Chapitre 7

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Chapitre VII


Aux alentours d'une aire d'autoroute, non loin de Francfort (dix kilomètres), le ciel s'éclaircit, laissant place à un ciel bleu-gris. En revanche, la moto de Maeva et Aiden n'a pas supporté les tirs de roquettes dont les débris projetés ont percé le réservoir de carburant. L'endroit où ils se trouvent est situé sur l'autoroute A67 où beaucoup moins d'épaves de voitures y traînent. Le relais est intact, les portes et les fenêtres sont barricadées. À chaque moment, Aiden et Maeva ont plus une impression de désolation que de fin du monde, au fur et à mesure qu'ils roulent à travers le paysage désert.

Le seul problème immédiat, c'est le manque d'eau. La bouteille d'eau de Maeva est vide et les deux tiers de celle de Aiden ont été bus. D'ailleurs, Maeva remarque rapidement que les traits de Aiden sont de plus en plus tirés et ses lèvres gercées. Elle craint qu'il se déshydrate. Elle a peur aussi de finir comme cela.

Un ventre vide, c'est différent – un être humain peut se passer de nourriture un certain temps – mais le manque d'eau est un problème bien plus grave.

Le relais routier est désert, à une dizaine de kilomètres de Francfort, le paysage laisse place à l'autoroute A67 et des forêts de pins bordant chaque côté de l'asphalte à quatre voies. Aiden et Maeva descendent de leur véhicule qui n'est désormais qu'une épave.

"Tu peux réparer ?" demande Maeva.

"Le réservoir est mort et c'est pas de la soudure qui va le réparer, on va devoir continuer à pied."

"Trouvons d'abord de quoi boire et manger."

"Certes."

Aiden se relève et se dirige vers la porte d'entrée de la station routière. Des planches en bois sont clouées derrière la vitre qui est fragilisée. Prenant son couteau, et d'un coup de manche, la vitre se brise et Aiden ouvre la porte, entre à l'intérieur suivi de près par Maeva qui tient son .357, chargé et prêt à être utilisé.

Le duo se sépare, chacun cherchant de son côté. Aiden ne tarde pas à découvrir que l'endroit empeste le moisi, les excréments et la mort. Il trouve une dizaine de cadavres entassés dans une petite pièce au fond de la réserve mais par chance, il réussit à trouver ce qu'il cherchait : de l'eau.

De son côté, Maeva trouve des gâteaux, des barres de céréales, des canettes de soda et des sandwichs sous vide.

Ils reprennent la route quelques instants plus tard. S'éloignant de l'aire d'autoroute et continuent vers l'ouest. L'étendue de forêt s'étire jusqu'à l'horizon, et nos deux voyageurs n'en voient pas le bout. Le ciel s'assombrit à nouveau, le bleu vire au gris et le vent fraîchit, tandis que Aiden et Maeva commencent à prendre la bretelle allant vers la frontière franco-allemande.

Marchant derrière Maeva qui a un pas vif, les yeux cachés par ses lunettes de soleil, Aiden marche la tête basse, l'air grave et réfléchit. Quelque chose semble le tracasser mais qu'est-ce que c'est ? Peut-être le voyage ou alors ce qui s'est passé chez les Muller... Il enlève ses lunettes pour les essuyer.

Un reflet sur le verre gauche interrompt le cours de ses pensées. Il jette un coup d'œil derrière lui. Curieux. Durant une fraction de seconde, au moment où il lui a semblé voir une tâche floue et furtive, il a senti quelque chose dans sa nuque, une sensation fugitive, comme le baiser de lèvres glacées. C'est peut-être son imagination, mais il lui a semblé voir quelque chose au loin...

Il regarde de nouveau et ne distingue rien derrière lui que la chaussée qui s'étend et disparaît dans un virage.

"Tout va bien ?" demande Maeva inquiète.

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