HUNTED | CHAPITRE 2

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J'arrêtai de courir un instant et m'adossai contre un arbre. Cette forêt dans laquelle je me trouvais depuis trois jours était un vrai labyrinthe, et même si je refusais de me l'avouer, j'étais morte de fatigue. La seule fois où je m'étais autorisée à dormir, c'était hier et encore, ce n'était qu'une vingtaine de minutes. C'était une réelle chance que les Traqueurs ne m'aient pas encore attrapée. J'ouvris le sac que ma mère m'avait donné pour la première fois depuis ces derniers jours, et, assoiffée, je bus trois gorgées d'eau. Je décidai de ne pas toucher à la nourriture qu'elle avait mise dedans, car j'en aurai sûrement beaucoup plus besoin que maintenant dans les jours à venir. Les jours à venir... Allais-je fuir éternellement? Certainement pas, il fallait se rendre à l'évidence, avec cette fichue puce et le nombre de Traqueurs présents dans chaque secteur, je me ferais sûrement attraper rapidement. Je rejoindrais ainsi mes parents et mon frère. En vie, ou bien...morte. Dans le sac à dos, il y avait en plus de la bouteille d'eau et des quelques provisions, un T-shirt, un jean, des sous-vêtements, une petite couverture, un peu d'argent, une carte dépliable, et une petite trousse de secours. Je souris. Maman était la reine du rangement. Comment avait-elle réussi à faire rentrer tant de choses dans un si petit sac? Je plongeai ma main dans la seconde poche pour en sortir...du maquillage? De la teinture, des lentilles et un miroir de poche. Je plissai les yeux en me demandant vraiment à quoi pensait ma mère lorsqu'elle avait fait ce sac. Avais-je vraiment le temps de me maquiller? Me faire belle pour me faire capturer par des brutes? Je levai les yeux au ciel, remis le maquillage et la teinture dans le sac, et gardai seulement le miroir de poche. J'observais mon reflet. Mes yeux bleus-verts bordés d'immenses cernes, et mes cheveux blonds en bataille, qui n'avaient pas eu le droit à un shampoing depuis que j'avais commencé à fuir me donnaient l'impression d'être une autre personne.

Être une autre personne...

Cette phrase fit écho dans ma tête. Dans la seconde qui suivit, j'ouvris immédiatement le sac à dos et en ressortis le maquillage et la teinture. Je compris finalement pourquoi ma mère avait jugé utile de les ajouter au sac de survie. J'étais pourchassée. Ils cherchaient une jeune blonde aux yeux bleus-verts. Et avec un peu de maquillage, et de la teinture couleur brune, je pouvais donner à mon visage un autre aspect. Ou du moins, un aspect moins...moi. Je pouvais avoir l'air d'une autre personne, ce qui faciliterait mon passage dans les autres villes, lorsque sur les affiches " Wanted/Hunted" qui faisaient défiler les visages de chaque Traqué du secteur dont il était question les uns après les autres, une photo de moi s'afficherait.

Je commençai le travail. J'appliquai prudemment le fond de teint sur la peau de mon visage, et sur mon cou. Une fois ceci fait, je saisis d'un doigt une des deux lentilles marron foncé et la plaçai avec précaution sur mes yeux, à l'aide du miroir de poche. Je fis la même chose pour l'autre œil. Il y avait également du mascara, du crayon, du gloss et tout un tas de choses inutiles, mais je détestais me maquiller et le fond de teint me suffisait très bien.

J'arrivais à la partie la plus délicate. Les cheveux. C'était de la teinture crème. Je me souvenais que lorsque c'était apparu dans les magasins, avant la guerre, ma mère en avait fait le stock. Je l'admettais, c'était extrêmement pratique de n'avoir qu'à appliquer une crème sur l'ensemble de ses cheveux pour que dans la seconde d'après, ils aient la teinte désirée, mais j'étais certaine que c'était bourré de produits chimiques mauvais pour la santé. Tant pis, je n'avais pas le choix. Je répartis la crème sur ma chevelure, puis observai le résultat dans le miroir, quelques secondes après. Mes cheveux étaient passés de blonds à bruns, dans une teinte chocolat noir. Je ne me reconnaissais plus du tout, et je ne pouvais pas dire que les lentilles aidaient.

C'était parfait.

**

Je ne courais plus, étant arrivée à la conclusion que cela ne servait à rien, à part me perdre encore plus. Enfin, il fallait que je coure, car les Traqueurs, au courant de ma position, pouvaient très bien m'encercler et bêtement me capturer. Cependant, la nuit tombait, et il fallait que je trouve un coin où dormir, car je sentais mes forces me quitter. Des buissons? Un arbre? Il fallait absolument que je sois hors de leur portée, bien cachée. En espérant qu'ils ne continuent pas leurs recherches la nuit. Il y avait devant un grand arbre dont le tronc était épais, d'énormes buissons. C'était parfait pour se cacher, juste le temps d'une nuit. Je m'installai donc derrière, sortis la petite couverture de mon sac, posé à côté de moi, et dans le froid de février, je fermai les yeux et m'endormis paisiblement, comme si l'espace d'un instant, tout allait bien.

Hunted ( en pause)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant