"Perry et moi étions encore en train de nous disputer. Ou plutôt de nous battre. Nous étions au collège et pourtant, en nous regardant, j'étais sûre que les gens pensaient à des gamins de primaires.
- Sale voleur! m'exclamai-je en lui donnant un coup de poing monumental.
- Niki, arrête ça, je pourrais te frapper même si t'es une fille. Et encore, j'ai des doutes.
Je sentis la rage monter en moi. Je lui sautai dessus, ce qui le fit tomber par terre, avant de dire :
- Où est-elle?"
- Bordel, mais où est-elle?!
Je me réveillai dans un sursaut silencieux. Mon premier réflexe fut de regarder l'heure sur ma précieuse montre, que j'avais réussi à conserver intacte malgré la guerre. Il était dix heures du matin. J'avais trop dormi, et à cause de ma stupide erreur, un Traqueur m'avait retrouvé! Enfin, presque, mais il n'allait pas tarder à le faire. La puce de localisation l'informerait rapidement de ma présence.
Je me fis petite derrière l'arbre et retins ma respiration. Les concours que je faisais avec Perry étant petite me seraient peut-être utiles, finalement.
- Allez localise-la quoi!
Je ne voyais pas le Traqueur, ou plutôt la Traqueuse, mais je devinai grâce à sa colère que son appareil destiné à me localiser ne fonctionnait plus. Je me détendis un peu, espérant que les autres Traqueurs n'étaient pas aussi proches qu'elles, et me félicitai intérieurement de m'être cachée à cet endroit. La Traqueuse ne me voyait pas.
- Et zut, c'est mort. ( Elle soupira) Il va falloir que je retourne avec les autres. Et dire que j'étais à deux doigts de gagner.
De gagner? Les Traqueurs voyaient-ils vraiment tout cela comme une simple compétition? Il était vrai que la somme d'argent promise à celui, Traqueur ou simple habitant d'un secteur qui retrouvait un Traqué était séduisante. Seulement, je ne comprenais toujours pas comment certaines personnes pouvaient être cruelles à ce point. J'avais entendu dire qu'une fois, dans une ville d'un autre secteur, des parents avaient dénoncé leur propre enfant, - qui volait pour la survie de sa famille - en tant que Traqué, pour pouvoir obtenir la somme d'argent promise, qu'ils n'avaient même pas obtenu car un groupe de Traqueurs avaient décidé de faire comme si c'était eux qui l'avaient trouvé. J'avais été prise d'un sentiment de révolte en entendant cette histoire. Pourquoi Northman lançait-il un tel programme, sachant que dans la misère les gens feraient n'importe quoi pour de l'argent? Sachant qu'il séparait des familles? Quel était l'intérêt de tout cela, au final? Capturer un certain groupe de personnes pour rétablir un semblant de paix, en détruisant la confiance qui régnait entre amis, et mêmes familles? Car en effet, nous, Traqués, ne pouvions faire confiance à personne. Une personne qui nous accueillait pouvait le lendemain nous livrer aux Traqueurs. Pour moi, un monde où la confiance ne pouvait pas régner, c'était comme un monde en guerre.
Dès que j'entendis la Traqueuse s'éloigner, je me mis à rassembler lentement mes affaires. Je lançai une pierre, pour vérifier que ce n'était pas un piège et qu'elle était réellement partie, avant de me mettre à courir, mon sac au dos, sans même me retourner. Je devais courir. Gagner du temps, jusqu'à ce que je trouve un moyen de m'enlever cette puce, voilà ce qu'il fallait que je fasse. Et il fallait que je réussisse rapidement, car les Traqueurs étaient proches. Très proches.
**
Je devais avoir couru environ une demi-heure, sans m'arrêter. Les Traqueurs lancés à ma poursuite devaient être des débutants, sinon, j'aurais déjà été capturée. Ils me considéraient peut-être comme une proie si faible que de simples débutants feraient l'affaire, mais ils se trompaient. Je n'étais pas du genre à perdre une bataille sans avoir usé de toutes mes forces pour me battre. Et comme je détestais perdre, mourir me semblait une option beaucoup plus plaisante.
Ce mois de février 2042 semblait beaucoup plus glacial que tous ceux que j'avais vécu en presque dix-huit ans de vie. Presque dix-huit ans, car mon anniversaire était le vingt-huit février, soit dans vingt-trois jours exactement. Seulement, quelque chose me disait que je n'allais pas souffler mes bougies cette année.
Un bruit, ou plutôt un aboiement me fit sursauter. Je m'arrêtai net, et regardai tout autour de moi. Je n'avais pas peur des serpents, des araignées, et de la plupart des choses dont tout le monde avait peur, alors un chien ne risquait pas de m'effrayer. Ce qui m'effrayait en revanche, c'était que ce chien ne soit rien d'autre que le toutou préféré d'un des Traqueurs. Je restai donc immobile. Malheureusement pour moi, ma mère avait pensé à tout, sauf aux armes. Mon père aurait pu m'en fournir, ce qui m'aurait permis de me défendre, mais tout s'était passé si vite que certains détails nous avaient échappé. J'étais donc à la merci de tout agresseur.
J'entendis un craquement de branches provenant de devant moi. Je ne voyais pas grand chose à cause des arbres et des plantes de la forêt, mais je devinais que la chose approchait. Un grognement se fit entendre. Un grand chien noir, aux yeux rouges comme le sang, un peu trop grand pour être un chien normal, venait de surgir devant moi et avançait lentement en grognant de plus belle. Je reculai aussi lentement qu'il avançait, de peur qu'il ne me saute dessus au moindre mouvement brusque. C'était forcément un chien de Traqueur, seulement...il avait plus l'air d'avoir envie de me tuer que de me capturer. Je reculai avec précaution, tentant de dissimuler ma peur, quand soudain une branche d'arbre me fit trébucher.
Le chien s'avança d'un bond. Lorsqu'il aboya, les plantes, la terre, et les troncs d'arbre, tout autour de lui se glaça, se recouvrant d'une fine couche de glace.
J'écarquillai les yeux devant une telle abomination. Étaient-ils vraiment allés jusqu'à modifier les animaux pour nous attraper? D'ailleurs, était-ce un robot ou un animal modifié?
Je ne savais pas. Je ne voulais pas savoir.
Je cherchai quelque chose qui pourrait me servir d'arme contre la bête qui voulait me congeler vivante, cependant, il avançait de plus en plus rapidement, au fur et à mesure que les battements de mon cœur s'accéléraient.
J'étais finie. Il fallait se rendre à l'évidence, si ce chien m'aboyait dessus, je serais littéralement changée en bloc de glace, ce qui faciliterait largement la tâche aux Traqueurs.
- Je déteste perdre, murmurai-je.
Je vis le chien bondir vers moi et fermai les yeux par réflexe. C'était la fin.
Quelques secondes passèrent avant que je n'ouvre à nouveau les yeux. Je regardai mes mains. Je n'avais rien. Je n'étais pas congelée, et mieux: j'étais en vie!
Je levai la tête et constatai avec horreur que le chien était étalé par terre, dans une grande flaque visqueuse de sang, une lame enfoncée dans le crâne.
- Et moi, je déteste les chiens, déclara une voix masculine étrangère.
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Hunted ( en pause)
Science FictionLe monde entier a été dévasté par une guerre mondiale. Des millions de villes ne sont plus que cendres. 37% de la population mondiale a péri dans cette guerre ou par les suites de celle-ci. Et tout ça par l'entière faute des États Unis, ou plutôt de...
