IV

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Le soleil projetait ses rayons du matin en dessinant des lignes dorées les murs, révélant chaque détail de la pièce avec une netteté presque cruelle. Au-dessus de la chambre, le pont résonnait sous les pas pressés des marins. Yasuo ouvrit les yeux en grognant de mécontentement face à ces précieuses secondes de sommeil qui lui avaient été volées.

Face à lui, la cabine qu'il gardait était grande ouverte, et surtout, vide. Yasuo leva un sourcil. Il n'avait rien entendu. Elle qui avait souvent tendance à prolonger ses nuits dans une paresse nonchalante presque agaçante, voilà qu'elle disparaissait de bon matin. Cela l'étonnait. Et elle était partie sans même le prévenir ou le réveiller ; ça en revanche, ce n'était pas surprenant.

— Où est-elle encore partie se fourrer... grogna-t-il en attrapant ses affaires.

D'un geste rapide, il vérifia ses longs cheveux bruns qu'il attacha en une queue-de-cheval rudimentaire et saisit son sabre.

Mais, au moment de franchir la porte, son regard s'immobilisa, interpellé par un ricochet de lumière sur un petit carreau de verre suspendu au mur. Son reflet mal rasé le dévisageait.

Il jugea un instant la longue cicatrice traversant horizontalement son visage.

Un rappel cruel de son erreur, de pourquoi il était ici. La raison même qui l'avait poussé à fuir son pays en abandonnant presque tous ce qu'il lui restait.

Il n'aimait pas son visage...

Mais ce n'était pas son apparence qu'il méprisait, c'était l'homme qu'il était devenu : un vagabond aux yeux cernés qui vendait ses services au premier venu en échange d'une poignée de pièces. Un meurtrier fuyant son pays. Un lâche.

Sa main attrapa une bouteille traînant entre deux tonneaux de provisions et il en but une large gorgée.

Quitte à fuir ses responsabilités, autant bien le faire, pensa-t-il avec un rictus amer.

La bouteille toujours en main, il se pressa hors de la cabine à la recherche de sa camarade, esquivant soigneusement le reflet qui le jugeait toujours.

Sur le pont, il mesura toute l'importance de l'activité qu'il entendait plus bas.

Le galion s'élevait majestueusement sur les flots, ses voiles déployées dans toute leur envergure. Des marins couraient dans tous les sens autour de lui, grouillant sur le pont, tous guidés par une seule autorité : une voix forte, rauque, perçant le vent et l'agitation ambiante : Le Capitaine.

Debout près du gouvernail, il tenait la barre avec une assurance presque insolente face à la mer. Il observait l'horizon avec un mélange de satisfaction et de défiance. Ses yeux verts, perçants, se fixèrent sur Yasuo qui s'approchait. Il esquissa un sourire et, d'un geste qu'il voulait amical, le salua.

— Voilà notre client qui daigne se montrer ! Quel honneur !

Ses mots fendaient le tumulte environnant avec une autorité naturelle. Même les marins semblaient s'écarter pour laisser passer le son de sa voix. Le Capitaine se pencha un peu plus en avant, une main noueuse restant solidement agrippée à la barre.

— Montez donc, jeune homme ! Qu'on parle un peu d'homme à homme !

Yasuo inspira profondément, resserrant son emprise sur la garde de son katana.

Ses pas gravirent lourdement les marches menant à la gaillarde arrière, comme s'ils portaient déjà le poids d'un destin qu'il n'avait pas encore choisi d'affronter.

Face à lui, le Capitaine l'attendait patiemment. Il semblait fait de bois et de fer, un être forgé par des décennies de vie maritime et de batailles sanglantes.

La traverséeDes histoires addictives. Découvrez maintenant