Kidnapper un adolescent n'était certainement pas la meilleure solution pour échapper à la police. En fait, c'était probablement la pire décision qu'Auphelius ait jamais prise. Mais c'était le seul moyen qu'il avait trouvé pour ne pas abandonner le garçon sur la route. Inconscient, ce dernier gisait alors à l'arrière, sa tête reposant exactement au même endroit que l'alto quelques dizaines de minutes plus tôt. Dans la panique, le brun avait laissé l'instrument volé sur le tapis de la voiture.
Kidnapper un adolescent, même si le terme lui paraissait légèrement exagéré, était de toute évidence la dernière chose à faire. Seulement, en apercevant deux voitures dotées de gyrophares sur le parking de l'hôpital, Auphelius avait compris qu'il ne pourrait pas entrer. Et l'adolescent semblait trop inconscient pour se rendre seul dans le bâtiment. Alors, le musicien avait patiemment désinfecté lui-même les plaies du garçon. Puis il s'était engagé sur l'autoroute, avec la ferme intention de déposer ce dernier sur la première aire possible, pourvu qu'il soit rétabli. Car si on disait d'Auphelius qu'il avait un cœur de pierre, ça n'était pas tout à fait exact. Le brun était froid, certes, mais pas complètement insensible. Bien que savoir qu'un être vivant, humain qui plus est, se trouvait dans son véhicule le rendait plutôt inconfortable.
Mis à part son admiration inexplicable pour les violoncellistes, Auphelius n'appréciait que très peu la compagnie des humains.
Un souffle soudain et teinté d'angoisse lui apprit que le garcon était toujours en vie. Tant mieux. Il ne manquait plus qu'un cadavre dans sa voiture pour que le musicien soit définitivement condamné. Un sourire amère envahit son visage à cette pensée. Auphelius ne croyait pas à la chance, ni à l'optimisme. Il se savait condamné, quoi qu'il arrive. Il croyait cependant au bonheur, pour l'avoir expérimenté en mouvant ses doigts contre les cordes de son trésor. Et malgré sa tendance à se croire perdu d'avance, il espérait que sa sentence tombe le plus tard possible. Il espérait qu'elle arrive lorsqu'il n'aurait plus la force de tenir son archet. Car contrairement à d'autres condamnés, lui avait une raison, unique mais précieuse.
Ses yeux sombres rivés sur la route, le musicien s'autorisa à sentir soulagé lorsqu'il réalisa la distance qu'il avait parcouru. Il se trouvait désormais loin, assez pour se penser libéré. Du moins, si il ne restait pas cet ultime lien qui le rattachait à sa ville. Avec un soupir frustré, Auphelius leva quelques secondes les yeux vers le rétroviseur. Sa dernière entrave avait un visage plein d'étoiles et une respiration anxieuse. Un peu naïvement, il espérait qu'il ouvre les yeux avant le coucher du soleil et qu'il demande à descendre, ce qu'Auphelius le laisserait faire avec plaisir. Puis, qu'il disparaisse loin derrière, qu'il rentre chez lui, et que le musicien soit enfin libre.
Seulement, son fardeau paraissait loin de se réveiller.
L'adolescent ruinait involontairement ses plans. Sa présence seule était un obstacle pour tout ce qu'il avait prévu, à tel point qu'Auphelius finit par se demander s'il pourrait jouer le soir même. Pas question de saisir l'instrument à côté d'un inconnu. Non pas qu'il avait peur de jouer devant des gens, il avait une confiance totale en ses capacités. Mais il estimait sa musique, peut-être un peu trop, et la considérait comme trop personnelle pour être partagée. On ne lit pas ses écrits au premier inconnu, comme on ne révèle pas son intimité à des étrangers. Pour Auphelius, cette intimité ne consistait qu'en cette musique passionnée sur laquelle s'acharnaient ses plus profonds sentiments. Il n'était le plus lui-même qu'avec ses mélodies, et cette véritable identité, complétée par son instrument, n'était accessible à personne.
Personne.
Auphelius soupira une énième fois. Chaque mètre qu'il parcourait le sortait un peu plus de ses pensées, la distance le rassurant autant qu'elle l'angoissait. Et le sommeil de l'adolescent était imperturbable autant qu'il était perturbant: comment pouvait-il dormir aussi calmement après un tel choc, même minoré par les réflexes du musicien ? Pourtant sa respiration indiquait avec certitude qu'il vivait toujours. Auphelius souffla à nouveau, cette fois plus profondément. Il fallait qu'il se détende. Qu'il imagine le futur, le plus proche possible, où il laisserait derrière lui cet inconnu et s'enfuirait enfin sans aucun poids. Il pouvait déjà sentir ces mots franchir ses lèvres: "Tu peux sortir. Dépêche toi. Pars."
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L'appel Du Vide
Teen Fiction" Silas 𝚊𝚟𝚊𝚒𝚝 dix-sept 𝚊𝚗𝚜, 𝚞𝚗𝚎 𝚊𝚜𝚜𝚒𝚜𝚎 𝚙𝚎𝚞 𝚐𝚛𝚊𝚌𝚒𝚎𝚞𝚜𝚎 𝚎𝚝 𝚞𝚗 𝚟𝚒𝚜𝚊𝚐𝚎 𝚛𝚎𝚖𝚙𝚕𝚒 𝚍'é𝚝𝚘𝚒𝚕𝚎𝚜. Auphelius 𝚊𝚟𝚊𝚒𝚝 𝚟𝚒𝚗𝚐𝚝 𝚊𝚗𝚜, 𝚍𝚎𝚜 𝚢𝚎𝚞𝚡 𝚛𝚎𝚏𝚕é𝚝𝚊𝚗𝚝 𝚞𝚗 𝚝𝚊𝚕𝚎𝚗𝚝 𝚒𝚗𝚏𝚒𝚗𝚒 𝚎𝚝 𝚞�...