Nous avons passé la douane, puis nous sommes arrivés dans la grande salle d'embarquement. Ici, je me suis mise à écouter de la musique,et à regarder le grand dessin exposé sur le mur du haut : « Il y aune énorme fresque sur le mur en haut, dans la salle d'attente de l'embarcadère. Couleurs pastels. Je crois qu'elle représente une sorte de couloir. Et un gros soleil, qui porterait des vagues de rayons ensoleillés. »
Pour sortir de la salle, il a encore fallu que l'on présente nos papiers.Ensuite nous étions enfin face à la mer, un des ports de l'Océan Atlantique. L'embarcadère qui allait nous mener à une terre inconnue nous attendait. Il m'a semblé énorme, le vent soufflait,les gens se dirigeaient dans ce couloir improvisé jusqu'à l'intérieur. Ouvert dans le bas, un escalier raide, et nous voilà encore à montrer des papiers à une dame. Moi, je regardais les gens, et la première salle qui s'offrait à nous.
A 20h58, j'étais dans la couchette du bateau. Du souvenir que j'en ai gardé, depuis cette année écoulée, la couchette était étroite et je n'y suis pas restée très longtemps. Juste le temps de quelques six ou sept heures peut être, mais malgré la fatigue ce qui nous avait attiré ma sœur et moi était la nuit dans laquelle s'engouffrait le bateau. Les vrombissements du moteur et l'odeur des vagues donnaient tout entier cet effet de dépaysement. On ne se rend jamais mieux compte que nous sommes réellement loin de chez soi, du moins je préfère dire loin de tout ce que l'on a l'habitude de vivre, que lorsque nos sens nous le font sentir inconsciemment. La vue, l'odorat, le touché, l'ouï, sont ceux qui nous disent :regarde comme tu es loin, regarde ce que le monde t'avait caché,regarde, écoute, sent, et touche de tout ton corps et imprime de toute ton âme tes premiers instants de tes premiers voyages.
Leport de Dakar s'était éloigné dans sa brume de pollution, etpendant bien vingt minutes je mettais mise, comme beaucoup d'autrespassagers, à observer notre départ physique de la capitale. Car mon esprit bien sûr ne pouvait se douter de ce qui l'attendait là bas.« Là-bas », c'était trop vague encore. Ce n'était que des noms sans couleurs, sans visages et sans odeurs. Des noms sans forme. Des étiquettes sans sens. De l'abstrait. Même une peinture détaillée aurait été elle aussi trop vague. Des photos ne peuvent suffire non plus. Mon esprit seulement pouvait imaginer ce qui peuplerait bientôt ces lieux qu'on lui indiquait. Il ne pouvait que créer des idées de cette carte qu'on lui traçait, mais rien ne pouvait être vrai, si ce n'est qu'on y trouverait de l'universel. A proprement parler oui,nous y avons trouver la même chose que chez nous, et je m'amuse beaucoup en le disant : de l'attente, des papiers, des hommes et des femmes, des petits, des restaurants, de la nourriture, des lieux religieux, des boutiques, des routes, la nature, l'environnement. En fait, tout dépend de ce que l'homme a fait, fera ou est en train de faire de son milieu. La seule différence est ce qu'il y a dans nos habitudes : ce que l'on appelle culture, ou coutumes. Rien de moins faux, et rien de plus vrais.
Sur le pont, au début du voyage, nous avions rencontré des connaissances de François : son cousin, une dame avec sa fille et sa petite-fille. Avant que le bateau ne démarre, je me rappelle de ce repas qui n'a pas beaucoup fait rire ma sœur. Des œufs et du pain sur le bateau, qui était face au vent. Pour nous mettre à l'abri,nous sommes allés sur le côté, nous mangions face à la mer. Elle avait tout de l'inconnu et de l'irrégulier, elle m'apparaissait sombre, profonde, et maintenant que des jours et des jours sont venus s'ajouter à ce moment précis, je ne peux me souvenir avec exactitude de mes sentiments, de mes émotions. Je sais que j'ai toujours été un mélange de mélancolie et d'optimisme. Peut-être que l'inconnu et l'incertitude peuvent trop m'effrayer au point que je m'y jette dedans, car une fois que j'aurais trouvé la clef qui m'ouvrirai cette porte de la joie - ou je ne sais pas ce que c'est, du bonheur ? Du bien être ? une fois que je l'aurais trouvé,j'ouvrirai mille et une autres portes sans trop me préoccuper de la catastrophe à suivre. Disons qu'il faut savoir penser aux conséquences mais pas trop devenir paranoïaque.
«Ce n'est pas dans un port que tu peux te rendre compte que tu es dans un pays différent. » C'est à quelques mots près la pensée dont ma mère nous a fait part ce soir là.
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Kassoumaï
AdventureLe tableau s'ouvre sur un méli-mélo d'images inodores, et certes intouchables. Sans que ma conscience le perçoive, comme des grains de sables ces photos sans contours s'envolent et dévalent le long de cette plage qu'est mon esprit. Un peu plus proch...
