Déclaration

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Le feu arrivait toujours par surprise, il ne prévenait jamais et il n'était attendu nulle part. Pourtant,il pouvait se présenter n'importe où. Et quand il était là, on avait deux choix:soit on le combattait pour l'éteindre,soit on acceptait qu'il soit plus fort et il nous consume petit à petit.
L'amour était un feu ,un feu doux. On était jamais préparé pour le recevoir,il venait et il s'installait,c'est tout. Il était venu me voir,il a pris sa place de force alors qu'il savait ce que je pensais de lui et comment je le combattais.
J'aimais Kévin. J'avais peut-être une part de responsabilité dans ce qui s'est passé mais maintenant que le fait était là, je l'acceptais. Bien sûr, Kévin ne se doutait de rien,je ne lui ai rien dit non plus. On sort ensemble quelques fois et tous les deux,on persiste à dire qu'on est juste des amis. Mais on savait qu'on avait quitté ce stade depuis longtemps et on refusait de se l'avouer.
Après qu'il m'avait invité à boire ce chocolat chaud,j'aurais dû arrêter de le voir,d'apprécier sa présence ,de toujours vouloir être avec lui mais c'était comme s'il y avait quelque chose en moi qui me poussait vers lui et c'était de même de son côté. C'était incroyable.
Je cherchais une explication à tout ça, mais je bloquais carrément sur cette situation, j'arrivais pas à comprendre. J'arrivais pas à comprendre comment l'amour choisissait ses cibles.
Oui Kévin était attentionné avec moi,gentil,prévenant,drôle mais comment savoir qu'il ressentait exactement la même chose que moi?Comment être sur que c'est une bonne affaire,cette relation que nous avions tous les deux?
J'étais confuse. Je priais bien sûr, mais on aurait dit que Dieu était sourd à mes prières,comme si lui non plus ne savait pas quoi faire mais je savais que c'était juste une impression.Dieu savait tout.
Autre chose appart tout ça, je culpabilisais grave!J'arretais pas de me dire que si aujourd'hui Kévin s'intéressait à moi ,c'est parce qu'il a fallu mettre un terme à sa relation avec Sandy.Ça n'avait rien à voir mais je me sentais mal d'être avec Kévin alors que tout mon être voulait l'être. C'est difficile de refuser ce que tout ce que notre être veut qu'on fasse.
J'avais pas le courage de mettre un terme à tout ça. Je ne voulais pas être celle qui blesserait Kévin à nouveau. Pis on ne faisait rien de mal. Ce n'était pas comme si c'était sérieux sérieux entre nous.
Assise sur mon lit,ce samedi matin,il n'y avait rien m'avait préparé à recevoir son appel. J'avais l'esprit concentré sur un devoir de sociologie que je devais remettre lundi. D'habitude, ça ne me prenait pas de temps pour produire 1000 mots mais là, j'avais ce qu'on appelait le syndrome de la page blanche. Oui je sais,c'est une expression qu'utilisent les écrivains et j'en étais pas un mais ,ça explique ce que j'ai.
Bref,après deux heures penchée sur le devoir,je n'étais pas avancée d'un pouce. C'était frustrant.
Quand mon téléphone sonna,je faillis le frapper contre le mur mais quand je vis le numéro de Kévin, je m'arrêtai dans mon geste.
Le coeur battant,je pris l'appel.
-Allô, dis-je
-Salut,toi!Ça va?lança t-il d'une voix enjouée
Sa voix emballa mon coeur qui se mit à battre un peu plus vite. Je respirai pour avoir une voix normale et je répondis:
-Ça va bien et toi?
-Je te dérangeais peut-être ?
-Non ,non,repliquai-je aussitôt
-T'en es sûre ?
Je jetai un regard sur ma feuille de devoir encore vierge pis je dis à Kévin.
-Je bloque complètement sur mon devoir de sociologie.
-Je te comprends,il n'est pas évident comme devoir.
-Tu l'as fini,toi?
-Je l'ai commencé mais pas achevé, c'est le cadet de mes soucis ce devoir. J'ai plus important que ça.
Je souris.
-Comme quoi,Kévin ?
-Je voudrais t'emmener au parc, prendre de l'air ,ça pourrait t'aider à mieux réfléchir.
-Au parc? T'es sérieux,là ?
-Oui,Diane,rends-moi les choses plus faciles et dis oui s'il te plaît.
-Je viens de te dire que je bloque sur mon devoir!
-Et moi,je te propose de te débloquer.
Je ris doucement. Il croyait avoir raison à tout,réponse à tout,il était épatant, ce garçon.
-Je ne resterai qu'une heure ensuite,tu me ramènes chez moi. C'est compris?
-À vos ordres,Commandant!
-Je suis sérieuse, Kévin. J'ai besoin de cette note pour remonter ma moyenne en sociologie. Je ne peux pas niaiser avec ça.
-D'accord,Diane,une heure,pas plus,je te le promets. Je te passe te chercher dans quelques minutes?
