III

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                  « Lost inside my head behind a wall. Do they hear me when I call ? »

Pendant un long moment, je me pris à espérer que les trois bêtes ne nous attendaient pas. Cet optimisme fut balayé, plus vite encore que je ne l'eusse imaginé, par des aboiements féroces. Ils se tenaient là, devant nous, barrant le passage. Aucun d'eux ne bougeait de son poste, mais j'aurais préféré qu'ils nous prennent en chasse, qu'ils se décident à faire un mouvement. Ce face-à-face, où ils se contentaient de nous hurler dessus, me fit perdre tout sang-froid. Je fus le premier à dégainer mes projectiles, mais ils les ignorèrent. Peut-être qu'à cause de la panique, je visais mal — très mal —, mais je ne pus m'empêcher de songer qu'ils étaient simplement trop puissants pour s'inquiéter de nos maigres menaces.

Je m'apprêtais à faire volte-face et à détaler quand la main de Mah se referma sur mon épaule. — Si tu cours, tu les provoqueras. Reste calme. Mais comment faire ? Je n'étais pas rompu aux aventures comme mes compagnons ! Dans ma tête, je blâmai mes parents de m'avoir trop protégé.

C'est alors que, surgi de nulle part, apparut un homme. Un vagabond sans doute, barbu sous un chapeau de paille orné de deux nids d'oiseaux. Armé d'une canne et d'un grand sac, il chassa les molosses en hurlant des mots inintelligibles. Il nous assura en quelques mots que nous n'avions rien à craindre avant de s'évaporer entre les troncs.

J'aimais inventer des « back-stories » à tout le monde, et ce monsieur n'y échappa pas : c'était sûrement un mage de la forêt. Même s'il ne s'agissait que d'un corridor d'arbres, peu importait : ce sorcier venait de nous accorder la permission d'explorer son territoire. Nous étions désormais sous sa protection.

Cette pensée me rassura, mais je n'en soufflai mot à personne, pas même au spectre de Cha qui flottait à mes côtés ; elle en aurait ricané.

La muraille paraissait titanesque maintenant que je me tenais à ses pieds, sans aucune cloison pour me protéger. Le gardien se leva de son petit siège en nous apercevant et nous lança d'un ton presque boudeur : — Que voulez-vous ? Je paniquai. Je réalisai soudain que nous n'avions pas vraiment l'air de visiteurs officiels, mais plutôt de gamins venus faire des bêtises dans une résidence que cet homme devait surveiller. Grand Dieu ! Si mes parents apprenaient ce que je faisais en cet instant...

Je devais me ressaisir. Tout finirait par s'arranger, comme pour les chiens et la route nationale. — Nous venons voir un ami, il s'appelle Moun, lançai-je, priant pour que ce prénom lui suffise, car son nom de famille m'échappait totalement. — Ah, mais oui ! Bien sûr, entrez.

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