Le corps de Jayu s'écroula. Elle resta immobile, allongée sur le moelleux matelas. Ses yeux fixaient, sans cligner, le plafond qui menaçait de s'écrouler. Lentement, elle leva son bras droit, tiraillée entre l'admiration du membre miraculeusement guéri, et le dégoût de la marque infâme qui s'étendait du bas de son poignet au haut de son coude. La cicatrice apparaissait sans aspérités ni défauts. Seulement Jayu la sentait palpiter dans son sang comme un rappel d'une présence qui ne s'en irait jamais. La jeune femme tenta d'écarter ces pensées affreuses de son esprit pour se concentrer uniquement sur la délicieuse sensation d'un bras régénéré et plein de vitalité. Un à un, elle bougea ses longs doigts et plia son membre, émerveillée de pouvoir accomplir ces actions anodines qui lui semblaient impossibles à réaliser il y a peu. Jayu commençait à comprendre pourquoi toute la Corée s'arrachait ses produits, si elle ressentait cette même félicité une fois qu'elle s'était injecté le produit.
— À quoi donc penses-tu ?
La prisonnière sursauta. Elle avait occulté la présence de son ravisseur dans la pièce. Jayu se redressa d'un coup et le chercha frénétiquement des yeux, ne voulant pas le perdre de vue un instant ; son instinct primaire reprenant le dessus. Là. Trouvé. Il se trouvait juste à sa droite, seulement éclairé par la faible lumière de la lanterne. Jayu ne percevait de lui que la lueur pensive de ses pupilles et sa posture nonchalante adossée à un mur. Elle se rappela de son insistance et une colère sourde monta en elle, à lui en faire serrer les poings (elle le pouvait maintenant).
— Je me demande quelle serait la meilleure façon de vous tuer.
Rétorqua-t-elle d'une voix froide mais dont la fureur transparaissait subtilement. Il ricana d'un rire sans joie lui faisant comprendre que sa tentative d'intimidation échouait lamentablement.
— Je propose les remerciements, c'est si rare que ça risque de me tuer.
Jayu le foudroya du regard, consciente qu'il ne devait même pas voir ses yeux.
— Pourquoi je devrais remercier un homme qui m'a forcé à m'injecter un liquide qui m'a laissé une trace indélébile ?
Cracha-t-elle, sa voix se brisant aux derniers mots, donnant à sa phrase un ton désespéré révélant son trouble intérieur.
— Ne me mens pas, ma belle, pas à moi. Tu admires ce que cette technologie a accompli sur ton pauvre bras.
— Tout ce que je vois, c'est cette marque immonde qui est apparue à cause de vous.
— Très bien. Donc je pense que c'est mieux que je te casse à nouveau le bras, si tu le préférais avant, tu ne crois pas ?
Et sans prévenir il fondit sur elle, comme un vautour sur sa proie et, sans lui laisser le temps de réagir, il lui bloqua le bras derrière le dos et le tordit jusqu'à ce qu'elle poussât un cri de douleur.
— Stop ! Arrêtez s'il vous plait !
s'écria Jayu, qui dans sa souffrance et sa peur abandonnait toutes ses belles paroles et ses convictions. Elle entendit un rire sarcastique résonner au creux de ses oreilles et l'étreinte se resserrer. Elle ne pouvait se débattre ni même faire un seul mouvement.
— La prochaine fois, ma belle, tu ne t'en sortiras pas à si bon compte.
Puis la pression redescendit et son bourreau lâcha le membre de Jayu. Elle ramena aussitôt ses bras autour de ses genoux et enfouit sa tête au creux de ses jambes, essayant en vain d'oublier l'endroit où elle se trouvait et sa situation précaire. L'inconnu s'éloigna et rejoignit la sortie en ouvrant la porte en bois grinçant. Avant de partir, il se retourna une dernière fois et lança à la silhouette recroquevillée en dessous de lui :
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Sonjil
General FictionDans un monde apocalyptique dans une coree réunifiée on a réussi à mettre au point un système qui nous permet de réguler notre âge et notre condition physique c est donc un monde où règne la liberté de chacun dans son corps. Un cadre idyllique mais...
