Chapitre 2

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Emma

Je me laisse tomber sur la chaise avec un soupir qui ressemble à un grognement d’ours. Je viens de terminer ma garde de 12heures, et je rêve d'un bon bain chaud, avec une sieste. Alex apparaît dans l’encadrement de la porte, une tasse de café fumant à la main. Il a les cheveux ébouriffés, la blouse froissée et un sourire fatigué qui m’arrache le mien.

— Tiens, ma guerrière, on a survécu, dit-il en me tendant la tasse comme un trophée.

Je l’attrape des deux mains en soufflant dessus.

— Merci. Si tu savais comme j’en avais besoin. J’ai l’impression que ma colonne vertébrale a pris dix ans aujourd’hui.

— Dix ans ? T’es trop optimiste. La mienne a pris quinze ans et un ulcère.

Je ricane, la première fois depuis des heures. Ça me détend instantanément. Je laisse mon corps se détendre contre le dossier de ma chaise en savourant mon café. Alex s'installe face à moi, et pose un Tupperware sur la table

— J’ai fait des muffins. Ils sont ratés mais comestibles.

Je fais semblant de renifler vers lui.

— Toi, en revanche, t’es pas comestible du tout. Sérieux, t’as pris combien de litres de vomi aujourd’hui ? Tu pues.

Il rit en croquant dans un muffin tout raplatti.

— Deux minimum. Et toi ?

— Moi ? Juste des pleurs et des excréments, la routine quoi.

On éclate de rire tous les deux. Ça sonne comme une bulle d’air dans ce couloir stérile.

— Mange, Emma.

Je secoue la tête.  J'ai mes règles depuis ce matin, et comme chaque mois mon ventre gonfle légèrement durant cette période.

— Non merci.

— Allez, t’as rien avalé depuis ce matin.

— J’ai pas faim, Alex. J’ai juste envie de prendre une douche et de dormir… longtemps.

Je vois ses yeux qui glissent sur mon visage, comme pour deviner si je mens. J’esquive son regard en trempant mes lèvres dans mon café.

— T’es sûre que tout va bien, Em ?

Je relève la tête, avec sourire automatique.

— Mais oui… regarde-moi, je suis vivante, je fais encore des blagues. Tout va bien.

Il hausse un sourcil, mais il a toujours ce doute dans ses yeux. Comme si il savait que quelque chose n'allait pas.

— Tes blagues sont nulles, ça compte pas.

— Pff, jaloux.

Avec Alex, je peux redevenir moi. La vraie moi. La fille qui se moquait des internes et planquait les stéthoscopes des chefs pour rigoler. La fille qui faisait des virées à moto. Pas celle qui rentre chez elle avec la boule au ventre.

— Alors… t’as bouclé tes valises ? J'arrive pas à croire que tu partes deux semaines à New-York !

— Ouais, elles sont prêtes depuis des jours. Je vais m'éclater, et oublier vos tronches de cadavres.

— La chance ! Moi je vais rentrer et… dormir.

Je regarde mon café, son odeur me soulève le cœur. J’ai envie de lui dire que je n’ai pas envie de rentrer. Que chaque minute que je passe à l’hôpital est une minute où je respire. Mais les mots restent coincés. Pour sa sécurité je ne dois rien dire.

Tome 1 : Sauve-moiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant