Encore une de ces discussions merdiques.
Ça a duré toute la soirée.
"Mais tu es sûre ?"
"Mais enfin, tu verras ce que je te dis, tu changeras d'avis !".
Non, elle ne changerait pas d'avis. Elle a trente ans, est en couple depuis cinq belles années, et non, vraiment non, elle n'en veut pas. Elle ne veut pas d'enfant. Et ça, c'est dur à avaler pour les gens autour d'elle. Ceux qui la connaissent, et les autres aussi au passage, justement. Ceux qui la rencontrent, un bambin dans chaque bras, transpirants de bonheur parental.
Depuis toute petite elle le sait. Pas d'enfant.
Ado, elle se disait que peut être un jour... Tout le monde le lui rabâchait, alors ça devait être comme ça, un jour elle grandirait et ça lui passerait par la tête. Et pourtant, non. Vers vingt ans elle a été forcé de se poser la question. Accident de préso sur oubli de pilule. Pif, dans le museau ! Enfin, le museau. Dans le tiroir plutôt. Le polichinelle était là, et il fallait bien faire un choix. Elle a fait le sien. Elle ne pouvait pas garder cet enfant. Quelle triste vie elle lui aurait offert, une mère qui ne le désirait pas, et un père aléatoire. Elle s'en est donc séparée, le coeur serré quelque part, mais certaine de sa décision. Et cela la conforta pour plus tard. Pas d'enfants. Non merci. Elle admirait ces femmes qui possèdent cet instinct farouche et suprême, l'instinct maternel. Elle le savait, elle ne le possédait pas. Elle aurait parfois aimer le posséder. Pour paraître normale aux yeux des autres. Et pire que tout, ne pas avoir à constamment se justifier auprès de ces autres femmes ou couples, qui eux, n'ont pas ce choix. Elle sent dans leurs regard tous ces reproches, à la limite de la haine. Ils lui en veulent car elle qui pourrait, ne le veut pas. Mais à quoi cela servirait de se forcer? Elle a trouvé l'homme qui lui correspondait, ils sont d'accord.
Pourquoi vouloir à tout prix être comme les autres?
Pourquoi vouloir se forcer à aimer?
Pourquoi devoir suivre le troupeau?
Tout celà, elle n'en pouvait plus. Elle avait essayé de mentir. Mais si elle se disait stérile on lui parlait adoption. Si elle disait qu'ils verraient plus tard, on lui parlait horloge biologique.
" Mon cul oui !" voulait-elle crier. Elle voulait parler elle aussi. Expliquer combien son choix était dur. Crier que c'était réflechi. Hurler le nombre de nuits blanches qu'elle a usé à retourner la situation dans tout les sens, craignant que ce fameux regret ne lui tombe dessus un jour. Rugir sa douleur de se séparer du polichinelle.
Et puis elle a accepté. Elle à arrêté de se battre avec les bornés de la procréation. Le but ultime de sa vie ne passait pas par un enfant, elle ne voulait pas avoir cette responsabilité, ce devoir d'éduquer son bambin, pour au final ne pas être sure de ce qu'ils pourront lui offrir. C'était aussi sa contribution contre la surpopulation de la terre. Sa contribution à son couple, qui ne se séparerait pas à cause de cet enfant obligatoire.
"Et vous, vous voulez des enfants?"
"Non merci, dans une autre vie."
Calme et sereine, c'est avec cette phrase que dorénavant elle aborderait la question.
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Instants de vies
ŞiirMoments volés. Imaginaires ou réels, prose où poésie. Envies d'écrire.
