Fiançailles avec le Désert

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Le campement - un bien grand mot pour un simple tissu déplié sur le sol sablonneux, ainsi qu'un léger feu d'étoffes, venait d'être installé. Annoushka avait décider de rester dormir sur place, en haut de la grande colline. Suite à la visite de l'Epoux, elle avait attraper un petit lapin tout jaune, qu'elle s'apprêtait à faire rôtir. 

Poivre, allongé sur le côté, dos à la scène, pensait toujours. Il venait de vivre l'expérience la plus incroyable qui soit, et ne pouvait se convaincre lui-même des mots qu'il avait prononcé à l'égard d'un tas de sable volant. Il triturait ses ongles, la pulpe de ses doigts, les mordillaient même. 

- Dis-moi Annoushka, avons-nous été sous l'emprise de drogue, à l'instant ? 

- Tu est bien petite pour connaître l'existence de pareilles choses, grogna la femme rousse. 

Poivre se reteins bien de lui révéler qu'à la Maison, les drogues servaient d'huile pour cheveux, corps et ongles, étaient fumées au-dessus des berceaux pour endormir les petits, et parfois même, des galets d'huile de pierre sèche circulaient à la place des billes, dans les jeux des enfants. Celui qui perdait au jeu, devait manger l'intégralité des galets placés sur la plaque.  

- Tu n'a pas répondu à ma question, remarqua Poivre. 

- Ne t'avise plus de comparer la visite de l'Epoux à une simple drogue de passage, où Annoushka t'arrachera la langue ! Voilà ta réponse ! 

- Et comment fera-tu, s'il n'y a plus personne pour répondre à tes monologues ? 

Annoushka tourna sa broche au-dessus des flammes frémissantes dans des bruits de crachats secs.

- Tu ne parle plus de rentrer chez toi, dit-t-elle finalement. 

Poivre s'allongea sur le dos, les bras sous la tête. Les nuits du désert d'Artan très chaudes, parfois plutôt tièdes embaumait l'air d'une odeur volcanique. Poivre ne semblait même plus se rappeler du goût du froid sur la peau sèche, des doigts crispés et obéissant mal, des cheveux gelés puis cassés, des lèvres enflées, rouges et tremblantes, écorchées par le gel. Cependant, il se rappelait parfaitement des longues rues de Cases blanches de la Ville, toutes plus petites que sa Maison, couvertes d'une couche très fine de blanc humide, où il était interdit de se rouler. Bien vite pourtant, la neige fondait, et l'éternel sable tiède de Glahise réapparaissait sur le sol de la Ville. Maman chérie lui avait expliqué qu'ils étaient les seuls à "subir" cette "gênante pâte froide et glissante, de surcroît blanche et mouillée" -maman chérie n'aimait pas le blanc, et que les autres, au Centre de la Ville, en était protégés; une sorte d'immense coupole transparente protégeait les habitations du Centre, les enveloppait en les gardant à l'abri des intempéries. Lorsque Poivre avait demandé pourquoi eux, n'avait pas de coupole géante et transparente au-dessus de leurs têtes, elle avait rit et répondu qu'un jour ils l'auraient. Puis elle lui avait demandé si il l'aimerait toujours sans ses cheveux. Il lui avait dit, bien sûre, que non. 

- Veux-tu qu'Annoushka te parle un peu plus de l'Epoux? 

Poivre se releva brusquement et se rapprocha du feu, l'air si enfantin qu'Annoushka réalisa pour la première fois à quel point il n'était encore qu'un enfant, à peine moins fétiche qu'un lapin jaune. 

- Je te le demande, dit-il. 

- D'abord,  viens plus près de moi. 

Poivre fronça les sourcils, et renifla bruyamment. 

-Mai, mai, que cet enfant est pénible ! 

Annoushka se leva, le lapin embroché à la main, et alla le posé sur une pierre plate, à une dizaine de pas d'eux. Elle revint, en s 'exclamant: 

Les Enfants de MirabailleOù les histoires vivent. Découvrez maintenant