-Donc la porte est fermée.
Zoro ne semblait pas réaliser l'évidence même. Il entendait le petit gloussement de Robin qu'elle dissimulait derrière sa main.
-Et nous sommes sans lumière... Quel imbécile !
Il se laissa tomber contre la porte, impuissant. La jeune femme s'assit à côté de lui, en soutient.
-Ils sont endormis ? Demanda-t-elle.
-Pas tous mais.. je crois qu'on va devoir attendre un moment.
Robin aurait aimé voir son visage. Elle ne l'avait pas vu d'aussi près depuis leurs baisers échangés.
Elle sentait sa chaleur, et aussi le parfum qu'il dégageait. Elle permit à son visage de se caler contre l'épaule de ce dernier. Son nez caressa son T-shirt, et bientôt son cou.
Zoro expira et tourna sa tête à l'opposé de la jeune femme.
-Je suis désolée, avoua-t-elle. Nous n'avons jamais mis les choses au clair.
Cette dernière phrase sonnait comme une timide question.
Dans l'obscurité, Zoro secoua la tête.
-Pas maintenant, s'il te plaît.
Elle ne répondit pas.
-Et tu as trop bu.
Elle acquiesça silencieusement. Après une timide respiration, il reprit.
-Je meurs d'envie de t'embrasser. Tu ne me facilites pas la tâche.
Robin sentit son corps la lâcher. Son dos se laissa glisser en arrière. Au même moment, le loquet se déverrouilla.
Quelqu'un venait d'ouvrir la porte. Tous les papillons qui peuplaient son bas-ventre venaient de s'envoler.
-C'est une tradition de s'enfermer ? Regardez vous, des cadavres. Encore Zoro, je ne suis pas étonnée ! Robin, tu as l'air toute effrayée ! Sans lumière en plus. Espèce de bon a rien Zoro je savais que c'était une mauvaise idée punaise!
Nami râla toute la soirée.
...
Accoudée au bastingage, Robin regardait la nuit tomber. Une brise caressait ses cheveux tendrement.
Je meurs d'envie de t'embrasser
Elle serra les poings et regarda les vagues s'agiter. Elle pouvait voir tout son désir, étouffé sous le flot. Toute cette poésie était si violente à ses yeux.
Ce soir elle irait le voir avant qu'il ne se couche. Pour discuter, parce qu'elle n'en pouvait plus de ce désir, ces frissons qu'il lui procurait en prononçant une phrase.
Nico Robin n'aimait pas que l'on se joue d'elle, au fond, elle avait peur. Elle craignait que ça l'amuse de la voir dans un tel état. De son côté, il paraissait impassible, mais pas indifférent. Peut-être que cela lui était égal après tout.
-Tu crois qu'il reste du vin de ton année dans la cave ?
Robin sursauta.
-Tu as eu l'air de l'apprécier. Je pensais que tu aurais pu me le faire goûter.
Il faisait beaucoup de geste et ses yeux ne restaient jamais sur un point précis.
Robin sourit. Elle baissa les yeux sur les vaguelettes.
-Il faudra faire attention à la porte, alors.
-J'ai connu pire adversaire, répondit Zoro dos à elle, avant de s'éloigner.
Ses joues devinrent feu l'espace d'une minute. Elle lui emboita le pas vers la cave, en silence.
...
-Alors ?
-Je ne sais pas trop, goûte.
-il est bouchonné, fit-il remarquer, après avoir porté le goulot à son nez.
-Je dois admettre que je n'ai pas l'odorat si fin.
-Une question d'habitude.
Zoro exclue la bouteille de la cave et se pencha dans les rayons afin de trouver l'élue de la soirée.
-Et si on en choisissait une qui a une signification particulière pour l'équipage ?
Il arqua un sourcil et balada ses doigts comme s'il répondait à la question. Il finit par en dénicher une, qui semblait plus vieille mais à l'écriture très raffinée.
-D'où est-ce qu'elle provient ? Demanda-t-elle, curieuse.
-A toi de deviner, dit-il, sur un ton de défi.
Il debouchonna la bouteille et la porta une nouvelle fois à son nez. Son haussement de tête sembla dire "parfaite" et il l'a tendue à Robin.
Elle s'en saisit, avec méfiance. En vérité, elle était curieuse de savoir ce qu'il avait choisi et se demandait comment elle pouvait deviner à l'aide de son palais. Elle porta le goulot à ses lèvres et laissa le liquide inonder son palais.
A ce moment précis, la pièce sombre s'illumina, et elle eut l'impression de goûter au paradis.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Ce n'est pas la bonne question, répondit le sabreur, amusé.
-Quand était-ce ?
-Cette bouteille, Nami l'a volé quelques expéditions plus tôt. En réalité, ce n'est pas ça qui est important. Ce qui est important, c'est que tu l'as déjà bu, à un moment précis.
Robin eut un hoquet qui coupa le jeune homme. Ses yeux s'étaient mis à briller quand il l'a regardait et elle n'arrivait pas à tenir son regard.
Tout à coup, elle eut un flash.
-C'est la première bouteille que j'ai bu avec vous, lorsque j'ai rejoins l'équipage, pour de bon, je veux dire, lorsque plus personne ne se méfiait de moi.
-Exactement.
Elle eut un pincement au cœur.
-Pourquoi avoir choisi celle-ci ?
Il y eut quelques secondes de silence, et l'atmosphère semblait avoir changé, ce qui lui déplue fortement.
-A vrai dire, je ne sais pas. C'est le moment où je t'ai regardé sans méfiance, où j'ai dû te faire confiance.
Elle hocha la tête, un peu déçue de la tournure que prenait la soirée.
-Tu es une âme sensib..
-J'ai réalisé que tu m'attirait, en dépit de toute autre possibilité.
Son nez effleura le sien, puis sa bouche rencontra la sienne. Leur lèvres se mirent à se dévorer, et leur souffles devinrent courts.
Robin attrapa sa nuque pour les rapprocher encore plus. La bouteille percuta le sol sans se briser.
