Erwan bâillait, le nez encore enfoncé dans l'oreiller tandis que Nora avait déjà ouvert son ordinateur de poche et regardait la prévision météo, et s'exclamait de la douce brise annoncée ce jour-là. Erwan était immanquablement surpris qu'elle pense chaque matin à rechercher cette information alors que toujours dans les brumes du sommeil, il n'était capable d'imaginer au dehors de la résidence que la noirceur et froideur des profondeurs. Il lui fallait un peu de temps au réveil pour réaliser qu'il était en surface. La maison de Nora ne l'aidait pas vraiment. Construite pendant la GT, elle n'avait que très peu de fenêtres et était tassée sur elle même. Son vieux système de ventilation mécanique entretenait même l'illusion en craquant régulièrement en plus des bruits de soufflement. Nora s'en plaignait parfois, mais c'était au contraire des sons apaisant pour Erwan qui en avait entendu de semblables toute sa vie dans les bulles des stations et des villes des abysses.
« C'est un temps à pique-nique », pensa-t-il, sûr qu'elle allait le lui proposer. Comme c'est étrange que l'on puisse changer le planning de la journée en fonction d'un paramètre aussi aléatoire que les conditions météo. Pour lui, la température et l'éclairage étaient des constantes qui n'avaient d'autres sens que comme consignes pour les automates du bâtiment, pas quelque chose qu'on regardait chaque jour. Toute la semaine, il avait travaillé avec la corpo de maintenance du quartier. Il n'avait pas beaucoup de besoins financiers dans sa vie avec Nora, et les payements des missions de pilotage pour la Bolding S.A. étaient amplement suffisants. Mais il ne pouvait pas se permettre de rester inactif sur son compte d'impact. Du moins, pas avec leur mode de vie actuel. Ils se déplaçaient souvent, ne mangeaient pas systématiquement dans les restaurants communautaires... Tout cela avec bien sûr des conséquences environnementales qu'il fallait compenser. Le travail de Nora remédiait largement à tout cela d'après les bilans de la Bolding S.A. Mais ce n'était pas le cas pour Erwan qui devait donc avoir des activités à impact positif. L'entretien des égouts et gouttières du quartier avait été de ce point de vue particulièrement rentable. Les citernes d'eau douce étaient très importantes dans la région.
En passant prendre le petit déjeuner chez Max, le café communautaire, ils commandèrent de quoi manger pour leur pique-nique. Puis, ils réservèrent des vélos à la gare à proximité de la forêt Homochitto. Enfin, ils se préparèrent et allèrent attraper leur train. Arrivés à Meadville, ils enfourchèrent leurs vélos et s'enfoncèrent dans la forêt. Les arbres étaient trapus, souvent tordus avec des troncs et de hautes branches cassées, comme des bonsaïs qu'un enfant aurait maltraités. Des millions d'années de sélection naturelle avaient poussé les végétaux à croitre au plus vite pour accaparer autant de lumière que possible. Mais la GT avait été impitoyable avec les arbres les plus grands. Le génome n'avait pas eu de temps de changer, et les plantes qui se brisaient à la base, ou celles qui ne supportaient pas de perdre une branche de temps en temps étaient mortes depuis belle lurette. Ils arrivèrent enfin dans une clairière ou ils s'installèrent confortablement, se chauffant au soleil partiellement caché par les feuilles qui bruissaient. Nora sortit une couverture qu'elle étala sur l'herbe.
— Je mets une alarme à 3 heures. Comme cela, on pourra attraper un train pour rentrer avant l'averse, dit-elle.
— Cette fascination pour la météo est clairement une différence culturelle entre nous, tu sais ?
— Comment ça ?
— Vous regardez les prévisions météo plusieurs fois par jour et vous vous organisez en conséquence. Je suis sûr que la dernière rame avant la pluie sera bien plus bondée que les autres, dit Erwan, ses yeux continuant de virevolter d'une feuille à un nuage, d'un brun d'herbe à un insecte, intégrant sans le réaliser tout son environnement.
— Bien sûr, ce serait idiot de ne pas y faire attention et de se retrouver trempé. Cette pluie n'est pas prévue pour être intense, mais il vaut mieux être prudent reprit Nora regardant Erwan en essayant de comprendre où il voulait en venir.
YOU ARE READING
Entre les mailles
Science FictionPendant des siècles, l'humanité a subi les coups de boutoir d'une météo déréglée par le changement climatique. La société s'est transformée face à l'évidence. Certains se sont enfoncés sous les flots pour se soustraire à la fureur des éléments, créa...
