JOUR Z-2
Salle 209, Lycée Jules Ferry, France. Dix-sept heures.
Des vingtaines d'yeux fixés sur le téléphone et les larmes. Deux mains tremblantes. Un corps gelé.
« Enzo… ? Ça va ? » Priscilla regarda son ami assis à côté d’elle. Instinctivement, son regard suivit celui du garçon, et atterrit à son tour sur l’écran lumineux. Il n’avait pas ouvert la notification. Elle y posa donc son doigt pour accéder à l’application de messages. Elle ne savait pas encore ce qui était écrit. Tout le monde était curieux et en même temps inquiet, mais Enzo ne voulait que personne ne sache. C’était trop dangereux, trop angoissant, trop humiliant.
Petite bulle bleue. Nouveau message. Reçu il y a une minute. De Papa.
« Tu dois sortir du lycée. Personne ne viendra. Le périmètre est bloqué. Tous les réseaux y sont coupés, j’ai réussi à bricoler quelque chose pour t’envoyer un message. Les autres policiers reviennent bientôt, ce sera le dernier message que je t’enverrai. Votre lycée est un trou noir désormais, une zone blanche, aucun réseau. Personne ne peut rien faire. Vous devez vous échapper. Sors de là le plus tôt possible. Je te fais confiance, je sais que tu peux le faire. Je t’aime, fais attention à toi. »
Le visage de Priscilla se décomposa aussi. Elle n’avait pas de mots. Était-ce une blague ? Un mauvais rêve ? Une expérience sociale ? Elle resta figée près de son ami, pendant de longues secondes. Les autres élèves attendaient qu’un des deux lise le message au reste de la classe. Mais ils ne pouvaient pas. Essayer de comprendre et de digérer l’information était déjà beaucoup trop de boulot pour leur cerveau d’adolescent de dix-sept ans.
« Mais dites-nous ! » une des élèves s’impatienta. Elle arracha le téléphone des grandes mains d’Enzo. Il n’avait même pas la force de contester. La fille aux cheveux bouclés fronça les sourcils, et commença à lire le message au reste de la classe. Plus elle lisait, plus sa voix d’habitude forte et portante devint petite et tremblante. Elle leva les yeux de l’écran, une expression confuse sur son visage.
« Hum j’comprends pas trop là. Il parle chinois le mec. », la jeune fille commenta après s’être ressaisie. Sa voix était redevenue bruyante et amusée. Elle riait presque. Mais c’était juste pour essayer de se contrôler. Elle ne voulait pas y croire, pas comprendre, pas être dans le même état que les deux amis au sol.
M.Sanieux s’était levé. Lui, était paniqué. Sa bouteille d’eau entre les mains, il la serrait de tous les côtés, la tapa quelques fois sur le bureau, la promena sur son visage. Quoi faire ? Quoi faire ? Quoi faire ?
Personne n’osait parler. Mais une voix calme pleine d’interrogations brisa le silence.
« Mais c’est sérieux ?, demanda Estelle, les yeux fixés sur le sol. Ils vont vraiment pas venir ? Mais ça n’a aucun sens ? Ton père est policier et il peut pas venir ? » elle regardait maintenant le garçon assis par terre, attendant des explications logiques de sa part. Enzo connaissait son père. Mais Estelle connaissait aussi Enzo. Il n’aurait pas pleuré s’il n’avait pas pris le message au sérieux. Son père ne lui avait jamais dit « je t’aime », et c’était suffisant pour le garçon. Tout cela était vrai, il y croyait.
Estelle en tira la conclusion que le message était sérieux. Après tout, ils étaient bien en danger, la situation était réelle, comme le sang, les coups sur la porte, les alarmes. Mais jamais elle ne perdit son sang-froid. Elle pensait déjà à un plan de sortie, se remémorant chaque couloir, chaque porte, chaque mur du bâtiment. Elle ferait en sorte de les ramener sains et saufs, en utilisant son cerveau et son sens de l’orientation. C’était maintenant cela son but.
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Zombies à Jules Ferry
FanfictionPersonne n'aurait jamais pensé que les élèves, les professeurs, et les zombies silloneraient les mêmes couloirs du Lycée Jules Ferry. Cependant, leur sang tâchait tous les murs des bâtiments. Et encore moins de personnes auraient pu croire que l...