voix: chaude et calme. Une voix magnifique.
Mon ennemi commence à perdre patience:
-Je t'ai demandé, de nous laisser et de te casser, connasse!!! hurle-t-il.
La jeune fille est à présent entre nous deux et fait barrière. Elle est face à cette armoire à glace, qui la domine d'au moins trente centimètres. S'en est presque comique. Derrière nous des voix chuchotent: "pète la geule à cette gamine, ça doit pas être trop compliqué pour toi Greg!"
-Non je ne reculerai pas, Greg! rétorque-t-elle.
Le-dit Greg répond les dents serrées:
- Je crois que t'as pas bien compris à qui tu parlais... Barre-toi ou je te pète la geule!
Je ne peux pas laisser cette minuscule fille se faire tabasser. J'ouvre pour la première fois la bouche depuis son intervention:
- Laisse-là tran...
-Ta geule! me coupa-t-il. J'en ai pas fini avec elle, et avec toi non plus!
Ma colère remonte subitement:
-T'as dit quoi connard? Ben vas-y, tabasse-moi! Viens si tu l'o... je commence.
-Non c'est bon arrêtez s'il vous plaît! Je...
-Si je te retrouve dans la rue un jour je te jure que...
Les cris et les injures se mélangent et je n'entends plus rien. J'essaye vaguement de m'approcher de mon rivale mais la jeune fille m'en empêche en me retenant par les épaules. Elle est toujours aussi calme et ne semble pas perdre son sang-froid. Je me rends compte soudain qu'elle me pousse vers la sortie et je me retrouve finalement dehors, loin du bruit, de l'ambiance électrique, de mes rivales... Et en face de ma sauveuse...
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Jusqu'à ce que la vie me tue...
ActionIl est impulsif... Elle est réservée... Ils ont tout deux un passé difficile... Douloureux... On dit que deux contraires sont totalement différents... C'est faux, deux contraires sont pareils. Ils ont besoin l'un de l'autre. Ils s'équilibrent...