Chapitre 41

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Rock

— Putain, comment on peut disparaître comme ça ?

Je serre les poings si fort que mes jointures blanchissent. J’ai envie de balancer tout ce qu'il y a sur mon bureau. Je deviens fou. Hack est aussi paumé que moi, les yeux rouges, de passer ses nuits devant un écran pour une putain de piste.

— Je suis dessus. Je ne lâcherai pas Rock. Je le retrouverai.

Trois semaines. Trois semaines qu’on porte la mort de Sniper comme une plaie ouverte. Trois semaines qu’on fouille, qu’on remue des pistes mortes, qu’on remonte des fils pour aboutir à un cul-de-sac. Pas une trace de Knuck. Rien.

— Et Taz ? Des nouvelles ?

— Rien. Il sait disparaître. Il va revenir. Pour Emma.

Taz s’est volatilisé le lendemain des funérailles. Emma n’a pas crié, elle s’est juste effondrée à l’intérieur. Encore plus. Elle l'attend. Taz lui envoie un message chaque soir, à la même heure : Je vais revenir. Je t’aime. C’est maigre, mais c’est tout ce qui nous reste de lui. On a perdu trois frères en vingt-quatre heures. Trois coups de tonnerre. Moi, je ne dors plus. Mon pire cauchemar s’est réalisé : Emma enlevée par l’ennemi, Darko prêt à la tuer. Je suis arrivé au dernier instant, mais pas assez tôt. J’ai fait une promesse, et la tenir, c’était mon travail. La culpabilité me ronge comme une bête. Je ne remercierai jamais assez Sam d’avoir pris la balle pour elle. Mais son sacrifice me poursuit même la nuit. La seule chose qui me ferait dormir, qui me rendrait un semblant de paix, c’est de retrouver Knuck et de le mettre six pieds sous terre.

— Il faut qu’on retrouve ce fils de pute avant qu’il revienne pour Emma.

— Je sais, Rock.

Hacker quitte mon bureau, et je me relève en posant les deux mains sur le mur. Putain ! Je ferme les yeux en respirant profondément.

Où es-tu Knuck ?

Est-ce que je vais réussir à protéger Emma ?

Deux enlèvements. Putain deux fois qu'elle m'échappe. Je refuse d’imaginer une troisième.

Je sors à sa recherche sans réfléchir, même si je sais qu'elle n’est pas loin. Elle est dehors, sur les marches, emmitouflée dans un plaid trop grand, comme une poupée abandonnée sur un perron. Elle reste des heures ici, immobile, à regarder la moto et la voiture de son frère, puis passe le reste de la journée à dormir. Le soir elle dort dans mes bras, mais elle va mal. Très mal.

Emma sursaute quand elle m’entend arriver et se redresse d’un coup. Elle tressaillit encore un instant, puis son visage se relâche en me reconnaissant. Elle a peur. Une peur qui me rend fou. Elle est terrifiée, et je n'arrive pas à faire disparaître tout ce qui l'a fait souffrir. Je m’assois à côté d’elle et depose un baiser contre le sommet de sa tête. Emma est restée trois jours à l’hôpital après s'être évanouie devant le corps de Sniper. À son réveil les crises d’angoisse qui lui ont broyé la respiration. Elle ne voulait qu’une chose : son frère. Et j'étais incapable de lui rendre cette partie de son cœur. Seul Taz est parvenu à la calmer, encore lui, encore ce lien qui tient quand tout s’effondre.

Il a su faire ce que je n'ai pas réussi.

Emma a eu de fortes contractions, les médecins ont du stopper le travail, et heureusement ça a été efficace. Notre bébé doit encore attendre avant de sortir. Ils nous ont autorisés à sortir à condition qu’elle reste allongée, protégée, surveillée, calme.

Je l’aime d’un amour qui me surprends encore maintenant, mais je ne sais pas si je sais lui rendre une vie sans peur ici. Alors je dis quelque chose d’énorme parce que parfois il faut tout renverser pour reconstruire.

Tome 1 : Sauve-moiOù les histoires vivent. Découvrez maintenant