Lorelai Meyer
— Rory, il faut que tu rentres...
Cela faisait presque une heure que je restais plantée devant la maison de mes parents, incapable d'en franchir le seuil.
À attendre.
Mais attendre quoi ? Je ne le savais pas vraiment. Peut-être espérais-je naïvement qu'en fixant cette façade familière, elle finirait par disparaître... emportant avec elle tous les souvenirs douloureux, et les gens qui y habitaient.
Peut-être qu'en la regardant assez fort, quelque chose changerait.
— Lorelai Meyer, je meurs de froid ! Si tu ne rentres pas maintenant, je rentre chez moi, mais je refuse de partir tant que je ne t'ai pas vue passer cette foutue porte !
Keilyn s'agite, frotte ses mains l'une contre l'autre pour les réchauffer. Ses joues sont rouges. La colère ? Le froid ? Sans doute un peu des deux.
— Oui, je vais rentrer... mais laisse-moi encore quelques minutes.
Je ferme les yeux. Inspire profondément. Il faut que je le fasse. Plus vite ce sera fait, plus vite ce sera terminé.
Et puis... j'ai froid moi aussi.
Peut-être que ce ne sera pas si terrible, après tout.
Je me tourne vers la silhouette blonde derrière moi.
— Au revoir, Keilyn.
Son visage s'éclaire aussitôt d'un large sourire et elle se met à sautiller, ravie de pouvoir enfin rentrer chez elle.
— À demain, Rory. Je t'envoie un message plus tard.
Lorsqu'elle disparaît au coin de la rue, je m'avance enfin. Chaque pas vers la maison me pèse, mais je tends la main vers la poignée, l'ouvre d'un coup sec, puis referme lentement la porte derrière moi, comme si elle allait se briser au contact.
J'ôte mes chaussures, dépose mon sac dans l'entrée.
Dans le salon, rien n'a changé.
Ma mère repasse, mon frère et ma sœur sont scotchés devant la télé, et mon père fait défiler son téléphone d'un air absent.
Pas un regard pour moi.
Pas même un battement de cils. Comme si je n'existais pas.
— Bonsoir...
Ma mère lève enfin les yeux.
— Te voilà enfin ! Deux jours sans nouvelles, Lorelai ! Deux jours ! Tu sais ce que j'ai imaginé ? Que tu avais été enlevée ! Et avec tout ce qu'on voit aux infos, j'avais toutes les raisons d'y croire ! Tu aurais pu appeler, ou au moins rentrer...
Mon père l'interrompt sèchement.
— Christiana, tu veux bien la fermer ?
Il la fusille du regard. Elle ne dit plus un mot.
Je ne suis même pas surprise. Plus rien ne m'étonne dans cette maison.
Il se tourne vers moi. Son regard est aussi glacial que sa voix.
— Lorelai, monte dans ta chambre. J'arrive dans cinq minutes pour qu'on ait une vraie discussion.
Je ne réponds pas. À quoi bon ? Je me contente d'obéir et monte l'escalier à pas lents.
Je déteste qu'on entre dans ma chambre. Heureusement, elle est à peu près rangée.
J'entends ses pas qui montent à leur tour. Chacun d'eux me fait grimacer.
Il entre sans frapper. Referme la porte. Se tient devant moi, debout, les mains sur le crâne, comme s'il tentait de retenir une avalanche de colére .
Il souffle, puis commence, d'un ton froid.
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SEVEN
RomanceLorelai Meyer n'est pas celle que l'on croit, elle se cache derrière la façade d'une fille froide et distance pour se protéger d'elle-même. Derrière son regard de glace et son silence se dissimule un chaos intérieur qu'elle peine à maîtriser. Elle a...
