La ruelle lui semblait interminable, les sons de la ville n'avaient guère attendu longtemps avant de se faire engloutir par l'obscurité. Les toits des édifices aux alentours se rejoignaient par endroit, donnant à ses yeux une tâche plus ardue. Les sourcils légèrement froncés, elle tentait vainement de percer les lieux, ce n'était pas la première ruelle qu'elle prenait, mais jamais elle n'en avait vu des semblables. Souvent, elles étaient bordées de portes menant à des petits commerces ou alors à des maisons, mais ici, il n'y avait rien, que des murs plats érigés de chaque côté. Ils ne semblaient aucunement donner sur quelque chose.
D'un seul coup, un noir total avait envahi les environs. Elle s'était arrêtée, puis avait regardé de tout bord tout côté. Rien. Elle ne voyait absolument rien. Elle aurait dû voir quelque chose, si les toits lui bloquaient la lumière venant du haut, les éclats de la ville auraient dû lui parvenir. Ses yeux et sa compréhension étaient au même niveau, c'était-à-dire au plus bas.
Avait-elle un problème aux yeux? Le Soleil allait se coucher, peut-être n'était-il déjà plus là et que la ville avait eu une panne d'électricité? Cette dernière hypothèse était complètement absurde, il n'y avait aucune raison pour que l'électricité saute, même si c'était le cas, il y avait toujours une source de lumière et, à moins de se retrouver dans une pièce fermée et complètement isolée, un noir aussi opaque était impossible à reproduire.
Son corps était en mode alerte, ses autres sens prenaient le dessus.
Prudemment, le cœur battant aux oreilles, elle avait avancé.
Soudainement, il lui avait semblé entendre une respiration. Son corps s'était pétrifié. Elle avait ralenti sa respiration et s'était concentrée sur son audition. En effet, il y avait quelqu'un. Elle le savait, elle sentait sa présence au fond d'elle. Même en ne voyant rien, elle pouvait s'imaginer, tel un plan en trois dimensions, ce qui était devant: quelqu'un qui devait la dépasser de cinq ou dix centimètres. «Voilà, j'invente des choses maintenant», avait-elle pensé.
Mais son ouï ne l'avait pas trompée. Cette personne était là. Elle avait détecté un bruit de pas, quasiment inaudible, mais bien là. Ce quelqu'un se déplaçait telle une ombre. Non, la respiration ne venait pas de là par contre. Elle l'avait de nouveau attendu, mais plus proche. Elle était certaine de ne pas s'être faite bernée par son imagination face à ces sons.
C'était à ce moment-là qu'elle avait compris: il y avait deux personnes. À deux contre un, elle doutait de remporter, même en étant une Zoniac. Ces personnes semblaient habituées à cette atmosphère.
Elle savait qu'ils approchaient, ils ne devaient être qu'à deux mètres. L'adolescente se les était visualisés en train de se regarder pendant un court instant pour savoir ce qu'ils allaient faire d'elle.
Garder son sang froid n'avait rien de facile. Si elle faisait demi-tour, elle allait sans doute croiser le Owal. La ruelle était trop exiguë pour les contourner, elle n'avait aucune chance. Les murs dressés de chaque côté laissaient aucun échappatoire.
Plus qu'un mètre la séparait d'un des deux individus. Instinctivement, elle avait reculé d'un pas.
La chance n'était pas de son côté, une poubelle métallique se trouvait derrière elle. Elle l'avait entraînée dans sa chute, produisant un boucan d'enfer. Le métal s'entrechoquant avec la pierre du sol avait résonné en écho.
Lentement, Éliane s'était relevée. D'instinct, sa main s'était dirigée vers son bracelet à la recherche d'un réconfort.
L'affolement courait en elle. Allait-elle finir comme ça? «Non, non et non. Non, non et non...» Ce petit mot résonnait en boucle dans sa tête. Non, sa vie ne s'arrêtera pas ici. Non. Elle revoyait la scène qui s'était déroulée quelques mois plutôt. Ce sentiment d'être prise au piège lui coupait l'air. Cette fois-ci, ses parents n'étaient pas là. Cette fois-ci, elle n'était pas chez elle. Cette fois-ci...
En secouant la tête, elle avait reculé. Non. Elle pouvait leur échapper. Ou pas... Deux mains lui avaient empoigné les épaules.
Elle avait paniqué, ses yeux s'étaient écarquillés. Son premier réflexe avait été de se débattre. Sa meilleure option était d'aller vers l'arrière. C'était ce qu'elle pensait avant que son dos ne percute le mur.
Elle devait se calmer. Se calmer. Oui, s'affoler n'allait pas l'aider. Il fallait prendre sur soi.
Malgré son tortillement incessant, son ravisseur avait une poigne de fer. L'autre ne lui faisait rien. Elle se débattait de moins en moins fort, pas par épuisement, mais parce que ça ne servait à rien. Toutes les particules de son corps étaient prêtes à réagir si un échappatoire se présentait.
Sans prévenir, elle avait brusquement levé le genou de façon à ce qu'il le reçoive dans l'entrejambe. Simple et efficace. Profitant de l'effet de surprise, elle avait donné un coup sec vers la gauche, se libérant de son emprise.
Sans demander son reste, elle avait pris ses jambes à son cou.
Effectivement, ils étaient deux. Elle avait pu le constater en évitant le second. Bien qu'elle ne le voyait pas, elle l'avait senti venir.
Dans le noir le plus complet, Éliane arrivait tout de même à éviter les obstacles, soudainement, la ruelle ne lui semblait plus être un couloir vide. Les bruits de pas de ses assaillants se rapprochaient dangereusement. Alors qu'un mètre devait les séparer, elle avait entendu une voix:
— Mais qu'est-ce que tu fous!
Le garçon qui avait parlé semblait vouloir raisonner son coéquipier. Surprise, Éliane avait ralenti une seconde, une seconde de trop. Elle avait compris son erreur que trop tard.
Une main solide s'était de nouveau posée sur son épaule. Un courant glacé avait fusé dans son corps.
— At... se fut tout ce qu'elle avait entendu avant que son audition se coupe à son tour.
D'un coup, sa vue était revenue laissant voir la pierre de la ruelle et un mur de brique plongé dans l'ombre. Mais ça n'avait duré qu'une seconde. Elle avait l'impression de perdre contact avec ce qui l'entourait. C'était comme si un brouillard s'infiltrait à elle. Ses sens étaient enveloppés d'une brume devenue trop épaisse. Plus un son, plus une lumière, plus une sensation. Puis, plus rien.
Des avis?
Qui sont ses assaillants?
Est-ce que ce sont des Owals?
Que va-t-il se passer avec Éliane?
Où est Miré?
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Zoniac
ParanormalDepuis toujours, elle les fuit. Eux la pourchassent, elle et ses semblables.
