Regarde...

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Océane

Je vois mon père et ma sœur. Leurs visages sont déformés par la douleur, le désespoir. Mon père me tient la main, ses doigts tremblants serrant les miens comme s'il essayait de me retenir, de m'empêcher de partir. Ma sœur murmure des mots brisés, presque inaudibles, son visage inondé de larmes. L'amour et l'angoisse irradient d'eux, une force si palpable qu'elle semble vibrer dans la pièce.

Dans le couloir, juste derrière la porte de ma chambre, je vois Rose. Elle est là, figée, les bras autour de son corps comme pour se protéger. Ses épaules tremblent. Elle pleure, incapable de franchir la barrière invisible qui la sépare de moi. Et soudain, James apparaît. Il s'approche d'elle et, sans qu'un mot ne soit échangé, elle se précipite dans ses bras.

— Je n'y arrive pas, James... sanglote-t-elle. Je ne peux pas la voir comme ça. Pas ici, pas dans ce lit. Je veux qu'elle soit debout, vivante, consciente ! Je veux pouvoir lui crier dessus, lui dire combien elle m'a blessée en partant sans rien dire... et ensuite, je veux la prendre dans mes bras et lui dire que je l'aime. Que je lui pardonne. Mais je ne veux pas qu'elle meure, James. Je ne veux pas la perdre.

Ses mots me frappent comme une lame. Une douleur froide et tranchante traverse mon cœur. Je ne savais pas... Je ne savais pas à quel point elle tenait à moi. Ou peut-être que je savais, mais j'ai préféré l'oublier, m'enfouir sous ma culpabilité pour ne pas affronter la vérité.

Et puis, tout change. Les murs s'effacent. L'hôpital disparaît.

Je vois Rick. Il est dans la rue, courant à perdre haleine, comme un homme traqué par une peur qu'il ne peut fuir. Ses pensées me percutent avec une intensité brutale.

"Laissez-la-moi encore... je vous en supplie. Ne me l'enlevez pas. Ne prenez pas mon cœur. Sans elle, je ne pourrai pas respirer. Déjà, j'ai eu tant de mal à vivre sans elle... qu'elle ne meure pas. Pas elle. Elle ne le mérite pas. Laissez-moi juste la revoir. Une seule fois. Une seule."

Son désespoir me renverse. Une vague d'amour, de douleur, de regret, tout cela en même temps. Rick... il m'aime. D'un amour que je n'ai jamais voulu voir, que j'ai peut-être fui. Et tout ce que je lui ai donné en retour, c'est l'absence.

Mes larmes coulent sans retenue. Je ne peux plus les contenir. Pourquoi ? Pourquoi ai-je fait cela ? Pourquoi ai-je laissé tous ceux qui m'aiment souffrir ainsi ?

Et alors, je reviens dans cette pièce blanche. Cette bulle hors du temps, hors du monde. Oliver est là. Mon Oliver. Celui que j'ai aimé. Celui qui a été emporté par la mort, trop tôt, me laissant seule avec un vide que je n'ai jamais su combler.

Il me regarde avec ce sourire doux, tendre, chargé d'une tristesse infinie.

— Alors, Océane, murmure-t-il, je te repose la question : que vas-tu faire comme choix ?

Sa voix est calme, mais elle résonne en moi comme un écho puissant. Je ferme les yeux, incapable de soutenir son regard.

— Je sais, dit-il doucement. Je sais que ta vie n'a pas été facile. Je sais que tu portes un poids que personne ne voit vraiment. Et je sais que tu es fatiguée. Fatiguée de courir, fatiguée de te battre, fatiguée de ressentir. Je sais que tu voudrais t'arrêter.

Il s'approche, et sa main chaude effleure la mienne.

— Je sais tout cela, ma belle. Mais regarde autour de toi. Regarde ceux qui t'aiment. Ceux que tu as laissés derrière, mais qui, malgré tout, sont toujours là pour toi. Ils ne t'ont jamais abandonnée, même quand tu pensais ne plus rien mériter.

Mes larmes redoublent.

— Mais je les ai blessés... Je leur ai tourné le dos. J'ai fui.

— Oui, tu as fui. Mais ils t'aiment encore. Parce que tu comptes pour eux. Parce que, malgré toutes tes erreurs, tu es leur monde, Océane.

Il s'agenouille devant moi, ses yeux remplis d'une tendresse infinie.

— Je vais te montrer, murmure-t-il. Je vais te montrer tout l'amour que tu refuses de voir. Je vais te montrer à quel point ta vie a de la valeur. Mais pour ça, tu dois me suivre.

Je le regarde, perdue.

— Mais pourquoi toi ? Pourquoi es-tu là, Oliver ?

Il sourit, et son sourire est à la fois doux et empreint de cette tristesse que seule la mort connaît.

— Parce que je suis ton ange, Océane. Celui qui a été envoyé pour te rappeler que tu n'es pas seule. Celui qui t'aime encore, même d'où je suis.

Je secoue la tête, tremblante.

— Et toi ? Pourquoi fais-tu tout ça ?

Il pose une main sur ma joue, son regard brûlant du souvenir de tout ce que nous avons partagé.

— Parce que je t'aime, Océane. Et je t'aimerai toujours.

Ses mots résonnent dans ma poitrine comme un battement de cœur oublié.

— Maintenant, viens, dit-il doucement, tendant la main. Regarde avec moi. Laisse-moi te montrer tout ce que tu n'as pas voulu voir. Laisse-moi t'aider à retrouver ton chemin.

Et malgré ma peur, malgré ma culpabilité, je tends la main et la glisse dans la sienne.

Seule, tome 2 : Ils veulent que je réaprenne a vivre !Où les histoires vivent. Découvrez maintenant