Chapitre Vingt-et-un : Everyone suffers

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Narrateur : Lily.

Londres, Angleterre.

Glissant mes doigts sur le rebord du canapé marron de mon salon, où j'étais échouée, j'écoutais le rythme du morceau de rock qui grondait sourdement depuis la télévision et qui emplissait la pièce brumeuse. Une cigarette finement roulée allongeait les doigts de ma main droite. Il m'arrivait de fumer de temps en temps, portée sans doute par l'effervescence de la ville, par la nostalgie que le sol parisien faisait flotter dans l'air, par le sentiment puissant de liberté que la ville insufflait à mon cœur. Je n'avais pas touché à une seule cigarette depuis mon départ et je repensais soudainement à Clara et à James. Je glissai doucement le tabac roulé entre mes lèvres écarlates pour venir happer une bouffée de nicotine. Faiblement, je fis glisser mes traits cristallins de poupée vers la silhouette de Hannah qui photographiait la ville nocturne depuis ma fenêtre, le visage de l'anglaise, partiellement caché par son appareil dernier cri, d'une pâleur porcelaine, étincelait sous la lumière de la lune, ce doux visage rond, brillant et bienveillant qui gouvernait le ciel une fois la nuit tombée et traversait l'épaisse vitre pour bercer les traits poupins de mon amie. Le ciel chargé de gros nuages, promenés par un vent violent, semblait annoncer un orage. Je jouissais de ce temps, qui, pour certaines âmes mélancoliques identiques à la mienne, semblait augmenter le sentiment de liberté. Et j'écoutais avec attention les gémissements du vent qui frappait sur l'épaisse vitre, et le bruit de quelques gouttes rares qui commençaient à perler sur le carreau. Sous mes yeux globuleux et dilatés, les étoiles semblaient danser dans le ciel dirigées par la lune étincelante. Les longs doigts de ma main droite vinrent à nouveau glisser la cigarette entre mes lèvres vermeilles, la pulpe de mes doigts gelés me procurait un léger frisson au contact de ma bouche tiède. La cigarette roulée prolongeait mes doigts avec une habitude déconcertante, la fumée qui s'en échappait vint s'agglutiner au-dessus de mon visage, en un nuage toxique dont l'odeur enivrait tous mes sens. Fumée qui vint s'abattre sur mes yeux globuleux et azurés, douce brûlure qui humidifiait mes iris de quelques gouttes d'eau salées. La pièce ne cessait de s'obscurcir, le froid de la nuit qui s'immisçait sournoisement entre les vitres vint se percuter à ma peau porcelaine. Je n'avais pas bougé depuis un long moment et mon regard embrumé par la fumée de tabac glissait avec lenteur sur l'écran de télévision. Mon amie revint alors vers moi, posant son grand appareil noir au centre de la table. Plantant mon regard lointain dans ses pupilles que je ne pouvais voir dans la pénombre de mon salon, je lui fis un geste franc et silencieux pour l'inviter à me rejoindre. Elle s'installa à mes côtés, rivant ses prunelles noisette sur une de ses émissions préférées. C'est alors que Coldplay firent leur entrée en scène, captant mon regard sur l'écran de télévision. De tous les groupes, il était de loin mon préféré. Et lorsqu'ils entamèrent les premières notes de l'un de leurs premiers tubes, une joie intense proche de l'extase envahit mon corps inerte. Un cri bruyant et libérateur s'échappa de ma bouche, ce son semblait si lointain et puissant qu'il résonnait en écho dans mon cerveau fatigué, et bientôt j'entamais les paroles en chantonnant avec eux, rattrapée par la voix mélodieuse de Hannah. Nos voix, guidées par celles de nos idoles étaient amplifiées par l'acoustique de mon séjour, le temps d'un week-end. Mon regard scintillant glissa rapidement sur la peau blême de mon amie qui s'était levée pour se laisser porter par la musique. Et l'imitant, mes yeux bleutés ne tardèrent pas à reprendre leur position initiale, sur le chanteur du groupe. Chris Martin, l'homme qui lorsque j'avais 14 ans, avait chamboulé ma vision du rock et de la vie et sa voix splendide fit naître en moi une nouvelle vague de joie. Et je sautillais a présent en agrippant la main de mon amie, qui, partageant mes goûts en matière de musique, connaissait la même euphorie. Et lorsqu'ils achevèrent leur morceau, une plainte s'échappa de nos lèvres respectives tandis que partant dans un éclat de rire, je me laissai tomber sur le canapé à la suite de ma voisine. Essoufflée, je me réinstallai au creux de mon divan écrasant mon mégot dans un cendrier nonchalamment posé sur le sol. Mes yeux ne quittaient pas le groupe britannique tandis que ma voix fendit l'air devenu plus calme.

Endless Love || Z.MDes histoires addictives. Découvrez maintenant