2.Des rencontres que je ne risque pas d'oublier

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-Toc toc.

-Entrez!

Certes, dire à des inconnus d'entrer lorsque l'on est scotché à un lit d'hôpital et que l'on a réussi à se mettre à dos des personnes... pas très fréquentables, n'est peut être pas forcément la meilleure chose à faire. Mais j'avais suffisamment confiance en le fait que, si c'était a ma vie qu'ils en voulaient, ils n'auraient pas toqué gentiment. La porte s'ouvrit sur Charlotte, une fille en 3eme à Bobby's school (comme moi d'ailleurs), et pratiquant activement le demi-fond. Il me semble qu'elle est également dyslexique. C'est tout ce dont je me souviens. Elle avait l'air plutôt sympa bien que un peu froide, et pas du tout du genre à aller contre les règles. Autant dire qu'on n'avait pas grand chose en commun. Elle me fixa du regard quelque secondes mais ne sembla pas me reconnaître.

A vrai dire, je doute que quiconque ne sache qui je suis à Bobby's school malgré le fait que j'y suis depuis un certain temps. Peut être que je devrais aller en cours au moins une fois de plus, ne serait ce que pour me faire connaitre?

Et puis quoi encore. J'avais fructueusement réussi à éviter tout les abrutis de mon âge pendant plusieurs années et je voulais y retourner pour satisfaire mon ego? Jamais de la vie. A vrai dire, je ne comprenais même pas pourquoi mes parents continuaient à me réinscrire, même après que j'eus commencé a sécher les cours. Et à boire. Et à me droguer. Et... Bah ce n'est pas vraiment important.

Mes formidables géniteurs ont toujours été convaincus que ma mémoire était un don et que j'étais destinée à de grandes choses. Quelle belle connerie. Ce "don" est une malédiction. Certes, c'est sans doute utile pour les études, même si je ne peut pas vraiment en attester personnellement. Mais est ce que vous savez ce que ça fait de ne jamais oublier une insulte, une défaite, un échec? De pouvoir rejouer les conversations dans votre tête indéfiniment, et finir par vous rendre compte que tout le monde ment? Et comment est ce que vous pourriez pardonner quoi que ce soit a quelqu'un, alors que vous vous souvenez de tout ce qu'il a fait comme ci c'était hier? C'est impossible.

A moins que tout ça ne soit que des prétextes pour me justifier du déchet que je suis devenue?

Après une conversation pathétique et plutôt cliché avec son "ami", Charlotte finit par quitter la pièce après une dernière remarque sur... des téléphones cassés? J'ai beau me considérer comme une personne intelligente, je n'ai pas vraiment compris. Mais peu importe.

Germain (dans la même classe que Charlotte, pratiquant l'italien et jouant à Minecraft) semblait bizarrement triste malgré le fait que ses sentiments se soient révélés réciproques. Me jetant sur l'occasion de faire autre chose que ruminer mes pensées et me remémorer l'accident, je lui demandai quelle était la raison de sa mélancolie.

- "Ah? Euh et bien, elle m'a clairement fait comprendre que je devais choisir entre elle et ma passion: celle ci me "détruirait de l'intérieur" soit disant... Mais je n'ai pas envie d'arrêter! C'est juste plus fort que moi..."

Oh. Tout de suite je me suis sentie un peu plus concernée. Après tout, l'autodestruction ça me connait. Et oui, à mon grand désarroi, je ne me suis pas retrouvée à l'hôpital après un combat épique contre des bad guys ou quelque chose comme ça. Non, je suis ici parce que j'ai volé une moto après avoir un peu trop bu et ai failli tuer un piéton. Autant dire que je ne suis pas très fière de ça. Même si c'était quand même distrayant.

-"Et bien tu as juste a faire un choix. Ta petite amie ou ta passion. Le choix est facile a mon avis."

-"Ah oui?"

-"Abandonne-la. Si elle ne te comprend pas maintenant elle ne te comprendra sans doute jamais. Et a quoi bon se sacrifier pour elle si tu n'as aucune garantie que votre relation va durer? De toute façon, ce n'est pas comme si tu n'allais jamais retrouver l'amour."

A l'écoute de mes paroles, je vis son visage perdre toutes ses couleurs et il me regardait maintenant d'un air choqué. Je mentirais si je disais que ce n'était pas absolument hilarant.

