Chapitre 5

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Les souliers d'Éloi étaient plantés devant elle, une autre paire se trouvait à côté.
Interdite, elle laissa quelques secondes filer avant de relever faiblement la tête.
À côté d'Éloi se dressait Ezna. Ses yeux semblaient réfléchir à ce qu'ils allaient faire d'elle.
Un certain sentiment de sécurité l'habitait : elle était avec ses semblables. Ils ne devraient pas lui faire davantage de mal.
Trop secouée, elle était incapable de penser à quoi que ce soit clairement. Cependant, une sempiternelle question ne cessait de revenir: qu'allaient-ils faire d'elle?

Un étrange silence semblait s'étirer éternellement. Comme le lendemain d'un orage, un calme pesant emplissait la petite pièce.

Ezna lui tendit posément la main.

— Ça va?

Sa voix avait percé doucement la quiétude. Éliane la regarda avec étonnement. Aucune méchanceté n'était ressentie.

Son cerveau tournait à mille à l'heure alors que ses yeux restaient poser sur la main.

Qu'avait-elle à perdre? Ou plutôt, que pouvait-elle faire d'autre?

Après un léger hochement de tête, elle attrapa la main.  Cette dernière se referma et la tira fermement tout en usant d'une certaine délicatesse. Une fois sur ses deux pieds, sa tête se remit à tourner, c'était trop, la force lui manquait. Vacillant, Éliane se servit de son autre main pour se stabiliser au mur.

Un air faible, elle devait en avoir un. Ainsi, elle plongea ses yeux dans ceux d'Ezna, elle avait besoin d'un ancrage.

Entre-temps, Anselm les avait rejoints.
Du coin de l'œil, elle le vit se pencher pour ramasser quelque chose qui jonchait le sol.

— Je crois que ça t'appartient, lui dit-il en le lui tendant.

Éliane prit le temps de regarder son bracelet qu'il tenait entre ses doigts avant de le prendre. Elle avait l'impression de rouler au ralenti. Il y avait trop d'informations à traiter en même temps.

— Merci, murmura-t-elle.

Une fois enfilé, elle le caressa du bout des doigts. Celui-ci lui apportait un réconfort qui la calma.
Les trois amis la jaugeaient silencieusement. Éliane n'en pouvait plus de soutenir leur regard. Si sa peur n'était plus là, elle se sentait désormais faible face à eux, ils l'avaient battue avec tant de facilité.
Elle leur devait des explications et eux aussi lui en devaient. Comment était-elle arrivée ici? Où était-elle au juste? La première question était plus facile que la deuxième à deviner.
  — Je...
Les mots se perdirent, restèrent bloqués.
Ezna sembla comprendre le choc qu'elle venait d'avoir.
— Viens, on va ailleurs, lui dit-elle doucement.

-—-—-—-—-

Elle se trouvait dans une petite maison étroite. Plus confortable que ce qu'elle avait déjà connu par le passé, elle avait un petit air délabré, un repère parfait pour eux.

Ils étaient désormais dans une petite salle à manger. Meublée d'une simple table rectangulaire en bois et de six petites chaises basiques. La crasse couvrant la petite fenêtre laissait filtrer quelques parcelles de lumière faisant luire la poussière qui y flottait.

Tous trois regardaient Éliane. Ils pouvaient voir une adolescente crispée.

Que pouvait-elle dire? En faute de le savoir, elle laissait ses yeux leur passer dessus à tour de rôle. En face d'elle se tenait Ezna. Un bras posé sur la table et l'autre sur ses jambes. Son dos était droit comparé à Éloi assis à sa gauche qui était affalé sur sa chaise les bras croisés. Anselm avait pris place à côté d'Éliane. Chaque petit détail analysé lui permettait d'occuper son esprit.

Le silence devenait de plus en plus pesant.
Une voix lui soufflait d'attendre qu'ils s'adressent à elle. C'était ce qu'elle préférait faire pour deux raisons : elle était chez eux et elle se sentait incapable de prononcer le moindre mot. Elle voulait retrouver son frère, poursuivre comme ils le faisaient déjà.