-Quoi?T'es pas chez toi?
-Disons que j'espérais que tu dises oui,je suis en route vers chez toi.
-T'es un sacré numéro.
-J'ai déjà entendu ça quelque part!
Je souris. Je lui disais tout le temps qu'il était un sacré numéro parce que je trouvais qu'il sortait de l'ordinaire. Il était original, vrai sans faux-semblant,il était lui-même. J'aimais l'authenticité chez les gens et Kévin,lui,il était authentique.
-À tantôt,lui dis-je
-À plus.
Je raccrochai et je regardai mon devoir puis je soupirai. Peut-être que Kévin n'avait pas tort finalement, peut-être que prendre de l'air me changerait les idées et je serai plus apte à rédiger ce devoir.
Je descendis de mon lit. J'ouvris ma penderie et je choisis un jeans d'un bleu froncée et un chandail de laine à col roulé de couleur mauve. J'enfilai tout dans environ 5 minutes et je mis mes chaussettes. J'attrapai un petit sac à main noir à l'intérieur duquel je jetai mon portable,mon gloss et quelques billets d'argent. Je descendis ensuite annoncer à ma mère que je sortais.
Je la trouvai dans la cuisine avec Vivianne qui mangeait des céréales. Ma soeur me salua d'un sourire à cause de sa bouche pleine.
-Je t'ai pas vu depuis ce matin,lança ma mère
-Je sais,je séchais sur un devoir de sociologie.
-Ah oui? Pis maintenant, ça va?
Assise devant un bol de petit pois,elle me regardait bizarrement.
-Euh oui...
-Tu vas où comme ça?
-Kévin passe me prendre dans quelques minutes,nous allons au parc.
Dans un premier temps,un silence de mort s'installa dans la cuisine,il fut troublé par la cuillère de ma soeur dans son bol de céréales. Ma mère me regarda fixement un moment puis se concentra sur ses petits pois.
-Tu sors souvent avec lui,ce temps-ci. C'est ton copain, à présent ?remarqua t-elle
J'étais médusée que ma mère pose cette question. Elle n'était jamais aussi directe. Je devais aussi avouer que sa question me faisait réfléchir. Est-ce que Kévin était devenu mon copain sans que je le sache?
La sonnette de la porte d'entrée qui retentit à ce moment-là m'empêcha de répondre à sa question. Je me ruai vers l'entrée. J'ouvris la porte et je tombai face à face à Kévin. Il était si beau,si craquant. Son blouson noir en cuir mettait en évidence ses bicepts. Il portait une casquette qui était de pair avec son chandail noir et blanc. Décidément ces couleurs lui allaient à merveille.
Je lui souris,le coeur battant.
-Tu veux rentrer ? lui demandai-je
-Ta mère est là?
-Oui,repondis-je
Je m'effaçai pour lui permettre d'entrer et il me barra la vue avec toute sa taille. On aurait dit qu'il était devenu encore plus grand... Je secouai la tête pour chasser mes pensées. Kévin rentra et je fermai la porte derrière lui.
-Ma mère est dans la cuisine,j'attrape mon manteau et on y va?
-Parfait. Je vais voir ta mère.
-À tantôt alors.
J'allai prendre mon manteau dans l'armoire près du salon et j'allai dans la cuisine. Kévin saluait ma mère et ma soeur avec son sourire éclatant. J'aimais ce garçon, Seigneur!Je l'aimais tellement!
Je décidai d'aller l'attendre près de l'entrée avec mon manteau et mon sac en bandoulière.
Il ne tarda pas à venir. Il me sourit.
-On peut y aller si t'es correcte,lança t-il
-Non ça va,on peut y aller. Une heure,c'est compris.
-Oui,Diane.
Je mis mon manteau et mes bottes d'automne. Avant de sortir,je criai :
-On est sortis,maman.
J'eus aucune réponse mais je savais qu'elle avait répondu.
Je fermai la porte derrière moi et je suivis Kévin.
Il faisait très beau. Malgré le froid, le soleil brillait de tous ses feux.Je me sentis mieux aussitôt.
Je reperai la Toyota de Kévin et je le rejoingnis. Il m'ouvrit la portière en avant comme un vrai gentleman et ça me fit sourire.
Un instant plus tard,on roulait sur la grande rue.
-On va où,au juste?
-Parc de la Visitation ,tu y es déjà allée?
-Hmmm non,ça ne me dit rien.
-C'est sur Henri Bourassa.
Je le regardai ,étonnée.
-Y'en a un à dix minutes d'ici. C'est loin Henri Bourassa et on...
-...a une heure. Oui je sais. Diane, s'il te plait ,détends-toi,je ne vais pas te mordre ou te faire du mal. Je veux...je veux juste passer un moment avec toi.
