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Le soleil s'était éteint depuis des heures, laissant un ciel constellé guider le navire dans l'obscurité. La fine lueur de la lampe posée sur le rebord d'une étagère éclairait encore l'intérieur de la cabine de Yasuo. De l'autre côté du couloir, la chambre d'Ahri restait silencieuse et vide.

Adossé au mur de sa cabine, Yasuo fixait depuis plusieurs heures l'ordre relatif laissé par son employeuse dans la petite cabine face à lui. L'attente accentuait la tension qui pesait sur ses épaules. Son entretien avec le capitaine résonnait encore dans son esprit, acide et amer. Il devait savoir s'ils jouaient réellement dans le même camp.

Un grincement rompit le silence. Yasuo releva la tête, ses sens s'aiguisant instantanément. C'était un pas léger dont seul le crissement des planches trahissait la présence. Ahri.

Sa silhouette familière traversa le cadre de la porte. Ses longues oreilles de renarde se dressaient avec leur grâce habituelle sur le haut de sa tête, mais son allure semblait plus lasse que de coutume. Elle tourna légèrement la tête vers Yasuo, lui sourit comme pour le saluer et sans dire un mot, elle entra dans sa chambre, refermant doucement la porte derrière elle.

Yasuo se leva, poussé par une impulsion qu'il ne chercha pas à contenir. Il atteignit son poignet juste à temps avant qu'elle ne passe la porte. Son geste était plus instinctif que réfléchi, presque désespéré.

Ahri lança un regard froid à la main qui lui tenait le bras. Ses yeux reflétaient une fatigue intense et Yasuo décelait un malaise dans sa posture. Elle ne voulait pas lui parler. Elle tira doucement sur son bras, mais il ne lâcha pas prise.

— Il y a un problème, Yasuo ?

— Je... non, mais...

— Alors, je vais dormir. Je suis épuisée.

Elle libéra son poignet d'un geste rapide, ramenant son bras contre sa poitrine comme pour se protéger. Sa queue, d'ordinaire douce et gracieuse, s'agitait nerveusement, traçant des cercles irréguliers dans l'air. Elle lui jeta un dernier regard, mélange de tristesse et d'agacement, avant de se diriger à nouveau vers sa porte.

— Ahri ! Attends ! lança Yasuo, presque suppliant.

Elle s'arrêta, ses épaules s'affaissant légèrement.

— Quoi ?

— Je dois te parler. C'est important.

Un soupir profond s'échappa de ses lèvres. Elle jeta un regard sur le lit moelleux qui l'attendait dans sa cabine, un air suppliant dessiné sur son visage. Puis elle examina le couloir qui menait à leur appartement, les oreilles dressées sur sa tête comme pour percevoir chaque son.

— Très bien, allons-y, souffla-t-elle. Entre...

Yasuo attrapa deux tasses qu'il avait préalablement préparées, puis la suivit à l'intérieur de sa cabine en refermant la porte derrière elle. L'intérieur, bien que sobre, était nettement plus confortable que la sienne.

Ahri s'était installée sur le lit, où elle s'y étendait avec une nonchalance calculée, ne laissant aucun interstice où Yasuo aurait pu s'asseoir. Son sourire peinait à rester en place et il fondait doucement en même temps que la fatigue la rattrapait.

Yasuo, debout près d'une petite table, lui tendit l'une des tasses qu'il avait amenées.

Ahri, légèrement surprise par l'attention, l'accepta sans un mot, tenant le récipient entre ses mains comme un talisman. Son sourire doux et nostalgique revint éclairer ses lèvres. Elle avait reconnu l'odeur caractéristique d'herbes ioniennes qu'elle ne pensait pas pouvoir sentir avant un moment.

La traverséeDes histoires addictives. Découvrez maintenant