Chapitre 1

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Milena

Je déambulais sans but dans les rues du Marais, les pavés inégaux craquant légèrement sous mes pas. Deux semaines après notre retour à Paris, Gaël était reparti à l'autre bout du monde pour des interviews et des rencontres avec les fans. La routine avait repris son cours, et cela me rendait un peu triste.

Paris était une ville d'une beauté éternelle et ses ruelles pavées parvenaient toujours à m'apaiser, même quand mes pensées tournaient en boucle autour des mêmes problèmes. Chaque pas résonnait, reflet de ma propre lassitude. J'avais l'impression d'être prisonnière d'une routine monotone, qui me vidait de mon énergie. Chaque jour se fondait dans le précédent, sans la moindre différence. Même les rues de Paris, d'ordinaire si envoûtantes, ne parvenaient plus à combler le vide que je ressentais. Une solitude si profonde qu'elle semblait presque tangible, comme un brouillard invisible enserrant mon cœur. Mon conjoint passait le plus clair de son temps sur des tournages, lors d'événements mondains et dans des réunions professionnelles. Quelle joie d'être la femme d'un acteur en pleine ascension ! Bien sûr, il m'aimait, j'en étais convaincue, mais dernièrement notre relation ressemblait plus à une jolie façade qu'à un véritable foyer chaleureux. Parfois, je me demandais si l'amour seul suffisait pour maintenir une relation. J'avais beau être entourée de luxe, de glamour, et des sourires pour les caméras, je me sentais plus seule que jamais.

Alors aujourd'hui, comme souvent quand j'avais besoin de me retrouver, j'avais décidé de m'accorder une pause dans une petite librairie que j'adorais. Cachée au détour d'une rue étroite, la librairie dégageait une atmosphère intemporelle. À l'extérieur, Paris bouillonnait de vie et de bruit, mais à l'intérieur, le monde se faisait soudain plus calme, presque suspendu dans le temps. L'odeur du papier vieilli, les rayonnages serrés, certaines reliures recouvertes d'une fine couche de poussière. Ici, entourée de livres jaunies, j'avais l'impression d'échapper à l'agitation de ma propre existence. C'était tout ce dont j'avais besoin pour m'évader, même pour quelques heures.

Je flânais entre les étagères, caressant du bout des doigts les couvertures des livres sans vraiment en choisir un. Mon regard tomba sur un roman dont la couverture me parut étrangement familière : une illustration abstraite qui évoquait une tempête intérieure, comme celle qui grondait en moi. J'étais sur le point de l'attraper lorsqu'un livre posé juste à côté se déséquilibra et tomba à mes pieds dans un bruit sourd.

– Pardon..., murmura une voix chaude et douce derrière moi.

Je me retournai, un peu troublée, prête à m'excuser pour avoir fait tomber le livre, mais je me figeai en découvrant celle qui venait de parler. Je n'en croyais pas mes yeux. Là, juste devant moi, se tenait Catalina Lopez, La célèbre actrice, admirée de tous. Elle était aussi connue sa réputation bien établie.

Elle portait un manteau noir en cuir qui la rendait encore plus impressionnante, avec ses cheveux bruns tirés en un chignon désordonné et de larges lunettes de soleil, probablement portées pour éviter de se faire accoster par les paparazzis. Il y avait quelque chose d'insondable dans ses yeux, cachés derrière ses lunettes. Je n'aurais jamais cru la croiser dans un lieu si modeste.

Mon cœur s'accéléra, chaque battement résonnant comme un tambour dans mes oreilles. J'avais vu certains de ses films, admiré son talent indéniable, son charisme magnétique — même Gaël en éprouvait une pointe de jalousie. Lui faire face, si proche, dans cette librairie paisible, était à la fois envoûtant et irréel, comme un rêve éveillé qui me coupait le souffle. Catalina se pencha pour ramasser le livre tombé et se redressa avec un sourire en coin, bientôt espiègle.

– Vous aimez les classiques ? me demanda-t-elle en baissant légèrement ses lunettes de soleil, dévoilant des yeux clairs et perçants

Son regard me traversa littéralement. Dans ses yeux se trouvait une intensité troublante, un mélange de malice et de gravité. C'était comme si elle sondait chaque recoin de mon esprit, comme si elle pouvait lire à travers moi d'un simple coup d'œil. Je me sentis vulnérable, exposée, mais aussi étrangement fascinée. Elle attendait ma réponse, son sourire toujours présent, mais je n'arrivais pas à aligner mes pensées.

Le masque des illusionsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant