La lumière de la cage d'escalier s'allume et siffle. Des bruit de talons se font entendre sur les tomettes craquelées et défraîchies. On devine qu'une femme monte les marches, tranquille, décidée. Au premier étage une odeur douce, qui lui rappelle sa voisine, une vieille dame. La légère odeur acre indique sans nul doute un chat comme compagnon. Elle continue son ascension, arrive au deuxième étage. Une odeur d'homme qui s'est trop parfumé avant de sortir dîner, peut être dans l'espoir de séduire ce soir... Comme un animal , elle expulse cet air trop chargé d'une expiration sèche et agacée, entame la montée au troisième, là où elle est attendue. Cette soirée n'est pas comme les autres. Celui qui l'attend lui demande à chaque fois de se surpasser pour inventer de nouveaux jeux, de nouveaux plaisirs, de nouvelles sensations... Elle regarde l'heure à son poignet, encore quinze minutes avant de pouvoir passer la porte de bois. Avisant un balconnet de secours jouxtant l'appartement, elle s'y avance, se penche légèrement à la rambarde. Saisie de vertige, elle recule contre le mur en souriant. Si il la voyait ainsi apeurée par trois étages de vide, il n'en reviendrait pas. Elle, toujours en pleine possession de ses moyens ! Elle attrape son paquet de cigarette, en sort délicatement une qu'elle enflamme d'une allumette vite craquée. Elle aspire pleinement la première bouffée, se calme petit à petit. Elle ne s'est même pas rendue compte de son inquiétude. Tout compte fait, elle avait eu raison d'arriver avec un peu d'avance. Elle pouvait ainsi s'offrir cette détente avant la soirée qui s'annonce. Un dernier coup d'œil à sa montre, elle finit tranquillement sa cigarette, l'écrase du bout de son talon aiguille, prend une grande inspiration et retourne à l'intérieur de l'immeuble.
S'arrêtant devant la porte de l'appartement, elle en écoute les bruits qui traversent. De la musique d'ambiance. Elle ferme les yeux, sent une odeur chaude, comme... de la vanille peut être . Elle respire profondément une dernière fois et entre discrètement, ferme la porte avec douceur, sans la faire claquer. Elle pose doucement son sac sur la table du couloir, regarde autour d'elle, ferme les yeux un instant. C'est bien de la vanille. Elle perçoit la douce lumière de quelques bougies d'ambiances dans le salon . Enfin elle avance dans le couloir, faisant le moins de bruit possible, couverte par la musique, prête enfin à profiter de cette soirée pleine de promesses inavouables...
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Instants de vies
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