« - Ça va pas ? », fit-il, ses yeux gris semblant me percer à jour.
« - Si, ça va », murmurai-je, absente, baissant soudainement les yeux.
Je ne pouvais pas le regarder. Je reniflais aussi, c'était répugnant.
Il sortit un paquet de mouchoirs de sa poche, avant de m'en tendre un. Je le pris volontiers, fixant le sol, incapable d'affronter l'évidence. J'étais ridicule. Pourquoi les flashbacks reviennent toujours dans les moments les moins opportuns ? Ce genre de scène, j'étais habituée à les vivre le soir dans mon lit. Pas devant une vingtaine de personnes, les yeux rivés sur moi. Je déteste l'attention. Je ne vois simplement pas l'intérêt de se nourrir de l'inquiétude des autres, même lorsque le vide intérieur devient insupportable. Et bien plus que ça, je déteste montrer mes failles. Je l'ai compris avec le temps, plus on en montre, plus on est susceptible de se faire détruire. La plupart des gens sont mauvais, ou tout du moins pas assez forts pour canaliser leurs penchants destructeurs.
« - Ça n'a pas l'air d'aller pourtant », reprit-il, je présume qu'il cherchait mon regard, que je m'obstinais à cacher.
J'allais lui demander de me laisser seule et retourner avec le groupe, avant qu'il ne lance furtivement :
« - Non, ne reste pas seule », semblant lire dans mes pensées.
Il me prit pas le bras, m'entraînant près d'une palissade, où il me fit m'asseoir. Il s'assit à son tour à ma gauche, avant de me tendre un second mouchoir. Les larmes continuaient de couler, bien plus abondamment qu'avant. C'était la première fois que je me lâchais autant devant un inconnu. Je n'avais jamais pleuré devant qui que ce soit hormis ma famille. Mes yeux devenaient bouffis à force de pleurer, mon nez rougi par la chaleur de mon visage. Je me mordais les lèvres par anxiété, tout en osant finalement relever la tête vers lui.
Il regardait au loin, les poings serrés. Je ne le connaissais pas, mais je savais que ça devait le toucher. La plupart des personnes m'auraient juste laissée seule si je l'avais demandé. Il était beau. Pas parfait, mais beau quand même. Ses cheveux ébouriffés avaient l'air abimés par la décoloration. Il se détourna du paysage pour poser les yeux sur moi. Ses yeux translucides.
« - Viens, on y retourne », me lança-t-il.
Soucieuse d'avoir causé l'inquiétude autour de moi, je hochais la tête.
Il me tendit une main assurée, que je pris avec un peu d'hésitation. Elle était chaude.
J'avais oublié la chaleur. J'avais oublié le réconfort.
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the last tears
Teen FictionC'était une nuit, une sombre nuit d'été. L'espace d'une fraction de secondes, Lisa avait perçu l'inconcevable. Mais, et si l'inconcevable pouvait prendre l'apparence d'un jeune-homme de son âge ?
