𝗘𝘅𝗽𝗹𝗼𝘀𝗶𝗼𝗻 𝗱𝗲 𝘀𝗲𝗻𝘀
𝗗ehors, Naples brillait comme une vitrine arrogante, et Mathias Di Castelli s’y sentait chez lui — le rugissement des moteurs, les lumières blanches sur le cuir glacé de sa veste, l’odeur d’argent qui colle aux murs des clubs privés. Minuit était passé depuis longtemps lorsqu’il récupéra les clés de sa voiture, une berline noire et nerveuse, dont le moteur ronronnait comme une menace familière. Ses amis riaient encore sur le trottoir, leurs voix se perdaient dans le vacarme de la circulation. Mathias leur fit un signe vague, un sourire en coin qu’il ne sentait déjà plus.
Il était ivre. Ça se voyait dans sa démarche, dans ce reflet trouble qu’il entrevoyait dans les vitres, dans la façon dont ses pensées s’attardaient trop longtemps sur une image — le regard clair d’un oméga qu’il prétendait détester.
— Putain… Shaylyn, murmura-t-il en s’installant derrière le volant.
Le trajet jusqu’à Milan serait long et imprudent. Il en avait conscience. Mais la colère est un carburant plus puissant que le sommeil. Et ce soir-là, elle brûlait dans ses veines. Cette histoire ridicule — son père, un homme si fier, presque austère — qui décidait brusquement d’épouser un gamin à peine plus âgé que son dernier fils. Un oméga au nom bizarre, aux silences provocants, à cette beauté tranchante comme une lame neuve.
Mathias accéléra.
La voiture rugit sur l’autoroute, avalant les kilomètres. Le cuir beige sous ses doigts était d’une douceur presque insultante. Les panneaux lumineux défilaient et l’alcool rendait tout plus net, paradoxalement. Chaque pensée devenait une certitude.
Il ne l’aimait pas.
Il voulait le chasser.
Il voulait le voir partir.
Et pourtant… quelque chose dans sa poitrine se crispait dès qu’il imaginait Shaylyn dans cette villa, marchant pieds nus sur le marbre, buvant du thé à la menthe dans la vaste cuisine donnant sur la mer.
— Pourquoi ça m’obsède ? souffla-t-il.
Vers cinq heures du matin, la ville apparut dans l’horizon sombre, ses lumières vacillantes comme des étoiles tombées dans la baie. Mathias traversa la ville endormie, monta la route qui longeait la plage et atteignit la villa familiale. Les volets étaient fermés mais une lumière tiède filtrait depuis la cuisine.
Il claqua la portière plus fort que nécessaire, l’odeur du café et du sel l’accueillit dès l’entrée. Ses pas résonnèrent dans le couloir silencieux. Lorsqu’il arriva au seuil de la cuisine, il le vit.
Shaylyn.
Assis sur le plan de travail, une tasse entre les mains. Son t-shirt clair tombait sur une épaule nue. Ses cheveux encore humides pendaient sur son front. Il leva les yeux — une seconde, peut-être deux — et le silence se fit lourd, presque violent.
— Tu...tu sors d'où...balbutiait l’oméga d’une voix calme.
Mathias se mit à rire. Un rire sans joie, cassé.
— Je ne savais pas qu’il fallait désormais te demander l’heure du couvre-feu pour entrer chez mon père.
Shaylyn fit glisser sa tasse de la main droite à la gauche, comme pour mieux l’observer.
— Tu as bu.
— C’est à toi de me juger, maintenant ?
— Non, répondit-il simplement. Juste une constatation.
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𝖫'𝖺𝗆𝖺𝗇𝗍 𝗂𝗇𝗍𝖾𝗋𝖽𝗂𝗍
RomanceDésormais fiancé à un richissime homme d'affaires italien, Shaylyn Donovan qui est prêt à tout pour la gloire espérait ne plus avoir à se soucier du lendemain jusqu'à ce qu'il ne confronte directement l'un des fils de son futur époux. Sous ses airs...
