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        Notre toit était carré, d'ailleurs comme la plupart des bâtiments du pays, mais je l'aimais assez bien. C'était magique, du moins à mes yeux.

J'avais douze ans et, à cet âge, on imagine des choses. Ma baguette en main, je lançais des enchantements sur ces maudits édifices anguleux, dépourvus de formes et de charme, espérant qu'un jour j'en transformerais quelques-uns selon mes envies — ou à l'image des décors de mon MMORPG favori. J'avais demandé à ma mère pourquoi nos architectes ne donnaient pas d'importance à l'esthétique, comme dans les films. Elle m'avait répondu que j'étais peut-être né au mauvais endroit, mais qu'elle trouvait, contrairement à moi, nos bâtisses assez charmantes à leur mode.

« Mais pas à la mienne ! », avais-je pensé. Cette idée me frustrait : quand serais-je assez grand pour quitter ce pays et partir à la recherche de la terre où se trouvait ma place ? Ce que j'ignorais, cependant, c'était qu'un lieu susceptible de correspondre à mon idéal, comme dans mes jeux vidéo, se trouvait juste à proximité, et que l'un des plus grands mystères de mon enfance m'y attendait.

Septembre 2007. Ma première année de collège commençait : un nouvel établissement, des visages inconnus, des règles inédites et des normes différentes. Étrangement, cela me rendait heureux. Peut-être n'était-ce que le confort de garder mes trois meilleurs amis à mes côtés dans ce parcours ; peut-être que, bercé par cette idée rassurante, je ne percevais pas encore l'anxiété que tout ce changement aurait dû m'inspirer. Mah, Ab et Karim devaient sûrement être épargnés eux aussi.

Par ailleurs, le mois de la rentrée coïncidait avec le Ramadan, ce qui ne signifiait qu'une chose : moins de temps passé sur les bancs de l'école. Comme nous étions encore à quatre mois des grands examens, j'avais prévu — à tort — de monter mon personnage de jeu au niveau 100 le plus vite possible. À tort, car ce premier jour, je rencontrai une personne qui changea tous mes plans : Moun, un garçon de mon âge.

Qu'avait-il de si spécial, ce gars ? Il était incroyablement décontracté, voire détaché de nos soucis communs. Mais surtout, il habitait une demeure bâtie selon mes goûts, dans une résidence organisée à mon image. Là où devait être ma place. Sa maison était plus petite que la nôtre, mais bien mieux conçue, avec son toit pyramidal, une cheminée surmontée d'un nid, un jardinet avec quelques arbres et une balançoire. Il y avait un portillon, une allée et une jolie porte en bois usée. Je pouvais apprécier tout cela à travers la vitre du bus scolaire : ce lotissement verdoyant, ces arbres entourés d'une muraille robuste comme celle d'un palais, encerclant un cœur que je ne pouvais pas encore voir.

J'aimais ce coin caché que nous atteignions chaque matin en traversant un long corridor de verdure. Je l'adorai instantanément. Alors, en guise de présentation, je demandai à ce garçon ce qu'était cet endroit. Sa réponse fut, tout naturellement, une invitation à venir le découvrir moi-même.

Je me souviens avoir répondu : « J'emmène trois potes. »

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