La naissance. Des pleurs. De la joie. L'extraction d'un cocon. Arraché d'un endroit où on était bien. En sécurité.
Quand on naît, on sait déjà ce que sera la vie. La succession de choses dont on ne veut pas. De la souffrance. Des pleurs. Des cris.
Quand on naît, on ne se dit jamais que plus tard, on arrivera à se demander pourquoi on est sorti du trou pour y retourner dans un autre. On ne se dit jamais que parfois on sera si bas, que la seule chose qu'on voudrait c'est disparaître, oublier toutes nos relations, nos liens affectifs, notre famille, notre peine. On ne se dit jamais qu'un jour notre cœur se brisera. Et même pas forcément à cause de l'amour, peut-être juste simplement à cause de la perte d'un être proche. A cause d'un drame. A cause d'une dispute. A cause d'une amitié perdue. A cause d'une confiance rompue. On ne se dit jamais qu'on sera malheureux comme la pierre et que malgré tous nos efforts pour tenter de trouver le bonheur, ça ne marchera pas. On ne dit jamais qu'on sera spectateur du bonheur de tout le monde autour de nous, mais jamais du nôtre. Parce qu'à nous, le bonheur, ça nous est interdit. On se demandera pourquoi, toutes les nuits, toutes les journées, sans jamais trouver la réponse. Nous, on appartiendra à la race de gens qui ont rien fait pour être malheureux, qui ne savent pas pourquoi ils le sont, mais qui le sont quand même. On aimerait crier notre peine et notre souffrance au monde entier, seulement rien ne sort. Rien ne peut sortir. On oserait pas attirer l'attention des gens heureux. On oserait pas perturber leur bonheur et leur vie tranquille. On est les reclus, personne ne fait attention à nous. Personne ne voit notre détresse. On est entourés, mais on est oubliés.
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