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Je changeai de tapis pour me diriger vers ma plateforme. C'était mon lieu de travail, je m'occupait des espaces verts de la communauté...des espaces verts en cage...

Mon endroit préféré était une bulle de verre contenant un véritable chêne ramené de l'Extérieur. Un grand chêne aux feuilles verdoyantes. Hélas, sous un soleil artificiel, tout comme les autres espaces verts de la Communauté composés de matériaux synthétiques qui laissaient échapper une odeur qui plaisait aux narines. Ce petit havre de paix était inaccessible depuis la Cité. Il se trouvait dans le Sanctuaire du Grand Maître.

Le Sanctuaire n'était accessible qu'aux Créateurs. Il renfermait bien plus que ce que l'on peut imaginer, comme une immense bibliothèque, une salle de jugement pour le bannissement, un lieu de culte au Grand Maître...

L'accès m'était autorisé seulement grâce à ma pathologie rare qui me permettait d'être insensible à ce que sécrétait le végétal naturel. J'étais donc la seule à pouvoir m'occuper du bien de cet arbre. J'aimais être auprès de lui, je me sentais étrangement plus proche de mes racines et de mes origines même si j'étais née par nidation. Mes pensées se perdaient souvent dans son feuillage et dans son écorce à la texture délicate.

Je travaillai tout le reste du jour puis, après ma collation du soir: poudre et pilules habituelles, je me dirigeai vers le lieux de rituels débats.

Il faisait noir et comme à l'accoutumée, il y avait peu de monde dans cette aile de la Cité.

« Psyché ? Résonna une voix dans l'immensité de la pénombre environnante.

- Eros ! » Répondis-je.

C'étaient les noms que nous nous étions donnés, tirés du premier livre qu'il m'avait conseillé de lire, une vraie antiquité qui datait d'avant le Renouveau. C'était aussi un de ses livres préférés.

Il sortit de sa cachette et me serra dans ses bras. Je me sentais irrémédiablement devenir écarlate.

Je me rappelais souvent du jour de notre rencontre. J'étais en train de tailler le grand chêne lorsque je l'avais vu sortir de la bibliothèque tenant un vieux livre à la main. Je ne l'avais jamais dénoncé à la Garde alors que je l'avais vu plusieurs fois commettre ce délit.

Un jour, j'avais poursuivi ce voleur jusque dans la salle tapissée de livres. Lorsqu'il s'en était rendu compte, j'avais promis de ne rien dire si, en échange, il me promettait de me transmettre son savoir. J'avais même fini par y aller plus souvent que lui. Depuis on se revoyait souvent et on parlait de ce qu'on avait lu et appris dernièrement.

Ce soir, il parut affolé :

« D'autres m'ont dénoncé... je crois que les Caméras me recherchent! »

Il fallait que je le calme, qu'il m'explique tout. Son affolement m'empêchait de penser ! Il me raconta tout ce qu'il savait. Il disait qu'il voulait me protéger, qu'il ne voulait plus qu'on se revoit. Il ne voulait pas m'entraîner dans sa chute. Mais il balbutiait et sa mauvaise excitation ne faisait que me stresser, je ne comprenais pas ce qu'il disait.

Sans hésiter, je le serrai dans mes bras essayant de l'apaiser. Il tremblait mais finit par se calmer me serrant à son tour dans ses bras rassurants. Je lui murmurai : « Tu ne dois pas t'inquiéter pour moi. Si je plonge c'est seulement pour essayer de te sauver, et si je me noie avec toi, plus rien ne nous séparera.»

L'alarme retentit. Malgré mes objections en faveur de notre protection, il ne voulut pas me quitter. On fut enfermé dans la même cellule. C'était la première fois que j'allais dormir avec un autre, et ce n'était pas n'importe qui à mes yeux.

Ce soir là, j'avais trompé Morphée, j'avais rejoint les bras d'Eros.

Bunker 92Where stories live. Discover now