09.New York City

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Lorelai Meyer

Je regarde le paysage défiler par la fenêtre de la voiture. Les garçons discutent avec la fille que je viens à peine de rencontrer, sans vraiment me prêter attention. J'essaie de suivre leur conversation, mais je peine à en comprendre le sens.

Je ne suis jamais venue ici. Nous sommes à quelques kilomètres de New York. L'idée de découvrir la ville me traverse l'esprit... mais sans Keilyn, ça perd de sa valeur. Et puis, je ne suis pas là pour faire du tourisme. Il y a sûrement des choses bien plus urgentes à faire.

Comme éviter de crever, par exemple.

Je n'ai pas osé demander où on allait. La présence de la brune me rend nerveuse. J'ai peur de dire quelque chose de stupide, et je n'ai aucune envie de me ridiculiser. Elle dégage quelque chose d'intimidant. Elle donne l'impression d'être le personnage principal de sa propre histoire.

Elle s'affirme. Elle impose sa présence.
Elle ne se cache pas.

Elle est sans doute la femme qu'elle pense être, et sa confiance en elle se voit à des kilomètres. Pourtant, ça ne la rend pas arrogante. Au contraire.

— Écoutez, pour l'instant, vous ne pouvez pas rentrer. Pour certaines raisons... Donc, vous allez passer la nuit aux Harlow.

J'entends les garçons soupirer, ce qui attire mon attention.

— Putain, pas ce foutu motel ! C'est là que vivent tous les cas sociaux de cette ville.

— Oui, mais ça fera l'affaire pour une nuit. Et n'oublie pas que le gérant est un ami très généreux. Même trop généreux pour ta sale gueule.

— Ouais, il est gentil que si tu lui glisses un petit billet. Comme une pute, quoi.

Kayden ne dit rien, mais je l'entends souffler. Je commence à m'attendre au pire. Si Nathan réagit comme ça, ce n'est sûrement pas exagéré...

J'ouvre légèrement la fenêtre, laissant la brise me caresser le visage. Le soleil décline, les lumières de la ville commencent à s'allumer. Une sensation d'apaisement m'envahit, comme un soir d'été. Je souris sans m'en rendre compte.

Quand je tourne la tête, je croise son regard.

Ses yeux sont plantés dans les miens, ses lèvres à peine entrouvertes, comme s'il s'apprêtait à me dire quelque chose. Mais la seconde suivante, il détourne les yeux.

Mon sourire s'efface, mais je ne détourne pas le regard. Son expression m'a troublée.

Je referme doucement la vitre, les yeux perdus dans les lumières de la ville.

Vingt minutes plus tard, nous arrivons au motel.

La brune se gare sur le parking du fameux "Harlow". Le bâtiment semble à la fois vieux et... enfantin ? La façade est peinte en violet, rose et blanc. Un petit parc pour enfants se trouve à quelques mètres.

Ce soir, je suis envahie d'un sentiment de nostalgie... sans comprendre pourquoi.

Je déteste cette sensation.

Pourtant, mes parents ne nous emmenaient quasiment jamais en vacances. Mais là... je revois un été en France, j'avais huit ans. Ma cousine et moi passions nos journées à fuir les jumeaux dans un parc, à pousser nos petits frères et sœurs sur les balançoires, à cacher nos bonbons, à veiller jusqu'à l'aube. Les barbecues, la piscine, les goûters à 20h...

C'était une autre vie. Et j'ai l'impression que ça fait mille ans.

Je suis pourtant habituée à quitter la maison pour quelques jours, à dormir chez Keilyn ou Ash, sans jamais me sentir loin de chez moi. Mais cette fois-ci, c'est différent.

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