Part.1

799 38 25
                                    

"Max, prends-soin de toi."

Tu dis ces mots et tu t'en vas. Je te vois traverser la porte de cette chambre d'hôpital et tout mon être rentre en alerte. Il me crie que cette séparation n'a rien de banale, que si tu pars c'est pour de bon, que si tu t'en vas, tu reviendras pas. Izzy aussi l'a compris, tu sais ? Elle me lance un regard pressant, un regard qui signifie "cours après lui", un seul regard et c'est suffisant, un seul regard et tout est permis. Alors tout mes muscles se mettent en marche, partent à ta poursuite, rentrent en action et je quitte enfin cette pièce aux lumières blafardes, où je pourrais jurer entendre le douceâtre air de l'abandon.

Je te retrouve, adossé contre un mur, lorgnant sur une rose aux pétales fanés, et les larmes aux coin de tes yeux m'en disent bien plus que des mots l'auraient faits. Alors je m'approche consciencieusement, presque sur la pointe des pieds, parce j'ai peur que tu prennes peur, je tremble à l'idée que tu pourrais t'en aller.

"Magnus, merci infiniment d'avoir été là."

J'arrive à articuler ses mots alors que déjà tes pas commençaient à t'emporter loin de moi. Tu t'arrêtes enfin, te retournes, me fais face, et à cet instant tu sais ? Je donnerais tout pour qu'on s'enlace. Mais il n'en est rien, mes mains n'atteignent pas les tiennes autant que ton regard ne rencontre pas le mien. Pourtant je voudrais te montrer que ta présence, quoique distante , me transporte en des lieux où la guerre n'existe pas, où les rires rebondissent sur les murs et où de la mort, on ne se soucie pas. Je voudrais même te crier que dans le pire des cas on s'en fiche, que tant qu'on s'appartient...Ça ira. Mais je n'en fait rien, mes lèvres demeurent scellées. J'assiste impuissant à la construction d'un mur qui sépare nos deux esprits, d'une barrière que sans le vouloir, j'avais participer à édifier.

"Je suis ravi que Max aille bien."

Tu penches la tête doucement puis tente d'afficher un léger sourire. Mais ta tentative reste vaine. Je peux te voir d'ici tenter d'entraver tes sentiments, de revêtir ton masque pailleté, et dissimuler ta peine. Pourtant mon amour, depuis le temps, tu devrais déjà l'avoir compris. T'as jamais réussi à te cacher, à berner mon instinct, à soustraire à mon regard ton âme meurtrie.

-"Je suis désolé."

Je lance ces mots à la volée, mais je le suis sincèrement et je sais que tu le comprends. Je désespère juste de te voir l'accepter.

- "J'aurais dû te dire à propos de l'Épée Mortelle. Je sais que j'ai fait une erreur."

Tu m'as révélé ton passé, les cicatrices boursoufflées qu'il a laissé, toutes les trahisons que t'as dû endurer. Tu m'as ouvert ton coeur en deux, m'as paisiblement laissé l'autopsier, et moi tel l'idiot que je suis, avec un mensonge j'ai tout gâché.

- "Mais toi et moi... On finis toujours par revenir l'un vers l'autre. Magnus, je t'aime."

Je murmure ma dernière phrase tel un secret, parce que j'ai peur que la guerre m'entende, je souffre en supposant qu'elle, elle nous séparerait. Mais j'ai tord, elle en serait pas capable, pas vrai ? Dis moi qu'on l'a laisserait pas faire, invente moi des batailles où on triompherait. Dis moi que de toute manière on a pas le choix, que notre devoir c'est de le protéger, ce bien précieux qu'on a, cet amour éternel et passionné.

"Je t'aime aussi."

Ou, t'as raison, simplement dis moi ces mots. Pas de grand discours, pas de fioritures, pas d'impostures.

"Mais..."

"Mais" et mes jambes se mettent à chanceler. Je voudrais m'enfuir en courant, ne pas être témoin d'une chute que je sens tragique, d'un final auquel je ne veux assister. Pourtant tes lèvres se remettent vite en mouvement et mes pieds à l'inverse, au sol, demeurent bien ancrés.

Mordorés.Où les histoires vivent. Découvrez maintenant