Partie I

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Dans une forêt dans les montagnes, je vis une voiture rouge se frayer un chemin - non sans difficultés - dans les branchages.

Après avoir dépassé un petit ruisseau qui se faufilait entre les grands chênes, la voiture s'immobilisa dans une clairière où le soleil perçait les épines des arbres. Deux personnes sortaient lentement du véhicule bouleversant le calme de la forêt et de ses sons.

La femme qui conduisait, d'une vingtaine d'années, avait une démarche dynamique qui faisait voler ses longs cheveux ondulés qui descendaient au dos de sa veste en jean ; elle s'appelait Lucie et s'adressait à son ami Winston :

-  Tu as mis l'appareil photo dans le coffre ? demanda Lucie à celui qui venait à peine de sortir du côté passager.

- Non, je l'ai posé sur le siège de derrière pour pas qu'il soit secoué mais je suis persuadé que ça a raté. On aurait dû prendre la départementale, ton chemin, c'était la pire de tes idées, répondit Winston agacé.

Lucie ouvrit donc la porte arrière et prit l'appareil empaqueté dans son étui de protection. Il valait sans doute beaucoup d'argent mais avait l'air d'avoir vécu. Lorsqu'elle le retira de sa carapace protectrice, un appareil argentique pas de la dernière jeunesse se révéla et scintilla sous les rayons de lumière. Pendant ce temps, Winston sortait le matériel d'escalade entreposé dans le coffre et sans surprise, tout était sens dessus dessous.

Ensemble, ils se mirent en route vers un arbre situé au milieu de la clairière qui était plus grand que tous les autres : un chêne. L'arbre était si grand qu'on eût dit que la distance qui séparait la voiture du gigantesque végétal semblait de quelques mètres. En réalité, cette distance correspondait à peu près à la longueur d'un terrain de tennis. Cet imposant fruit de la forêt avait l'air d'une véritable force de la nature qui a résisté à bien des tempêtes. Son tronc un peu plus sombre que celui des autres arbres environnants semblait dur comme la pierre et pourtant lorsque le vent se leva, il accompagnait tous ses confrères solidement enracinés dans le sol, balançant en avant puis en arrière au gré des bourrasques.

En regardant attentivement, on pouvait distinguer des crochets avec des mousquetons attachés à des piquets solidement ancrés tous les quarante-cinq centimètres dans l'écorce imperméable. C'est en levant les yeux tout là-haut que l'on pouvait y découvrir une grande cabane qui s'étendait le long des branches inférieures les plus robustes. Elle était constituée de planches de bois posées avec régularité. La structure se composait de murs, un toit qui comportait même de petites barrières clouées aux extrémités de la bordure du plancher qui faisaient le tour du tronc pour ne pas tomber.

Winston arriva en premier au pied de l'arbre en question. Il déposa toutes les cordes d'escalade qu'il portait. Il fit signe à Lucie qui s'arrêtait régulièrement pour prendre en photo un écureuil qui courait sur un tronc ainsi qu'un oisillon qui chantait ses premières notes installé depuis son petit nid de brindilles et de mousse. Après avoir ajusté ses chaussures, il cria à Lucie :

- Attends-moi là ! Je commence l'ascension, je t'envoie l'échelle dès que j'y suis, ajouta-t-il.

Il enfila son baudrier et redressa le casque qu'il portait déjà vissé sur sa tête. D'un éclair de lucidité, elle pensa soudain :

- Fais attention ! dit Lucie en s'arrêtant. Quand tu seras à sept mètres, il y a un mousqueton usé, n'exerce pas trop de forces dessus !

Tout en faisant son nœud d'encordement, Winston répéta les mots de Lucie pour se les ancrer dans sa mémoire, il pensa à voix haute :

- Sept mètres. Mousqueton. Usé, murmura-t-il en regardant le tronc.

Il empoigna fermement l'arbre de ses mains et enfonça les pointes d'escalade qu'il avait placées sous ses chaussures directement dans l'écorce du tronc. Petit à petit, Winston commença l'ascension.



En bas dans la forêtOù les histoires vivent. Découvrez maintenant