Chapitre XI

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Debout l'un en face de l'autre, ils s'affrontaient du regard. D'une part, un regard d'acier et de l'autre, un ciel en plein orage.

-Alors comme ça, tu me manipulais dès le début. J'aurais dû m'en douter. Vous n'êtes pas si innocente que cela en fin de compte. Un esprit tordu dans un corps...un corps...

-Économisez votre salive M.Frost, car vous en aurez sûrement besoin devant un jury. Bien que vous ayez plus de droit sur elle que moi, je compte récupérer Christal.

Ce changement d'attitude, de ton et la remise en place de ce vouvoiement envoyait un message clair à l'homme en face d'elle: elle venait de briser entre eux toute complicité.

-Ne croies pas pouvoir lutter contre moi et mes avocats, car tu le sais aussi bien que moi, je gagnerai coûte que coûte.

Ça, Ève la savait déjà. Mais elle ne se laisserait pas abattre.

-Alors comme ça, vous serez prêt à vous battre pour elle. Ça c'est nouveau. Un père qui ne connaît rien de son propre enfant,même pas l'écriture de son prénom. Je vous savais insensible et sans coeur, mais je ne me doutais pas que vous étiez incapable d'aimer!

Gabriel allait répliquer, mais ayant été touché au plus profond de son amour propre, il préféra ne rien dire.
Pourtant, une belle journée s'était annoncée.
Ève avait eu  bon espoir de parvenir à lui dire la vérité, mais il était bien trop tard maintenant. Et elle savait qu'elle l'aimait. Ses propres paroles résonnaient dans son coeur comme des couteaux bien effilés, mais elle devait tenir bon et ne rien laisser paraître.

-Ma soeur vous aimait, elle aurait donné sa vie pour vous. Mais il a fallu que vous fassiez l'imbécile en la trompant et en provoquant ainsi sa mort prématurée. Je vous hais, je vous hais.

Gabriel la regardait toujours, mais ne disait rien. Il semblait ne pas être touché par aucun de ces mots. Déjà qu'il parlait peu mais là, c'était vraiment très mauvais signe. Ève aurait bien voulu qu'il fasse l'humour comme d'habitude, ils auraient bien ri et tout serait rentré dans l'ordre mais il ne fit rien. Ce jour là, Ève sentit mourir une partie d'elle, l'autre partie luttant pour pouvoir garder toujours auprès d'elle sa petite nièce Christal.
   Comment un moment aussi parfait, aussi magique, s'était il transformé en vrai champs de bataille? Elle se le demandait. Elle regretterait certainement ses mots, mais plus tard. Car pour le moment, elle voulait tenir tête à cet homme.

Pendant un instant, elle crut déceler de la tristesse dans ses yeux, mail il détourna vite le regard. Est ce qu'il était blessé par ses mots? En tout cas, Ève l'était elle Ou faisait il semblant? Serait ce en rapport avec le terrible souvenir de la mort tragique de sa soeur? Non, impossible, cet homme ne ressentait rien...pas de sentiments ni d'émotions. Rien du tout.

-Ramenez nous, je pense que cela suffira.

Lui dit elle d'une voix claire et nette.
Mais il ne broncha pas.

-Vous avez entendu? Je vous ai dit de...

Elle ne finit pas sa phrase qu'il l'interrompit

-J'ai entendu, et j'ai très bien compris "Ève".  Dit il en mettant son accent sur le Ève. Pour lui rappeler que désormais, il la tenait.

-Ah et bien merci de m'écouter. Ramenez nous maintenant.

Il regarda dans sa montre, puis secoua la tête.

-On est arrivé il y a à peine une heure, je ne vais pas gâcher l'accroissement naturel de Christal pour quelques insignifiantes personnes.

Touchée au plus profond de son amour propre, Ève crut défaillir, "insignifiante", c'est ce qu'elle était donc à ses yeux? Armée de courage, elle riposta

-Mais vous ne manquez pas de toupet!! Moi, insignifiante? Qu'aurez vous fait sans moi? Sûrement rien. Et qui c'est qui vous a civilisé?

-Ah et bien cela n'a pas marché.

Puis sur un ton beaucoup plus sérieux il reprit en s'avançant vers elle, menaçant

-Jusque là, Ève, c'est toi qui a mené le jeu. Mais désolé chérie, je prend les choses en main. On va jouer dorénavant selon mes règles.

La plus douce des revanches [ en correction]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant