Chapitre 17

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Rock

Il est 19 heures quand Emma passe la porte. Enfin. Toute la journée j’ai tourné comme un connard, incapable de rester en place. D’habitude je m’en fous complètement de ce que font les mecs ou les filles, mais aujourd’hui… aujourd’hui j’ai senti le vide comme jamais. Et quand elle franchit l’encadrement, quelque chose dans ma poitrine se déserre.  Elle avance avec ce grand sourire qui me rend dingue et tient une peluche énorme contre elle : une licorne rose et blanche à paillettes qui doit peser plus lourd qu'elle. Elle a l’air ridicule et parfaite en même temps, et je me surprends à regarder chaque détail : la façon dont elle serre la peluche, la tache de lumière qui danse sur les paillettes quand elle bouge la tête, la souplesse de ses cheveux qui tombent en cascade.

— Tu as passé une bonne journée ? lance Popeye d’un ton détendu.

— Oui, Froger m’a acheté une licorne. Elle est belle, j’adore. Tu as besoin de moi ce soir ?

Froger ? Vraiment ? C'est bien la première fois qu'il achète un truc à une femme.

— Non ça ira.

— D’accord, où sont Flash et mon frère ?

— Ils vont arriver dans la soirée, répond Popeye en regardant sa montre.

— Merci, je vais me changer.

Je la regarde partir, et j’ai ce réflexe animal : mes yeux se collent à son dos, à son joli cul qui se dessine sous le jean, à la façon dont ses cheveux glissent. Putain. Ça me fait un truc que je ne veux pas reconnaître. Alors je me lève et je la suis jusque dans sa chambre. Quand j'ouvre sa porte, Emma pose la licorne sur le lit, se retourne.

— Tu veux quoi, Rock ?

Ok, elle est de mauvaise humeur...

— J’ai réparé ton chauffage tout à l’heure.

— Je plaisantais quand je disais que j’irai dormir avec Froger, même si ce sont pas tes affaires, râle Emma en croisant les bras.

J’inspire. Heureusement que c’était une blague.

— Je l’ai fait pour toi.

Elle enlève ses chaussures. Simple geste, et pourtant je capte tout : la courbe de la cheville, la manière dont ses épaules se détendent un millième de seconde.

— Tu viens manger ?

— Non merci, j’ai grignoté sur la route avec les garçons.

Et puis je vois le bleu sur sa peau. Je suis déjà à côté d'elle, à examiner son bras. Si quelqu'un a osé lever la main sur elle...

— Qui t’a fait ça ? demandé-je, ma voix sèche comme un coup de tonnerre.

Elle recule légèrement, surprise par la violence de ma question.

— Personne. J’ai fait du paintball, c’est le coup de la balle. J’ai mis un gilet de protection pour le ventre et le dos.

Son ventre. Le bébé. Notre bébé. Les mots tournent dans ma tête comme une lame.J’ai toujours pas changé d’avis là-dessus, et rien que d’y penser, j’ai la gorge qui se serre.

— D’accord, murmuré-je, la voix plus grave que je le voudrais.

— Alors, comment c’était ?

— Comment c’était quoi ?

— De coucher avec Olivia ce matin ?

Je fronce les sourcils, complètement pris de court. Mais dans ses yeux, je vois tout de suite la jalousie, la douleur qu’elle cache derrière son ton sec.

Tome 1 : Sauve-moiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant