𝗟𝗼𝗿𝘀𝗾𝘂𝗲 𝘁𝗼𝘂𝘁 𝗮 𝗱𝗲́𝗿𝗮𝗽𝗲́
𝗟a mer roulait contre la plage sombre comme un animal fatigué. Le soir avait posé sur Naples un voile tiède — des lumières brillaient entre les palmiers, des parfums de citron et de sel flottaient dans l’air. Mathias Di Castelli marcha longtemps, les mains dans les poches, le regard accroché à l’horizon, comme si la mer pouvait avaler ses pensées.
La maison de sa mère se dressait là, presque posée sur le sable, une villa blanche aux volets bleus, héritée de la famille d'Ana-Lucia Reeves. Chaque fois qu’il la revoyait, quelque chose en lui se crispait : un mélange étrange d’enfance, de paix… et de vérités qu’il détestait regarder en face. Il avait également le souvenir de s'y revoir avec leur père, qui d'ailleurs était jadis follement amoureux de Lucia. Et c'était réciproque... Alors, lorsqu'ils eurent vent de la nouvelle de leur divorce deux ans plus tôt, ils ne comprirent pas quand est-ce que les choses avaient dérapées. Ou du moins, ne voulurent pas le comprendre.
Mathias crispa la mâchoire.
Si son paternel n'était pas aussi friand des plaisirs de la vie, il aurait très bien pu arranger les choses, quitte à devoir épouser un oméga qui n'en a que pour son fric. Shaylyn Donovan...Et dire qu'au premier regard sa seule pensée fût de mettre ce type dans son lit ! Bien avant de découvrir qu'il avait une langue de vipère bien entendu.
Il poussa la grille de fer noir. Des lanternes éclairaient le jardin et les fleurs d’oranger bruissaient doucement. Lucia était assise sur la terrasse, un livre sur les genoux. Elle leva les yeux et son sourire lui coupa légèrement le souffle — ce sourire qu’elle avait toujours, même lorsque le monde tombait autour d’elle.
— Tu arrives sans prévenir, dit-elle d'une voix douce. J’aurais fait plus à manger.
— Je n’ai pas faim d'toutes façons, mentit son fils.
Elle referma son livre, posa ses lunettes, se leva. Le vent lui ramenait une mèche à la tempe, elle la repoussa d’un geste familier.
— Entres. Tu me raconteras.
Mathias entra, rempli déjà de paroles qu’il ne savait pas prononcer. La maison sentait le linge sec, l’huile d’olive et la mer. Sur la table, un plat encore chaud — pasta, tomates, basilic. Lucia savait qu’il viendrait, ou peut-être espérait-elle.
Il retira son blouson, la posa sur le dossier d’une chaise mais resta debout.
— Je ne suis pas là pour dîner, répéta-t-il.
— Tu es ici pour quoi, alors ? demanda-t-elle, sans le quitter du regard.
Il chercha une phrase simple, mais rien ne venait. Tout ce qu’il avait dans la gorge brûlait.
Alors il dit le nom, comme on crache un poison :
— Pour te parler de ce type, Shaylyn.
Lucia ne cligna même pas des yeux. Elle semblait attendre cela depuis longtemps.
— Je t’écoute.
Mathias inspira, comme avant un combat.
— Père a perdu la tête. Il se fiance avec un enfant insolent. Un oméga qui se croit plus fort que quiconque ici. Qui prend place dans notre maison comme s’il avait toujours été là. Qui…
Les mots s’étranglèrent. Il revit les yeux clairs de Shaylyn, son rire sec, cette façon de planter le regard, comme s’il défiait l’air lui-même.
La dernière dispute, dans les escaliers de marbre. La chaleur au ventre. L’envie de le pousser contre le mur. L’envie de le fuir.
Lucia s’approcha, posa sa main sur la table.
— Tu as déjà parlé de lui trois fois sans expliquer ce qu’il a fait.
Mathias ferma les yeux, la mâchoire dure.