Allaient-ils encore la tester? Douteraient-ils d'elle? Allaient-ils la croire?

Le manque de réponse ne faisait qu'augmenter son stress.

— Éliane, c'est bien ça? finit par dire Ezna en joignant ses deux coudes sur la table.

La concernée hocha la tête. Ezna avait choisi la voie de la douceur pour s'adresser à elle, ainsi, malgré la première impression plutôt chaotique, elle se sentait déjà mieux.

Les deux autres la laissaient parler en se contentant de regarder en silence.

— D'abord, je tiens à m'excuser pour l'accueil, ajouta Ezna les lèvres nerveusement pincées.

La jeune femme ne semblait pas certaine de ce qu'elle allait dire, elle avait prononcé ces quelques mots non sans maladresse, mais ce n'était que ses mots qui étaient incertains, Ezna donnait l'impression d'être sûre d'elle, elle dégageait une force tranquille. Ses yeux s'étaient plongés dans ceux bleu foncé de l'adolescente qui l'avait choisie pour fixer son regard, bien que celui-ci était vers ses coudes.

Éliane put tout de même capter le regard légèrement irrité d'Éloi. Était-ce à cause d'elle? De la phrase? De la façon qu'Ezna agissait avec elle?

— Et bien...

Qu'allait-elle lui dire? La jeune femme calculait ses mots.

Avant qu'Ezna n'ait pu ajouter quoi que ce soit, Éloi mit court à cet échange calamiteux.

— Moi, ce que j'aimerais savoir c'est ce qu'elle foutait avec le Owal, dit-il brusquement en se redressant.

La pression monta d'un cran dans la pièce.

Il semblait sur ses gardes. Ça, Éliane l'avait déjà compris : elle était sur son territoire sans avoir acquis sa confiance.

Ezna lui lança un regard de reproche. Éliane ne pouvait qu'observer la complicité qu'ils se partagaient, celle-ci la distrayait, elle l'éloignait de ses propres problèmes. Depuis combien de temps se connaissaient-ils?
Soudain, Miré lui manquait terriblement. Il devait la chercher sans se douter qu'elle se trouvait en compagnie de leurs semblables.

— Et? lui relança Éloi en la ramenant à la réalité.

Elle essaya de répondre, mais en repassant la scène, elle ne put que sentir un frisson la parcourir. Sa bouche s'était ouverte, mais cette dernière ne tarda pas à se refermer.

Sa tête surchauffait, elle devait parler même si garder le silence lui donner l'impression de s'effacer.

— Je...

Aucun autre son ne put sortir. Sa gorge se nouait.

— Pas grave, on en reparlera à un autre moment, reprit Ezna. Est-ce que tu étais seule? enchaîna-t-elle.

— Je, je devais rejoindre mon frère.

Une fois ces quelques mots dits, elle sentit un certain soulagement, prononcé des mots ne lui coûtait rien. Elle trouva la force d'aller jusqu'au bout et d'affronter leurs regards.

— On s'était donné rendez-vous à un restaurant.

Elle prit une respiration pour enchaîner.

— Mais, quand je suis arrivée, il n'y avait rien. le restaurant avait explosé. Mais ça, vous le savez, non?

Désormais, sa confiance était revenue. Voulait-elle vraiment donner l'impression d'être une victime? Non. Plus elle parlait, plus elle sentait un poids la quitter.

— Sais-tu où ton frère est maintenant?

Ezna pu voir le visage de la jeune fille se décomposer. Cette dernière se prit la tête entre ses mains en la secouant. Quelque chose se briser en elle.

Les trois amis se partagèrent un regard que la plus jeune ne fut capable de déchiffrer, toutes ses pensées convergeaient vers Miré. Rien qu'en penser à lui, son ventre se tordait.
Quand pourra-t-elle le retrouver?


Voilà un niveau chapitre qui dormait depuis trop long temps.
Comment l'avez-vous trouvé?
Comment trouvez-vous Éloi, Ezna et Anselm?
D'après vous, que va-t-il se passer?

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