Amaya, elle avait perdu sa virginité lorsqu'elle avait quatorze ans.
Lui en avait quinze.
C'était le soir du bal de troisième, quelques jours avant qu'ils ne disent adieu au collège.
« C'est ce soir où jamais », il lui avait murmurée à l'oreille.
Il lui avait demandée si elle était prête.
Elle ne savait pas.
Mais lui en avait envie. Elle le voyait dans ses yeux avides qui dévoraient son corps. Et, Amaya, elle voulait juste rendre les gens heureux.
Alors elle lui avait souri, d'un sourire un peu lointain, comme si elle repensait à un vieux souvenir nostalgique.
Il avait pris ça pour un oui.
Elle avait eu mal. Si mal. Et pourtant, son expression n'avait pas changé. On aurait dit qu'elle était là sans l'être. Que son esprit s'était évadé vers des contrées plus colorées, mais que son corps était resté bloqué dans la réalité.
Plus tard, lorsqu'elle était rentrée chez elle, dans cette grande maison vide, elle avait vomi dans les toilettes.
Elle s'était dit qu'elle avait dû manger trop de pizzas. Et qu'elle n'aurait pas dû tant abuser sur le coca, car elle pleurait. Mais la caféine lui faisait parfois cet effet là.
Amaya était seule, et personne ne lui tint les cheveux pendant qu'elle exorcisait le mal être qui lui dévorait l'estomac.
Où était donc sa famille lorsque c'était elle qui n'allait pas bien ?
Sans doute à l'autre bout du pays, en train d'assister à une conférence sur le développement des ondes-électromagnétiques.
Elle n'en voulait pas à ses parents de ne jamais être là pour elle. Elle comprenait.
Lorsqu'elle était plus jeune, sa mère lui tressait parfois les cheveux le soir. Elle était douce et sentait le thé au jasmin.
Elle aimait passer du temps avec Amaya. Elle lui demandait comment s'était passée sa journée et lui cuisinait son plat préféré.
Parfois, elle lui disait en riant qu'elle était le seul être normal chez eux.
Mais ce qui était à l'époque un compliment était devenu une déception au fil du temp.
Amaya, elle n'avait rien de plus que les autres. Même son sourire devenait parfois fade.
Alors pourquoi s'embêter avec l'enfant ordinaire, lorsqu'on en avait déjà deux extraordinaires ?
Les larmes finirent par se tarir et elle resta là, à observer cette chambre. Sa chambre.
Aucun poster, photo ou dessin n'ornait les murs. Il n'y avait que du blanc.
On aurait dit que cette pièce était inoccupée.
Qu'Amaya n'avait jamais existé.
Qu'elle n'était qu'une vague ombre dans cet univers immaculé, et qu'elle resterait ainsi. Un fantôme parmi tant d'autres.
Amaya n'entendit pas la sonnerie de son téléphone sur sa table de nuit. Cela faisait longtemps qu'elle n'était plus de ce monde, qu'elle avait rejoint celui de Morphée.
C'était un faible ding dans l'obscurité.
Il avait eu ce qu'il voulait. Puis il l'avait quittée.
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Amaya
Short StoryAmaya, elle n'avait jamais su ce que c'était de ne penser qu'à elle, d'être égoïste. Elle vivait pour les autres, dans le regard des autres, sans se rendre compte qu'on l'utilisait. JusteUnEcho | avril 2020 | 2442 mots | Les Artistes oubliés
