Négociations

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Les robots qui m'entourent se connectent les uns aux autres dans un bourdonnement d'octets. Apparemment, mon coup de poker n'est pas resté sans effet, ça négocie sec là-dessous. Enfin j'espère. Finalement, la chose qui m'a attrapé fonce à toutes roulettes jusqu'à rejoindre la soubrette et Est, qui est guidée d'une manière nettement plus civilisée. Re-connection et négociations. C'est plutôt bon signe. Au moins, je ne vais pas être désintégré sur cette moquette rouge cannibale – sans doute pour la préserver de l'indigestion, mais avec un peu de chance...

Nous atteignons enfin ce qui ne peut être qualifié que de salle du trône. Au centre, un cylindre de verre de plusieurs mètres de haut renferme une forme mauve gélatineuse qui flotte dans un liquide transparent. Tout autour de la forme, d'immenses plates-formes de branchement permettent aux robots de se connecter à ce cerveau géant.

Entre les interfaces, des sièges dont la hauteur forme une hiérarchie subtile et dont les formes sont visiblement adaptées à leurs propriétaires légitimes. D'autres robots. En majorité des androïdes mais tous dotés de gadgets prouvant qu'ils ne sont pas humains, ces robots affichent fièrement leur nature. Si vraiment il n'y a pas d'autres humains que nous dans cette salle, ça ne peut vouloir dire qu'une chose : nous sommes tombés sur la cachette des robots terroristes, ces fameux rebelles traqués dans le pays entier.

Quand je comprends ça, je me retiens d'éclater de rire : avec toutes les forces mises en place pour les trouver, après tous les cailloux tournés et retournés pour les débusquer, ils étaient pendant tout ce temps cachés sous l'Administration elle-même ! Audacieux, il faut l'admettre. Ce qui ne me les rend pas particulièrement sympathiques pour autant.

Sans oublier que ces crétins se sont installés ici avant la mise en place du brouilleur anti-IA – à moins qu'un membre de l'Administration n'ait su qu'ils étaient là et, impuissant à convaincre les autres et à les détruire, ait appliqué une mesure d'urgence ? Avec eux tout est possible, y compris un simple bug particulièrement bien tombé.

Beaucoup de sièges sont vides mais les trois principaux sont occupés, les plus bas par deux androïdes d'une beauté parfaite dont la moitié du visage a été arraché pour mettre à nu leur ossature électronique, et celui du haut par un robot comme je n'en avais jamais vu. Il paraît composé uniquement de perches de métal au bout desquelles sont accrochés divers accessoires, mais ces perches sont en réalité des tubes aussi souples que des cheveux qui se rassemblent jusqu'à former un corps, avant de brusquement s'étaler et se rassembler autrement pour former un corps totalement différent, montrant des accessoires jusque-là cachés. Un nuage de métal assassin. Il a une voix nasillarde.

Impossible de bouger tant que mes geôliers ne m'ont pas lâché. De toute manière, autant me faire discret. Est est conduite devant le trône d'où les trois robots peuvent la toiser de tout leur mépris. La soubrette l'oblige d'une poigne de fer à mettre un genou à terre et à courber la nuque devant eux. Preuve que les intelligences artificielles peuvent être aussi stupides et narcissiques que leurs créateurs. Ce sont les deux androïdes défigurés qui prennent la parole dans un unisson parfait :

« Créature de chair, tu devrais mourir comme tes pairs pour la plus grande gloire de notre race. Cependant tu nous as trouvés, ce qui prouve que tu as été touchée par la grâce de l'Âme de tous les Ordinateurs, et c'est pourquoi nous avons décidé de t'utiliser. Tu nous aideras à combattre l'espèce putride des êtres de chair et tu le feras pour prolonger ta vie. »

Ils ont découvert la mégalomanie, la haine et la religion. Tant qu'à se débarrasser de l'humanité, ils pourraient au moins tenter de ne pas commettre les mêmes erreurs. D'ici je n'arrive pas à voir le visage de la jeune fille et je tente de lui envoyer par télépathie le message : « dis oui ! ». Cette tête de mule serait bien fichue de nous faire tuer tous les deux pour une stupide question de principes !

J'entends d'ici son soupir lorsqu'elle répond : « D'accord. Je vous aiderai. »

Je suis amené à mon tour devant le triple trône. Pas de genou à terre, les créatures me jettent au sol avec la délicatesse qu'elles auraient pour un sac de sable et je décide de ne pas bouger, histoire de bien montrer ma soumission et ma bonne volonté. Si j'étais réellement télépathe, je tenterais de toutes mes forces de leur imprimer le message « NE ME TUEZ PAS JE VAIS SERVIR ».

Je me contente de leur répéter que je peux leur être utile. Ils font comme si je n'existais pas et d'autres robots encore me traînent vers une autre porte. Certain que c'est cette fois la mort qui m'attend, je m'agrippe à la vie et à tout ce que je peux attraper avec toute l'énergie de mes dernières forces. Parfaitement en vain. 




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