Chapitre 28

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Rock

Je sors de mon bureau quand je commence à avoir faim. En passant par la cuisine, je remarque que personne n’a foutu quoi que ce soit sur le feu. Génial. Je pousse un soupir avant de les rejoindre. Comme d’habitude, ils sont déjà installés autour de la table, à moitié affalés, un verre à la main, en train de se foutre de la gueule les uns des autres.

— Dans tes rêves, mon pote ! balance Taz à Froger.

— On mange quoi ? demandé-je en tirant une chaise pour m’asseoir avec eux. Vous êtes bien installés à glander ?

— Emma ramène des pizzas avec Hawk. D’ailleurs, ils sont longs, répond Taz en regardant son téléphone.

Je m’étire, attrape le papier posé au milieu de la table, curieux. Une liste. Plein de prénoms griffonnés à la va-vite, entourés, barrés, commentés. Et là… je pige.

— C’est une blague ? Vous avez fait des paris sur le prénom de mon bébé ?

— Bah ouais, faut bien qu’on s’occupe en attendant la bouffe, me balance Froger, un grand sourire aux lèvres.

— Sérieux, tu crois vraiment que je vais appeler mon fils comme toi ?

— Bah quoi ? Arthur, c’est un beau prénom ! se défend Froger avec son air de chien battu.

Je parcours le reste de la liste, et plus je lis, plus j’ai envie de leur balancer le papier à la gueule. Mini Rock ? Junior ? Sérieusement ?

— J’hallucine, soufflé-je en me frottant le front. Chandler, Hunter, ou… Diesel ?

Je lève les yeux vers Froger, mort de rire.

— Diesel ? Comme la marque ou comme le carburant ?

Ils veulent mourir ?

— Hé, c’est badass. Le gamin va grandir avec un nom qui claque. Diesel. Avoue, ça pète.

— Ouais, ça pète surtout le cerveau, ouais, marmonne Taz.

— J'aime bien Hunter, dit Hacker. Ça fait viril, genre “je chasse les cons dès la maternelle”.

— Hunter, ouais, super, répond Popeye en levant les yeux au ciel. Et toi tu lui offres quoi ? Un fusil à eau ?

Taz intervient, la bouche pleine de chips.

— Non mais sérieux, Owen c'est stylé. C’est mignon, propre, gentil. Ça compensera les gênes de son père.

Tout le monde éclate de rire, sauf moi. Enfin, j’essaie de garder mon sérieux, mais un coin de ma bouche finit par me trahir.

— Très drôle, Taz. Continue, et je t’appelle “Tata Owen” à la prochaine réunion du club.

Et ça le fait marrer...

— Bobby ! Faut qu’il s’appelle Bobby. Ça sonne cowboy, lance Popeye. Le gosse naît, il porte déjà un chapeau et une clope au bec.

— Ouais, et il finit en prison à douze ans, réplique Froger. C'est à chier Bobby.

— Bon alors Johnny ? dit Hacker avec un sourire en coin. Ça claque, non ?

— Ouais, et ça fait surtout joueur de poker, mec, ricane Taz.

Ils sont impossibles. Ces connards n'ont peut-être pas inventé la poudre, mais putain qu’est-ce que je les aime.

— Vous savez que vous êtes tous tarés, hein ?

Froger hausse les épaules, faussement sérieux.

— Ouais, mais on sera les meilleurs tontons du pays. Et avoue, Diesel, t’aimes bien au fond.

Tome 1 : Sauve-moiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant