Gaël 🌊(30)

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Tu peux lancer cette balle contre le mur cent fois, la situation ne changera pas.

J'étais fâché. Jamais auparavant Fifla m'avait rejeté comme cela.

Enfin, jamais Leilah ne m'avait rejeté comme ça.

C'était toujours difficile d'assimiler que ces deux personnes n'étaient en fait qu'une seule. La magnifique blonde vivant à côté de chez moi avait jadis été ma meilleure amie.

J'avais tiré mon rideau histoire de lui donner son intimité...ou peut-être voulais-je au fond qu'elle sache ma peine face à son rejet. C'était bizarre, elle n'avait pas besoin de moi. Nous avions toujours eu besoin l'un de l'autre étant plus jeune. Car personne du monde des adultes ne réussissait à nous comprendre. Mais le temps à fait sa marque, clairement que cette ère était révolue. Emma était maintenant une femme indépendante.

Je tirai légèrement le rideau pour voir de son côté. Elle n'était pas à la maison.

Je descendis à la cuisine. Ma mère prenait un thé en lisant tranquillement des fiches importantes pour son boulot. À mon apparition, elle ne leva même pas le regard, sachant très bien que j'étais loin de lui pardonner et que le chemin allait être long avant que la paix revienne dans cette maison.

Sans ménagement, je fouillais dans les armoires à la recherche d'un sac de chips perdu ou de vieux bonbons à grignoter.

-Tu n'avais qu'à descendre souper si tu avais faim.

Nouvelle tactique: ignorance.

-Gaël.

-Il n'y a pas de Gaël qui tienne.

Bon, on abandonne plan silence.

-Madeleine, laisse-moi tranquille.

Ce fût comme un coup pour elle, même dans les pires moments, c'était "Maman", pas de Madeleine. C'était banni sous ce toit l'utilisation des prénoms face à l'autorité parentale. C'était maman, pas Madeleine et je savais que cela l'affectait car je n'avais jamais utilisé son prénom avant aujourd'hui. Je voulais la faire souffrir en touchant chaque coin que son armure de pierre ne recouvraient pas. Premièrement en lui faisant savoir qu'elle avait perdue son titre, ainsi que mon respect.

On se fixa un long moment, comme une bataille silencieuse. Elle reposa son regard sur ses dossiers.

-Les guimauves son sous les pâtes alimentaires.

Je ne la remerciai pas. Je quittai la cuisine avec un sac de croustilles sel et vinaigres et des guimauves, ce sera mon souper. Alors que je pausais mes pieds sur la table basse, confortablement assis dans le fauteuil pour regarder la télévision, une chevelure châtain que j'aurais reconnue parmi mille traversa la rue vers ma maison. Elle revenait probablement de la plage. Fifla s'arrêta dans mon entrée et hésita à venir vers la porte. Puis je la vis monter les marches de mon perron et arrêter quelques secondes, elle rebroussa chemin, puis revint encore vers la porte, pour finalement s'asseoir sur la dernière marche du perron. Je décidai de lui laisser le temps; quand elle sera prête, elle viendra cogner et j'ouvrirai la porte avec plaisir.

Mais le temps passa, je ne pouvais pas voir si elle était encore assis d'où moi j'étais. Ce devait bien faire 15 minutes que je zappais pour trouver quelques choses d'intéressants, assez pertinents pour me divertir. Et puis, à quoi bon?

Je sortis par la porte d'entrée, il faisait nuit mais Fifla n'était plus là. Emma était devant chez elle, tentant vainement d'ouvrir la porte avec ses clés. Mais le froid et le stress faisaient trembler ses mains comme une feuille de papier au vent. Dans un effort désespéré, elle tourna la poignée, mais la porte ne bougea pas d'un pouce puisqu'elle n'avait jamais réussi à rentrer cette foutue clé dans la serrure.

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