Toute la tension accumulée dans l'air s'était effacée au petit matin. Les lourds nuages d'orage s'étaient volatilisés, laissant un ciel dégagé encore pâle. Les rafales étaient retombées. Une douce brise caressait tout juste l'herbe gorgée de rosée. Les flaques d'eau s'apparentaient à des miroirs bleutés, rare souvenir de ces jours de pluie. La douce mélodie des chants d'oiseaux mêlée aux discrets bruits de cigales un peu en avance sur la saison semblaient portée par l'air frais et humide. Quelques insectes butineurs s'étaient timidement remis au travail, virevoltant tranquillement le long de l'allée de terre battue. Logan suivit du regard des papillons citron, qui s'enfuirent en tournoyant vers les pins qui bordaient la clairière.
Il était seul, appuyé contre la barrière de pierre envahie par la mousse qui entourait le corps de ferme.
Il attendait.
Le sac à dos usé à ses pieds gardait ses sangles de cuir à moitié fermées, faute d'avoir été trop rempli. Toute sa vie tenait à présent dans ce bagage.
Il se tourna, le cœur serré. La maison à colombages lui paraissait soudainement différente. Elle avait déjà le goût du passé. De l'enfance envolée. Sa massive charpente de bois qui sillonnait la pierre portait encore les gravures qu'il avait dessiné minot. Son toit de chaume délavée n'avait jamais failli, et surplombait encore la baptise avec assurance.
Logan repensa Zia, qui était partie un peu plus tôt à son travail. Il avait voulu tout lui dire, mais n'avait pu que balbutier des excuses larmoyantes. Il repensa à son sourire rassurant, et à la tendresse dans ses yeux bruns. Il repensa à la lettre qu'il avait maladroitement écrite, peinant à trouver les mots.
Pendant un instant, il eut envie d'abandonner ses projets.
Il se sentait mauvais et ingrat, comme si son départ souillait ce lieu et son histoire. Pourtant, quelque part, il n'était pas sûr que cette mémoire eut encore lieu d'être. Astrid avait beau s'être toujours portée absente, sa mort avait fracturé la famille désaccordée qu'ils formaient, et même le plus éclatant des soleils semblait dorénavant fade.
Zia avait déjà commencé à écrire la suite de son histoire. D'ici quelques semaines, elle abandonnerait leur maison pour s'installer avec son mari, et fonder une nouvelle famille. Elle rêvait de le voir à son tour partir pour les murs du centre, et étudier pour se faire une place en médecine ou en politique...
C'était un futur dans lequel Logan ne voyait pas sa place.
Il portait le poids d'une enclume en lui, qui s'alourdissait de jour en jour. Celui de cette responsabilité qu'il faisait porter à sa tutrice. Il repensa amèrement aux mots qu'elle était venue à prononcer la veille.
"Tu crois que ça me fait plaisir de t'avoir à ma charge ? D'avoir à te surveiller à la place de ta mère ? Non, j'ai d'autres problèmes sur le feu. Donc prends sur toi, fais ce que je te dis et conduis-toi en adulte."
Il avait tourné, et retourné le problème dans sa tête mille fois, pour en arriver à cette unique conclusion : il devait partir.
Quelque chose d'autre l'appelait. Quelque chose qui avait appelé ses parents avant lui. Une étincelle d'espoir et de désespoir, nichée au fond de ses entrailles. Le goût du danger, d'une curiosité insatiable et d'un devoir vorace... de la liberté, peut-être.
Il avait toujours senti cette flamme brûler en lui. Mais un mois plus tôt, tout avait changé.
Pendant l'enterrement, lorsque Zia avait précipitamment quitté la table, Logan avait attendu qu'elle s'éloigne définitivement pour se lever à son tour. Il avait filé dans les sous-sols. Il avait besoin de vérifier intimement la vérité. Astrid... sa mère... n'avait pas réellement pu mourir dévoré par un titan, il en était persuadé... Tout cela devait être un gros malentendu...
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𝐂𝐡𝐫𝐨𝐧𝐢𝐜𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐟 𝐙𝐢𝐚 || 𝐿𝑖𝑣𝑎𝑖 𝑥 𝑜𝑐
FanfictionSous son regard farouche, 𝐙𝐢𝐚 a fermé les portes de son passé depuis bien longtemps. Entre l'enfant dont elle s'occupe, son fiancé et son travail à l'auberge du coin, la jeune femme désabusée aspire à une vie banale dans un mur Rose fragilisé dep...