12. Sisters

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Lorelai Meyer

Ce matin, ce ne sont pas les rayons du soleil qui m'ont réveillée. La pièce est encore plongée dans cette obscurité. À vrai dire, j'ai à peine fermé l'œil de la nuit. Les souvenirs de la veille repassent en boucle dans ma tête, comme une vieille cassette qu'on ne parvient pas à éjecter.

Je me redresse lentement sur le matelas de cette chambre d'hôtel. Un mal de crâne, sourd mais tenace, pulse contre mes tempes — héritage de mes heures de sommeil envolées. Je bâille discrètement, cligne des yeux, tente de discerner les formes à travers le voile de l'ombre.

Mon regard finit par se poser sur lui. Je ne distingue que son dos, paisiblement endormi, et cela suffit à m'agacer. C'est injuste. C'est lui, la raison de mon insomnie. Lui, et ses mots.

"Lorelai, t'as raison, je dois être un putain de connard, parce que là, maintenant, pendant que tu me hurles tes reprochesau visage... ça m'excite à un point."

Ces foutus mots. Ils m'ont hantée toute la nuit.

Son regard, sa voix... ma réaction.

"Alors fais-moi le plaisir de rentrer avant qu'on fasse quelque chose qu'on regrettera tous les deux."

Mais pour qui il se prend ? Sérieusement ? Je suis restée plantée là, devant lui, comme une idiote. Qu'est-ce qu'il doit croire maintenant ? Que j'avais envie de rester ? Que j'ai envie de lui ?

Quelle connerie.

J'ai juste été surprise. Comme si j'aurais pu vouloir rester après ce qu'il m'a fait vivre, après cette humiliation... Non. Faut vraiment arrêter de me prendre pour une conne.

Et pourtant, me voilà à le fixer dans le noir, comme si son dos allait m'apporter des réponses.

Oui, Lorelai, tu es bel et bien une conne.

Je te maudis, Kayden. Tu dors comme un roi, tranquille, pendant que moi, je me torture le cerveau à cause de ta petite personne. C'est une spécialité chez toi, non ? Me rendre folle. M'approcher juste assez pour faire naître quelques chose... puis m'écraser sans remord.

Tu donnes un peu, juste pour mieux reprendre ensuite.

Je ravale les larmes qui s'invitent malgré moi. Je refuse de pleurer pour un type comme lui. Un type que je connais à peine. Mais dès notre première rencontre, il m'a mise à l'épreuve. Ce soir-là, dans le stade, j'ai senti une chose inconnue, presque dangereuse. Pas de l'amour — non, pas ça — mais une attirance pour la mauvaise personne.

Et cette attirance, je n'ai jamais réussi à la faire taire.

Ce soir-là, il m'a énervée. Et pourtant... il m'a intriguée. Il m'intrigue encore.

Voilà. C'est ça. Je suis juste intriguée. Rien de plus.

Je le vois bouger légèrement, et mon cœur manque un battement. Je me recouche en vitesse, tentant de feindre le sommeil. Ridicule ? Oui, sûrement.

Je retiens ma respiration, bien que je ne fasse rien de mal. Le silence dans la pièce est pesant. Puis j'entends sa gorge s'éclaircir, grave et rauque. Il se lève. Je remonte la couverture jusqu'à mes yeux, comme si elle pouvait me protéger. Mes sens sont en alerte.

Ses pas s'approchent.

Il est là. Tout près.

Je sens son odeur, ce parfum qui me fait tourner la tête. Et je reste là, les yeux fermés, la respiration tremblante, figée comme une enfant prise en faute.

SEVENOù les histoires vivent. Découvrez maintenant