Je frissonnai et ce n'était pas à cause du froid. Kévin avait les yeux fixés sur la route et j'en fus ravie. Comme ça, il ne verrait pas quel effet ses paroles avaient eu sur moi. Mon coeur battait la chamade,et mes mains étaient froides. J'aimais pas ça. J'aimais pas l'effet que ce garçon me faisait mais c'était un fait que je ne pouvais pas changer.
-On en a passé du temps ensemble, Kévin et sincèrement, je commence à me demander où ça nous mène.
-Donne-moi juste 15 minutes et je répondrai à tes questions. 15 minutes,le temps d'arriver au parc.
Il y'avait comme une prière dans ses mots et ça me toucha. Ça avait l'air d'être sérieux cette sortie pour lui alors j'étais mal placée pour tout foirer. J'allais savoir bientôt ce que j'avais voulu savoir depuis plus d'un mois. Je me tournai vers la fenêtre mais je ne voyais pas le paysage. Je ne savais plus comment faire pour que Kévin ne puisse pas découvrir mes sentiments vis-à-vis de lui. Car ce serait un choc de savoir qu'il ne ressente absolument rien pour moi. Que je n'étais rien qu'une bonne amie,comme Troy me l'avait si bien reproché.... Mon coeur se serra.
Non je ne voulais pas penser à ça et quelle que soit la raison pour laquelle Kévin tenait à aller dans ce parc avec moi,je voulais la connaître.
Quelques minutes plus tard, Kévin gara son auto non loin du parc. Je descendis sans attendre qu'il vienne ouvrir la porte. Il me fit signe de venir le rejoindre et nous marchames côte à côte vers l'entrée du parc. Dès qu'on fut à l'intérieur, Kévin se dirigea vers un sentier d'un pas sûr,je le suivis,impatiente qu'il me dise enfin ce qu'il avait à dire. Il alla jusqu'au lac et s'arrêta.Le reflet du soleil sur celui-ci rendait le lac,brillant. C'était magnifique. Kévin alla jusqu'à la barre qui séparait le sentier du lac et croisa ses bras. Pendant un long moment,je crus qu'il avait oublié que j'étais là. Mais il se tourna vivement vers moi et me sourit en proposant:
-Et si on allait s'asseoir sur ce banc?
-Si tu veux,dis-je
Il redevint sérieux et nous allâmes nous asseoir sur le banc. Je m'assis droit comme un i,et je regardai le lac. Doucement il me prit par la main. Je sentis un courant électrique se propager dans tout mon corps. J'étais certaine qu'il l'avait senti et ca me mit sur des charbons ardents. Je plongeai mon regard dans celui de Kévin,sombre et intense à la fois. Avant même qu'il parla,je devinai ce qu'il allait me dire et j'en fus toute secouée.
-Je voulais te dire que j'ai essayé de voir en toi rien qu'une amie,rien que quelqu'un qui me comprenait bien malgré les sentiments que je lui inspirais mais Diane,j'ai pas pu combattre ce sentiment de plénitude quand je suis avec toi. Ce sentiment d'être quelqu'un de spécial ,d'unique quand tu t'adresses à moi. Ce sourire qui m'est destiné à chaque fois que tu me vois me fait carrément fondre. Je n'ai aucune idée de la façon dont tu me vois vraiment,ou de ce que tu ressens pour moi et je m'en fous un peu parce que quoi que tu dises aujourd'hui, quoi que tu ressentes pour moi,je ne pense pas que ça changera quelque chose...
Il respira un peu sans cesser de le regarder et termina:
-Ça changera rien au fait que je suis tombé amoureux de toi. Je t'aime,Diane.
Je m'étais préparée à tout sauf à ce manque de réaction ou de sensation. Je regardais Kévin comme si je le voyais pas. J'avais conscience que ma main était dans la sienne mais je la sentais plus. J'étais comme...gelée.
-Diane,ça va? Je sais que c'est brusque ,ou rapide disons ,mais je ne t'aurais rien dit si je n'avais pas été certain de mes sentiments.
Ces paroles m'aidèrent un peu à revenir sur terre et je pus dire d'une voix posée :
-Tu n'es pas le premier qui m'a dit qu'il m'aimait,tu n'es pas le premier qui me l'a dit en me regardant bien en face et pourtant,je suis sans copain. Pourquoi ?
Je lui souris tristement avant de baisser la tête.
-Parce qu'ils mentaient,parce qu'ils ne m'aimaient pas vraiment.
Kévin pressa ma main dans la sienne et je dus lever mes yeux vers lui.
-Je ne te demande pas de me dire que tu m'aimes toi aussi. Je veux juste que tu sois au courant que je t'aime.
-Et si je ne te crois pas?? Et si je n'arrive tout simplement pas à l'accepter ?
Je retirai brusquement ma main de la sienne et je croisai mes bras.
-Je te le prouverai,Diane, assura t-il d'une voix ferme
Je souris amèrement en me levant. Je lui lançai un regard déçu.
-Ça aussi,on me l'a déjà dit,retorquai-je doucement

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