— Il ne respecte rien, répondit-il enfin. Il me parle comme si j’étais pas en mesure de l'éradiquer d'ici, comme si tout ce que j’avais construit n’avait aucune valeur. Il se prend pour qui au juste ? Et dire que je suis le seul à le penser ! Éric et Alessandro s'en foutent royalement !
Lucia inclina légèrement la tête dans un sourire.
— Et qu’a-t-il dit, exactement qui a pu te mettre dans un tel état ?
Lucia reconnu bien là son fils. À s'emporter pour des choses qu'il jeaugeait avoir une énorme importance à ses yeux. Autrement dit, il aurait juste outrepasser le fait que son père se remarie. Et puis, Alessio eût la jugeote de lui faire parvenir un carton d'invitation.
Mathias se tourna vers la fenêtre. La mer brillait comme du métal fondu.
— Il est tout simplement détestable, c'est qu'un croqueur de diamants...
Il se figea. Les mots étaient sortis seuls, arrachés. Était-ce réellement pour cette unique raison que Shaylyn Donovan le mettait aussi hors de lui ? Non, il y'avait anguille sous roche.
Lucia resta silencieuse longtemps, si longtemps que les bruits de la mer prirent la place du dialogue. Puis elle dit, doucement :
— Tu en es sûr ?
Mathias sentit un froid glisser dans sa colonne vertébrale. Il se tourna vers elle, presque brutalement.
— Je ne veux pas de lui dans cette maison. Je ne veux pas qu’il touche à un seul centime de la fortune des Di Castelli. Ce gamin… il va briser l’équilibre. Il va…
Lucia sourit, un sourire triste.
— L’équilibre ou tes certitudes ?
Il serra les poings, les yeux brûlants.
— Il me provoque, dit-il. Il sait ce qu’il fait. Il joue avec moi. Il s’approche, il me défie, il me parle comme si… comme si…
— Comme si tu comptais ? souffla Lucia.
Mathias sentit la vérité frapper au centre. Une vérité qu’il refusait.
Il recula, tira une chaise, s’y assit lourdement.
Lucia vint en face, posa ses mains sur la table.
— Ton père n’a pas perdu la tête. Il a trouvé quelqu’un qui le regarde avec sincérité. Et toi… tu vois un danger parce que ce garçon touche à quelque chose que tu keeps buried.
Elle parlait doucement, sans reproche.
— Je te préviens, je n’éprouve rien que de l'anthipathie pour lui, insista-t-il.
Lucia soupira.
— Alors pourquoi viens-tu jusqu’ici, à la nuit tombée, pour t'en plaindre si au fond il ne t'es pas indifférent ?
Mathias ouvrit la bouche, la referma.
Il repoussa la chaise, se leva, fit quelques pas dans la pièce. Ses doigts frôlaient les cadres accrochés au mur — des photos de famille, de la plage, de lui enfant dans les bras de sa mère.
— Je veux le faire partir, lâcha-t-il, presque suppliant.
Lucia sourit, un sourire trop tendre pour la violence des mots.
— On ne chasse pas ce qu’on désire, Mathias. C’est ce qui fait peur.
Il sentit l’air manquer. Le silence l’enveloppa, dense. Il se tourna alors vers la fenêtre. La mer noirce, les vagues qui avalaient le sable, un ciel couvert d’étoiles silencieuses.
Son reflet dans la vitre le regardait. Et derrière ses yeux… le regard de Shaylyn.
Lucia se leva, vint poser une main sur son bras.
— Quand tu seras prêt, tu arrêteras de fuir ce que tu ressens. Pas pour ce garçon. Pas pour ton père. Pour toi.
Mathias laissa échapper un souffle tremblé. Les mots coincés dans la gorge, enfin visibles pour lui seul :
Je n’arrive pas à le haïr comme il le faut.
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𝖫'𝖺𝗆𝖺𝗇𝗍 𝗂𝗇𝗍𝖾𝗋𝖽𝗂𝗍
RomanceDésormais fiancé à un richissime homme d'affaires italien, Shaylyn Donovan qui est prêt à tout pour la gloire espérait ne plus avoir à se soucier du lendemain jusqu'à ce qu'il ne confronte directement l'un des fils de son futur époux. Sous ses airs...