-"Ne me dis pas que tu songes sérieusement à la quitter après ce que je t'ai dis? Franchement je ne comprends pas comment elle a pu tomber amoureuse de quelqu'un comme toi. L'ironie? T'as déjà entendu parler?"

-"Ah euh c'était une blague?"

J'éclatai de rire devant sa mine déconfite et ses mots plus qu'hésitants. Certes c'était un peu cruel mais mon autre façon de m'amuser avec les gens aurait probablement été encore moins à son gout si vous voulez mon avis.

Et puis, flirter avec des personnes en couple est généralement plus source d'ennui qu'avec des célibataires, croyez-moi. Mais, pour être parfaitement honnête, si une chaise ou un baobab avaient ne serait ce que 1% de chance de réagir de façon amusante a mes provocations, je le ferais sans hésiter.

-"Je pense que elle a le droit d'avoir quelques exigences et puis, j'ai bien vu que elle s'inquiétait réellement pour toi, même si elle tentait assez pitoyablement de le cacher. Et puis j'imagine qu'elle est plus importante pour toi que ta passion, non?"

-"Oui, évidemment."

-"Alors tu sais ce que tu dois faire."

A ce moment là, quelqu'un toqua à la porte. Je me tournai vers Germain d'un air interrogatif.

-"Entrez!" Fut sa seule réponse.

-"YO!"
-"Du calme Ed tu vois bien qu'il n'est pas tous seul."
-"Yo, rage pas Hel tu vois bien que je dérange personne!"

J'aimais bien ce gars. Pas du genre à s'embarrasser avec des formules de politesses inutiles. Il avait même apparemment fait exploser un ordinateur en cours . Malheureusement, je savais que je n'avais aucune chance avec lui, car il était plutôt évident pour moi que je n'étais pas vraiment son genre.

Au sens propre comme au figuré.

Quand à la fille, je n'avais étonnamment jamais entendu parler d'elle. Elle était probablement en 3eme également, et semblait plus réservée que son ami. Elle faisait sans doute de l'escalade ou quelque chose comme ça vu les ampoules sur ses mains.

Je sentais que ces deux là était des gens plutôt intéressants.

-"Alors Germain, c'est vrai que tu es avec Charlotte maintenant?" Demanda Hel.

-"Et oui. Je ne pense pas qu'elle voulait m'avouer ses sentiments, mais elle y a été un peu poussé on va dire."

-"Yo, comment ça?"

-"Et bien a vrai dire ... Euh comment tu t'appelles au fait ?" M'interogea t-il en se tournant vers moi.
-"Mélodie."
-"Ok moi c'est Germain lui c'est Ed et elle c'est Hel."
-"Je m'en souviendrai. Croyez-moi."
Et parce que c'était drole, je fis un clin d'œil appuyé à Hel en disant cela. Vu la nouvelle couleur cramoisie de ses joues, je peux affirmer que c'est un succès.
-"Bon je reprends, alors je discutais paisiblement avec Charlotte lorsque nous avons brusquement été interrompus par quelque chose qui ressemblait à : VOS GUEULES ET ALLEZ BAISEZ AILLEURS."
-"Euh si je puis me permettre, j'étais beaucoup moins vulgaire que ça."M'offusquai-je légèrement
-"A peu de choses près."
-"Yo, par contre Germain c'était bien sympa mais on doit vraiment y aller on doit bosser sur un exo de maths, un truc infâme je te dis pas..."
-"Pas de problème, merci d'être passés en tout cas."
-"A bientôt Germain! Repose toi bien!
Et euh au revoir Mélodie."
-"Et à bientôt j'espère. On sait jamais, tu pourrais avoir envie d'escalader autres chose que des murs..."
Comme tout à l'heure, cette remarque suscita un vif afflux de sang au niveau du visage de ma cible. Oui je sais, je suis absolument irrécupérable. Mais que voulez vous, c'était plus fort que moi. Elle me jeta un dernier regard noir avant de quitter la pièce, suivie de près par Ed.
Je pressentais que ce n'était pas la dernière fois que je les voyais.

La vie originale des élèves de Bobby's schoolOù les histoires vivent. Découvrez maintenant