Chapitre 19

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Milena

Les jours s'étaient écoulés, un à un, dans une lenteur presque oppressante. Depuis la fin du tournage, je m'étais résolue à laisser du temps à Catalina. Je savais que nous avions toutes deux besoin de cet espace pour réfléchir, pour comprendre ce que nous voulions vraiment. Mais malgré cette décision raisonnée, le silence entre nous me pesait lourdement.

Ce n'était pas facile. J'avais souvent l'impression que ce vide grandissait avec chaque heure qui passait sans que je n'entende parler d'elle. Parfois, je me surprenais à tendre la main vers mon téléphone, prête à envoyer un message, à briser cette distance qui me paraissait insupportable. Mais à chaque fois, je m'arrêtais. Je me disais que ce n'était pas le moment. Qu'elle avait besoin de temps. Que moi aussi.

Le problème, c'est que je ne savais plus ce que ce "temps" signifiait. Plus les jours passaient, plus l'incertitude s'installait. Catalina m'avait-elle déjà oubliée ? Peut-être qu'elle préférait que je ne fasse plus partie de sa vie. Après tout, elle n'avait donné aucun signe depuis la fin du tournage, et moi, je restais là, à attendre un signe qui ne venait pas.

Je pensais souvent à elle. Aux moments que nous avions partagés, même les plus infimes. Son regard, sa voix, cette connexion inexplicable entre nous. C'était devenu une sorte d'obsession silencieuse, un fil invisible qui me reliait encore à elle, même si elle était loin.

Je m'étais pourtant promis de ne pas me précipiter, de la laisser venir à moi si elle le souhaitait. Mais cette promesse devenait plus difficile à tenir chaque jour. C'était comme si je vivais deux vies en parallèle : celle où je continuais mon quotidien avec ma grossesse, où j'essayais de prétendre que tout allait bien, et cet autre, bien plus profonde, où je ne pensais qu'à Catalina, à ce que nous étions, à ce que nous pourrions être.

Ce matin-là, je m'étais réveillée avec un sentiment d'étouffement. La distance entre moi et Catalina devenait insoutenable. Chaque battement de mon cœur était une douleur sourde, une attente interminable. Était-ce de l'amour ou simplement l'obsession d'un vide que je n'arrivais pas à combler seule ? Le soleil traversait les rideaux de la chambre, inondant la pièce d'une lumière douce, mais je n'y trouvais aucun réconfort. Je ne pouvais plus ignorer ce vide qui me rongeait. J'avais l'impression d'être bloquée dans un espace où rien ne bougeait, où tout était suspendu, comme en apnée.

Je me redressai lentement dans le lit, fixant un point invisible devant moi. Que faisais-je ? Pourquoi me torturais-je ainsi ? Catalina n'avait jamais rien promis. Nous n'avions rien promis. Peut-être que j'avais mal interprété ses silences, peut-être que j'avais vu quelque chose qui n'existait que dans mon esprit. Pourtant, une partie de moi refusait de croire cela.

Je descendis de mon lit, m'habillai sans grande conviction, et allai me préparer un café. La chaleur de la tasse de café entre mes mains était réconfortante, son arôme fort et terreux emplissant l'air alors que je m'enfonçais dans le canapé moelleux. Le crépuscule peignait de rose les fenêtres de l'appartement de Gabriela, baignant la pièce d'une lumière douce et apaisante. Je laissais mon regard errer sur les plantes soigneusement disposées, les livres empilés un peu partout, et les petites touches personnelles qui faisaient de cet endroit un véritable foyer. Cela faisait deux jours maintenant que j'habitais ici. Gabriela m'avait accueillie sans poser de questions, avec cette bienveillance que je lui avais toujours connue. C'était apaisant, une pause bienvenue dans le chaos de ma vie.

Pourtant, malgré ce calme apparent, une part de moi restait en suspens. Chaque nuit, tandis que la ville s'enveloppait dans le silence du sommeil, je replongeais inévitablement dans le passé. Gaël, notre appartement, les souvenirs d'une vie partagée refaisaient surface avec une clarté douloureuse, me rappelant sans cesse ce que j'avais abandonné. Je savais que ce chapitre de ma vie était clos, mais l'accepter complètement restait difficile.

Le masque des illusionsOù les histoires vivent. Découvrez maintenant