L'idéal serait d'allier Vouloir et Pouvoir, les conjuguer dans une même phrase sans une seule négation.
Fatim Aw
Je voulais la voir ce fameux samedi, je ne pouvais pas.
Je veux la revoir vivante, je ne peux pas.
J'aurais voulu la faire sortir de la morgue main dans la main, je ne pourrai pas.
Je ne ressens que de la douleur et des regrets qui me rongent. Les mêmes mots, comme une chanson mise en boucle, raisonnent dans ma tête. S'ils sortaient de ma bouche, la répétition dérangerait et moi je ne pourrai pas m'en empêcher.Aujourd'hui se fera l'inhumation du corps de ma mère, juste après la prière de Zohr. Nous avions été mis au courant de la mauvaise nouvelle par Mame Bocar. Elle a succombé à la suite d'un malaise, aucun détail de plus. Hier, entre cris et hurlements, on se croirait dans la maison de la défunte.
Les réactions qui suivent un choc émotionnel différent en fonction de la personne. Les uns se mettent à pleurer et à parler tandis que d'autres entrent dans un mutisme total.
Badara et Abdou Aw aident mon père pour veiller au bon déroulement de la levée du corps. Mes aînés de six et quatre ans respectivement sont anéantis même s'ils essayent de ne rien laisser paraître. Le dernier de la fratrie, Baba est inconsolable. Et moi, Je suis assise là , spectatrice de notre propre malheur, sans larmes. J'en ai versé lorsque je tombais malade et quand j'étais blessée physiquement ou moralement. Là c'est différent, j'ai envie de poser des questions mais mes cordes vocales me trahissent. Je me suis réfugiée dans un endroit de mon esprit où seuls mes yeux sont connectés au monde extérieur.Badara Aw
Avec le nombre d'enterrements dont j'ai pris part, me voilà peureux d'assister à celui de ma mère. Qui se sent prêt à voir ou ensevelir la sienne sous terre? Peu importe le genre de personne qu'elle a été, il n'est jamais facile. Je ne sais pas comment réagir face aux enfants. Et mon père, silencieux, ne parle qu'en cas de nécessité.
La perte de sa femme est-ce pire que celle de sa mère ?Fatim Aw
Papa m'a conduit à la mosquée puis dans une pièce qui sentait l'alcool pharmaceutique. Près d'un brancard qui supportait une masse, il soulève de peu le tissu blanc. Face au visage de ma mère, je ne me retiens pas d'y poser ma main. Avec la fraicheur qui s'y dégage, on dirait qu'elle dort simplement.
A la demande de mon père, je m'adressais à elle : Maman je te pardonne, pardonne moi. Bismillah.........Impossible de continuer ma prière. Je tremble et pour la première fois depuis l'annonce, je pleure.
Hors des lieux, je me rends enfin compte qu'elle est partie à jamais.Le deuil s'est passé comme tous les autres dans la société sénégalaise. Récital de coran, des condoléances, des membres de la famille venus pour squatter à Dakar que pour soutenir les peinés, tout était au rendez-vous chez les Fall au mois de décembre. Après deux mois, les enfants d'Eva étaient restés dans la maison de leurs grands-parents et leur père passait de temps en temps pour les voir. Les grands frères de Fatim avaient repris le boulot de même que le benjamin avec les études. Baba s'en est remis contrairement à sa soeur. La petite fille ne parlait plus, étudiait peu malgré l'approche des examens et ne priait que lorsqu'elle en avait envie.
Entre reproches et conseils, pics et supplications, surprises et lamentations de la part des professeurs, elle s'éloigne de la famille et de Mame Khadija, sa meilleure amie.
Aux mêmes discours de ses proches ou de ses copines de classe, la même réaction: aucune réponse.
Fatim Aw
Je veux inverser les jours ordinaires de la semaine avec ceux du week-end. Passer cinq jours dans ma chambre et deux à l'école. Je suis devenue casanière malgré moi.
Je suis perdue dans mes sentiments, un mélange de tout dominé par la colère. Lorsque je me sens prête à parler aux autres,je pense au fait qu'ils ont repris leurs activités comme si de rien n'était. Là les mots adéquats me manquent et je me rétracte.Le silence est une arme, la pire. Si l'orpheline refuse de communiquer avec les autres c'est pour riposter. Elle se sent obligée d'en vouloir à quelqu'un pour la mort de sa mère.
Toutes les tentatives pour lui faire changer de comportement ont été vaines. Seuls les repas pouvaient réunir la famille au complet car la gaieté avait pris la poudre d'escampette.
Mame bocar avait convoqué une petite réunion le dernier lundi du mois de Février.
Les enfants se sont éclipsés avant que leur Grand-père ne prenne la parole pour entrer dans le vif du sujet.
Mame Bocar: Ma fille n'a jamais été la bienvenue dans sa belle-famille d'où leur absence à ses obsèques. Moussa, à toi seul reviennent toutes les décisions concernant les enfants et il serait mieux de laisser les garçons ici avec nous.
Moussa Aw: je suis d'accord avec vous car je manquerai de temps pour l'éducation qu'il leur faut. Badara qu'en penses-tu ?
Badara: je préférerai qu'ils restent ici qu'avec des femmes de ménage. Par contre, je resterai avec Papa.Les parents d'Aicha fulminaient de colère. Deux enfants de plus! le frère de la défunte ne pouvaient plus se retenir.
Modou Fall: tu t'es débarrassé de ta fille Moussa et maintenant de tes garçons ?
Moussa: ce n'est pas le cas, Fatim a été confiée depuis petite à sa grand-mère.Mame Bocar mis fin à la discussion avant qu'elle ne dégénère. L'attitude puérile de son fils le dépasse. Malgré qu'il vive toujours sous son toit, il se croit propriétaire de la maison.
Une semaine après...
La maison des Fall, comme chaque dimanche, était quasiment déserte. Il n'y avait que la ménagère qui s'affairait à la cuisine, Modou Fall qui suivait un match dans le salon et Fatim dans sa chambre .
Après le déjeuner, l'homme à la barbe récemment taillée se débarrassa de leur bonne en lui permettant de quitter son travail plutôt que prévu.
Dans le couloir, Modou hésitait et réfléchissait aux enjeux de l'acte qu'il s'apprêtait à faire. Sa conscience installait un doute en lui mais ses pulsions surpassaient sa raison.
Ouvrir la porte, s'assoupir sur elle, la menacer et faire comme si de rien n'était, voici le schéma qu'il s'était fait !
Il pénétra la chambre et fit face à l'innocente demoiselle qui dormait dans une robe portefeuille blanche.
Elle ouvrit les yeux au grincement de la porte. Voir son oncle faire tomber la serviette qui le couvrait par terre l'entraîna dans un moment de léthargie.
Fatim Aw
Comment est-ce qu'un rêve peut paraître aussi réel ?
Hello guys!!! Alors?
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Apparemment maudite
AcakUne vie presque parfaite! Assez parfaite pour faire envier plus d'un . Considérez cette phrase comme étant employée au passé. Avec des sentiments brusquement mitigés et partagés entre douleur, peine, tristesse dont aucune richesse pourrait y remédie...