Comment aurait été votre vie si vous étiez sourd, muet et aveugle tout en fermant les yeux pour cacher les sentiments que reflètent les pupilles ?
Les événements déterminent toujours le statut que vous voulez occuper.
Perdre sa chair... perdre son sang...
Il ne s'agit ni d'une greffe ni d'un don de sang mais du père de Fatim.
Fatim Aw
Je ne vois pas l'interêt de m'apitoyer sur mon sort, comme une balle de basketball qui rebondit sur le sol attendant qu'on la stabilise.
Je fais mon deuil, le deuil de mon père comme celui d'une personne dont je ne suis pas proche. Je me détache de l'environnement qui m'entoure pour éviter la triste réalité dont j'ai conscience au fond de moi.
Le corps fût rapatrié et l'essentiel a été fait. Jusqu'au dixième jour, la maison se remplissait de monde. Mame Khadija a essayé de m'amener chez elle mais en vain.
La tradition sénégalaise nous suggère de poser un panier d'une légère profondeur près de la veuve pour recueillir l'argent de ceux qui présentent leurs condoléances. La femme de mon père amassait tout l'argent la nuit pour m'envoyer à la dibiterie lui acheter de la viande qu'elle n'a jamais partagé.
Elle n'a pas pleuré pour papa, pas une seule fois.
Badara Aw
Une année comparable à du fer couvert de rouille, on se dit qu'il reste sûrement du fer alors qu'on sait pertinemment qu'il ne reste que de la matière pourrie.
Encore un rapport de stage digne d'une rédaction d'un élève du cours préparatoire. Je recommence à nouveau, avec la tête qui me fait atrocement mal.
Le seul qui me redonnait confiance en moi, me corrigeait et m'encourageait n'est plus là : papa.
L'ainé a pour rôle de prendre le relai et d'atténuer les charges de ses parents et moi j'ai pour rôle de garder les secrets de mon père et de ma mère, aussi lourds qu'ils soient. Malgré tout, j'aimerai qu'on me persuade que la mort n'est que temporaire.
Fatim Aw
Je sillonne les ruelles de Sandaga-Dakar avec comme compagnon : mon ombre. Cette ombre dont je suis envieuse parce qu'elle est dépourvue de défauts, de qualités, de beauté, de laideur et de sentiments.
En pénétrant les locaux où se vendent les brochettes de poulet, je m'empresse d'acheter le dîner de Tata Mami.
A la sortie je ne trouve aucun moyen de transport pour rentrer et faire du auto-stop n'est même pas une solution. Je marche suivant mon instinct avec l'itinéraire que je me suis faite.
Mon téléphone sonne et s'éteint avant même que je puisse voir le nom du contact et décrocher.
Quelle poisse !
Sur ma montre s'affichait minuit quinze. Aucun lampadaire dans ce quartier de la bidonville, tantôt des éclats de rire, tantôt des murmures inaudibles percent le silence de la nuit éclairée par la pleine lune.
Je presse le pas avant d'heurter quelqu'un. La chute qui s'en suivie fût imprévisible, puis des coups, les uns plus coriaces que les autres.
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Apparemment maudite
De TodoUne vie presque parfaite! Assez parfaite pour faire envier plus d'un . Considérez cette phrase comme étant employée au passé. Avec des sentiments brusquement mitigés et partagés entre douleur, peine, tristesse dont aucune richesse pourrait y remédie...
