Chp. 11: bluff

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Cécile était pieds nus. Elle courait sur le bitume glacé, et piquant, par surcroît. Elle tentait d'effacer de son esprit l'image d'Ethan Danétaz, face à Sophie, son amie qui n'avait rien pour se défendre.

Dès que l'assassin lui avait tourné le dos, elle s'était ruée vers la fenêtre la plus proche et s'était enfuie en courant. Elle n'avait pas d'idée précise en tête, guidée par sa seule terreur qui la poussait le plus loin possible de la maison de l'avocat. Elle ne voyait quasiment rien devant elle, avançait avec son instinct, les larmes aux yeux.

Soudain, elle se cogna de plein fouet dans quelque chose de dur, humide et glacé. La petite fille se retrouva brusquement par terre, sonnée. Elle passa une main sur son nez et la porta devant ses yeux, pleine de ce qui semblait être du sang. Il s'écoulait goutte par goutte sur sa chemise de nuit blanche et trempée . Cécile grimaça, mais décida qu'un nez qui saignait valait toujours mieux que de se faire tuer par un fou furieux.

Elle contint les larmes qui lui venaient, cligna lentement des yeux et tenta de distinguer la raison de sa chute. Une imposante porte de chêne flanquée de murailles de pierre gigantesques ou grimpait du lierre se dressait devant elle. Ses pas l'avaient naturellement guidée vers la sortie de la ville, en direction de la forêt d'Ecclesmos.

Cécile se releva en essayant de protéger au mieux ses mains de la morsure de la neige, avec les manches de sa chemise de nuit. Ce qui fut parfaitement inutile. La petite fille mourait de froid, mais aussi de peur. Elle ferma les yeux et essaya d'éclaircir ses idées. Malgré ses efforts, elle n'y parvint pas, tout restait brouillé et emmêlé dans son esprit.

Elle rouvrit les yeux et tenta de repérer par où elle était arrivée. Elle emprunta une des routes qui s'offraient à elle. La neige avait déjà du recouvrir les traces de son passage et tombait à présent à gros flocons. Elle avançait difficilement mais gardait espoir en l'instinct désespéré qui l'avait mené aux portes de la ville. Cependant, après avoir tourné plusieurs fois par diverses avenues, Cécile dût se rendre à l'évidence : elle était complètement perdue.

La petite fille s'écroula au pied d'un mur inconnu et gris, puis se mit enfin à pleurer. Oh, bien sûr, elle aurait pu sonner à une porte, mais qui viendrait ouvrir à une heure pareille ? Et même si c'était le cas, on la ramènerait à l'orphelinat, et elle préférait tout plutôt que cela. Des larmes coulèrent sur ses joues frigorifiées. Elle pensa à Sophie en se demandant si elle était toujours en vie, si les autres étaient arrivés à temps pour la sauver. Elle pensa à l'orphelinat, qu'elle avait tant détesté mais où elle avait passé presque sa vie entière. Elle pensa à la cabane qu'elle n'aurait jamais du quitter et qui l'attendait, au fond du bois d'Ecclesmos. Elle pensa aux tracas que sa probable mort épargnerait à Louise et Sophie. Inutile d' espérer survivre à une nuit aussi froide que celle-là, quand on avait huit ans, songea-t-elle. Elle pensa aussi aux contes qu'elle déchiffrait quand elle apprenait à lire, alors qu'elle était toute petite. Elle avait lu une histoire un peu comme la sienne, un jour. Une petite fille, qui vendait des allumettes et qui ne pouvait rentrer chez elle. Alors, elle avait eu de jolies visions qui parlaient de Noël, de sapins, de festins.
Cécile ferma les yeux et espéra en avoir une à son tour, mais ses pensées restaient aussi noires que l'encre. Elle sanglota doucement et enfoui sa tête dans ses bras. Ses paupières s'affessèrent et elle ne bougea plus.

Soudain, un contact plus chaud que les flocons de neige effleura l'épaule de la petite fille. Elle ouvrit de petits yeux effrayés et eu par surprise un mouvement de recul. Elle se détendit en voyant qui lui faisait face.

Une jeune femme se tenait devant elle, belle, l'air un peu inquiète. Elle était habillée simplement, d'une jupe bleu foncé, un col roulé et d'un manteau de laine sombre. Son visage était très pâle, cela faisait ressortir ses iris couleur noisette. Elle était très peu ou peut-être pas maquillée. Ses cheveux raides, d'un noir intense, tombaient en cascade sur ses épaules. Cette dame, inspira dès le premier instant confiance à la petite fille.

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⏰ Dernière mise à jour : Sep 05, 2016 ⏰

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Les Orphelines d'EsphalieOù les histoires vivent. Découvrez maintenant