La pièce n'avait pour seul éclairage que les bandes lumineuses blanches et violettes du mur gris. Sans le mouvement continuel de ces dernières, on aurait juré que le temps s'était arrêté autour de Jason, et de la dénommée Alice.
Je les fixais, coincée à travers un tourbillon d'émotions qui ne devraient pas se manifester car il n'y avait logiquement aucune réaction à avoir. Pourtant... j'aurais juré qu'à l'instant même où leurs lèvres s'étaient rencontrées, mon cœur s'était fait transpercer par une balle invisible.
De la jalousie?
J'écartai cette hypothèse de mon esprit aussi vite qu'elle ne l'avait traversée, manquant de rire aux éclats tant c'était pitoyable. De la jalousie? Absurde. Ressentir un tel sentiment signifierait forcément...
Non. Aucune chance que ça arrive. Jason, en dehors d'être mon tout récent partenaire de fuite, était un vrai abruti, comme la plupart des garçons que j'avais eu la malchance de côtoyer depuis la guerre. Air hautain, remarques désagréables et comportement enfantin ; il avait décidément tout pour m'agacer, ce qu'il faisait d'ailleurs depuis notre rencontre. Les seuls sentiments plus ou moins positifs que j'avais ressentis à son égard avaient été la compassion, la gratitude, et peut-être même une pointe d'admiration. Mais l'idée de ressentir une quelconque attirance pour lui me paraissait carrément grotesque.
Alors si vraiment, c'était le cas... pourquoi avais-je cet horrible sentiment qui me serrait la gorge et menaçait d'exploser à travers ma poitrine? Et surtout quelle en était la nature?
C'était comme un incompréhensible et incongru mélange de déception et de colère. Le genre de sentiment qu'on ressent après une trahison.
– J'ai eu si peur de ne plus jamais te revoir. J'ai l'impression que tu es parti depuis une éternité.
En temps normal, j'aurais certainement fait mine de vomir devant la scène. Je détestais tout ce qui touchait à l'amour et ses partisans. Les observer était comme regarder un de ces films à l'eau de rose, saturé en répliques mielleuses et en larmes inutiles. Ne manquaient plus que la triste mélodie des violons et le soleil couchant contrastant avec le bleu des vagues solitaires d'une plage déserte. Je décidai de faire exception cette fois-ci, car dans notre réalité à nous, il y avait réellement de quoi s'inquiéter lorsqu'on avait la malchance d'avoir un proche – et dans le cas d'Alice, un petit-ami - Traqué.
– Elle va bien? la questionna-t-il en caressant ses cheveux.
Alice tenta d'essuyer de la manche de son grand pull noir les vestiges des larmes qui scintillaient sur ses joues rougies.
– Elle dort. C'est la seule chose qu'elle a été capable de faire pendant ton absence, d'ailleurs. Je me suis arrangée à ce qu'elle ne sorte pas de son lit, et qu'elle prenne chacun de ses repas, comme tu m'as demandé. Kenny m'a apporté quelques médicaments avant-hier. Ce n'est pas très efficace, mais au moins, ça apaise les...
Elle laissa sa phrase en suspens, et détourna le regard, une expression sombre sur le visage. Emily s'approcha et glissa sa main dans celle de Jason.
– Ça apaise les quoi? l'interrogea ce dernier, d'un ton trahissant appréhension et inquiétude.
Elle parut d'abord chercher les bons mots puis dans un profond soupir, elle s'éloigna de lui et se mit à faire les cent pas dans la pièce.
– Son état s'aggrave, Jay, souffla-t-elle. Peu de temps après son départ, des espèces de...plaques rouges lui sont apparues sur le visage, les bras, les jambes. (Une grimace déforma ses traits parfaits) Partout. Elle affirme que ce n'est rien, mais j'ai remarqué qu'elle les gratte incessamment, et qu'elles grossissent de jour en jour. Kenny aussi dit que ce n'est rien, que c'est certainement dû au stress étant donné qu'elle se fait énormément du souci pour toi. Mais...(Elle marqua une pause et secoua la tête) Je... je ne pouvais pas la laisser comme ça, j'ai décidé de réellement m'installer ici le temps de ton absence.
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Hunted ( en pause)
Science FictionLe monde entier a été dévasté par une guerre mondiale. Des millions de villes ne sont plus que cendres. 37% de la population mondiale a péri dans cette guerre ou par les suites de celle-ci. Et tout ça par l'entière faute des États Unis, ou plutôt de...
